La poussée inflationniste devient inquiétante pour les produits alimentaires

12 juin 1976
02m 52s
Réf. 01108

Notice

Résumé :

Les prix des fruits et légumes connaissent plusieurs flambées successives au début de l'année 1976. Le prix de certains produits (tomates, cerises et fraises) a même doublé en quelques jours sur les marchés parisiens.

Date de diffusion :
12 juin 1976

Contexte historique

L'une des principales manifestations de la crise du milieu des années soixante-dix est l'inflation : celle-ci progresse de 14,8 % en 1974 (contre 7,3 % en 1973), 11,8 % en 1975, 10 % en 1976. Ce phénomène donne également une spécificité importante à cette crise puisque les crises économique précédentes, celles de la fin du XIXe siècle (grande dépression) ou des années trente, s'étaient plutôt traduites par une baisse des prix.

L'inflation s'explique par le choc pétrolier de 1973, qui alourdit les coûts de fabrication. Elle possède également d'autres explications comme le maintien des salaires à un niveau élevé malgré les difficultés économiques. Elle concerne donc dans un premier temps essentiellement le secteur industriel. Mais à partir de 1975-1976, elle s'étend également aux produits agricoles, pour différentes raisons : les sécheresses des étés 1975 et 1976 entraînent de mauvaises récoltes, mais surtout, l'augmentation du coût des transports et la nécessité d'aligner les prix agricoles sur les prix industriels provoquent une importante augmentation des prix alimentaires.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le présentateur du Journal télévisé (Patrick Poivre d'Arvor) et l'auteur du reportage adoptent un ton particulièrement accusateur à l'égard des acteurs du secteur agricole (producteur et distributeur). Le phénomène de la hausse des prix agricoles est présenté comme un "scandale" et ne reçoit d'autres explications que la volonté des agriculteurs et des commerçants de profiter de la situation. Les témoignages de consommateurs aigris recueillis sur le marché vont dans le même sens.

Fabrice Grenard

Transcription

Patrick Poivre d'Arvor
Mais nous allons, tout de suite, commencer par parler fruits et légumes car ce matin à la rédaction, nous avons été choqués par une nouvelle flambée des prix aussi incompréhensible que subite. Et si vous avez déjà fait votre marché, vous avez constaté que le prix des tomates, des cerises et des fraises a ce matin pratiquement doublé, doublé en deux jours, je crois que l'on peut parler de scandales et vous allez le voir en traînant sur quelques marchés parisiens, nous ne sommes pas les seuls à le penser.
Michel Champetier
La sécheresse a tout de même bon dos, qu'elle provoque une certaine hausse des prix d'accord, que le marché du samedi soit plus cher que les autres parce que tout le monde sait que ce jour là les ménagères bloquent leurs achats pour la semaine, c'est moins normal mais c'est encore explicable. Mais que d'un jour sur l'autre les prix fassent la culbute alors là tout de même. Or c'est exactement ce qui ce passe pour les tomates, les cerises, les pêches ou les fraises. Entre hier et aujourd'hui, les prix ont tout simplement doublé. Tout de suite, on pense à la sécheresse mais là, la ménagère et même le détaillant se tapotent le menton.
(Silence)
Ménagère
Ecoutez, il y a un petit peu de combine, tous les ans il y a quelque chose. Tous les jours, il y a un trafic de la dedans. Moi mon idée, c'est pour augmenter les prix. Moi, je vous dis sincèrement.
Journaliste
Alors la sécheresse, c'est un prétexte ?
Ménagère
Il y a peut-être un peu de sécheresse mais il en faut aussi.
Journaliste
Vous pensez que les prix vont continuer à augmenter ?
Commerçant
Oh oui, sûr.
Michel Champetier
Sûr.
Journaliste
On va battre des records cette année ?
Commerçant
Sûrement, sûrement qu'on battra des records...
Ménagère
D'un jour à l'autre, on paie presque du simple au double.
Journaliste
Mais pour quelles raisons à votre avis ?
Ménagère
Ca dépend d'où ça vient, sûrement, si ça vient du Midi ou ça vient de la Région parisienne... Je pense.
Journaliste
Vous croyez que c'est la sécheresse ?
Ménagère
C'est possible aussi.
Journaliste
Quand on dit que c'est la sécheresse, vous y croyez ?
Ménagère
Non, il y a 15 jours il faisait aussi sec que maintenant et les cerises valaient 3 francs le kilo qu'aujourd'hui elles sont à 6 francs.
Journaliste
Est-ce que les prix ont augmenté depuis quelques jours ?
Ménagère
Ah oui, un peu. Ah oui, un peu, certainement.
Journaliste
Pourquoi ?
Ménagère
Pourquoi, sans doute la sécheresse, maintenant, c'est le coup classique.
Journaliste
Comment ça un coup classique ?
Ménagère
Bah oui, quand il pleut c'est parce qu'il a trop plu, quand il fait chaud, c'est parce qu'il y a de la sécheresse.
Michel Champetier
Alors qui est responsable ? Là, le refrain est connu. Les détaillants, c'est pas nous, les grossistes, c'est pas nous, les producteurs, c'est pas nous. Le marché des fruits et des légumes a ses mystères et ses initiés. Quand vous leur parlez prix, automatiquement ils vous désignent le ciel du doigt. Sachez tout de même que depuis quelques jours les frontières du marché commun sont fermées, donc impossible de casser les prix avec la tomate grecque ou la pêche espagnole, sachez aussi que les énormes entrepôts frigorifiques de Rungis sont très pratiques quand on veut s'adonner aux délices de la spéculation.

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