Le bilan mitigé de la politique de rigueur

23 mars 1984
02m 02s
Réf. 01111

Notice

Résumé :

Plus d'un an après la mise en place à l'initiative de Jacques Delors d'une politique économique de rigueur, l'heure est au bilan.

Date de diffusion :
23 mars 1984
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Contexte historique

Lors de leur arrivée au pouvoir en 1981, les socialistes avaient décidé d'appliquer un grand plan de relance pour tenter de lutter contre la crise économique et d'enrayer la progression du chômage. Mais cette politique connut rapidement un échec retentissant, en se heurtant notamment à la "contrainte extérieure" (l'augmentation de la demande profita davantage aux importations qu'à la production intérieure). En 1982-1983, tous les grands indices de l'économie française sont négatifs. La France compte plus de deux millions de chômeurs en 1982. L'inflation reste largement supérieure à la barre symbolique des 10 % (11,8 % en 1982). Le déficit extérieur ne cesse de s'accroître et entraîne avec lui le déficit des paiements courants, ce qui rend inéluctable plusieurs dévaluations successives du franc (octobre 1981 et juin 1982).

Un débat important oppose alors parmi les socialistes les "volontaristes" (qui souhaitent continuer la politique de relance en protégeant l'économie française de la contrainte extérieure) et les "réalistes" (qui acceptent les contraintes internationales au prix de l'adoption d'une politique de rigueur). Après quelques hésitations, François Mitterrand tranchera finalement en faveur des "réalistes" et de la rigueur. Au printemps 1983, le ministre de l'Economie Jacques Delors annonce ainsi des mesures de freinage de la demande intérieure : hausse des prélèvements obligatoires sur les ménages, baisse des dépenses publiques, politique monétaire restrictive d'incitation à l'épargne.

Ce tournant de la rigueur marque une étape fondamentale dans l'histoire du socialisme français qui rompt avec certains de ses principes fondamentaux, en reconnaissant comme irréversibles l'économie de marché et ses lois libérales. Cette politique de rigueur remporte rapidement un certain nombre de succès indéniables. Gravement menacés en 1982, les "grands équilibres" de l'économie française connaissent une nette amélioration à partir du milieu des années 1980. Le ralentissement de l'inflation est spectaculaire (5,8 % en 1985). La réduction des dépenses publiques apparaît également comme un objectif largement atteint. Le commerce extérieur est rééquilibré à partir de 1985-1986.

En revanche, la rigueur s'avère incapable d'enrayer le développement du chômage, que certaines mesures adoptées par le gouvernement semblent même aux yeux de l'opinion accélérer (restructuration de la sidérurgie en 1984). En 1985, le taux de chômage franchit la barre des 10 % de la population active. Dans ces conditions, la rigueur contribue à couper les socialistes de leur électorat populaire et explique largement leur défaite aux élections législatives de 1986.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Statistiques à l'appui, le reportage tente de dresser un bilan général de la politique de rigueur un an après sa mise en place par Jacques Delors. Si au bout d'un an, le bilan ne peut être que partiel, les différentes tendances évoquées dans ce reportage ne feront que se confirmer par la suite : la rigueur permet de rétablir certains équilibres (prix, commerce extérieur, monnaie) mais s'avère incapable d'enrayer le chômage.

Fabrice Grenard

Transcription

Jean-Jacques Peyraud
Le plan de rigueur de Jacques Delors a tout juste un an, c'était le 25 mars dernier et l'on découvrait l'empreint obligatoire, le carnet de change abolit depuis. Sur le plan économique, ces mesures n'ont pas cessé d'alimenter depuis lors les débats tant à l'intérieur de la majorité qu'entre le gouvernement et les syndicats. Sur le plan économique, quel bilan en tirer ? L'auteur du plan lui-même, Jacques Delors, estime qu'il a produit les effets attendus, excepté dit-il en matière de chômage et de prix. En tout cas il est bien décidé à maintenir le cap et le Président de la République l'a confirmé du reste tout récemment. Marie Claire Thiers.
Marie-Claire Thiers
Côté négatif, le chômage. Après s'être maintenu sur la crête des 2 millions en 83, le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté pour atteindre 2 200 000 personnes soit près de 9% de la population. Les prix malgré l'encadrement, la hausse de 9,3%, a dépassé en 83 l'objectif des 8% et pour les premiers mois de 1984, elle atteint déjà 1,4% alors que la barre est fixée à 5%. Côté positif, il faut saluer la performance en matière de commerce extérieure pour l'année 1983, le déficit a été réduit de moitié. Mais l'année 84 commence médiocrement, moins 10 milliards de francs. Un bon point qui se maintient, l'exportation de produits manufacturés, le solde des échanges a continué sa progression pour atteindre 9 milliards en février 84. L'idée de base du programme de rigueur étant que la France ne pouvait plus continuer à consommer plus qu'elle produisait, le coût de frein du pouvoir d'achat a entraîné un ralentissement de la consommation des ménages, qui n'a augmenté que de 0,4% en 83, au lieu de 3% par an environ entre 1970 et 1980. Mais les français n'ont pas épargné davantage. Le taux d'épargne par rapport aux revenus disponibles bruts diminue régulièrement depuis une dizaine d'années. Il passe de 16,5% en 1976 à 15% en 83. Quant-au franc après 3 dévaluations en moins de 2 ans, il se maintient depuis 1 an d'autant que les marchés d'échange se sont intéressés davantage aux dollars qu'aux autres monnaies.

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