Violents incidents lors d'une manifestation antinucléaire à Creys-Malville en 1977

31 juillet 1977
02m
Réf. 01114

Notice

Résumé :

Le 31 juillet 1977, lors d'une manifestation antinucléaire à Creys-Malville (Isère) contre la construction du surgénérateur Superphénix, de violents affrontements entre militants antinucléaires et CRS font un mort et de nombreux blessés.

Date de diffusion :
31 juillet 1977
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Contexte historique

Face à la crise pétrolière, le choix est fait en mars 1974 de développer l'énergie nucléaire qui ne représentait en 1972 que 3% de l'énergie totale consommée en France. En février 1975, un programme décennal fixe l'objectif d'atteindre 68% des besoins français en électricité - objectif qui ne fut pas pleinement atteint puisqu'en 1985 moins de 50% de la consommation électrique était d'origine nucléaire. Mais cette volonté de développer l'énergie nucléaire et de construire des centrales suscita rapidement une forte contestation en raison de ses dangers potentiels.

Dès son annonce, 400 scientifiques mettent en cause ce programme nucléaire, tandis qu'émerge un important mouvement antinucléaire mené par des pionniers de l'écologie. Les choix d'emplacement pour la construction d'une centrale nucléaire suscitent dès lors presque systématiquement des manifestations d'hostilité. Cette contestation se focalise tout particulièrement sur la construction du surgénérateur nucléaire Superphénix sur le site de Malville, dans la commune iséroise de Creys, décidé par le gouvernement Chirac en avril 1976. Des "comités Malville" se forment, hostiles au surgénérateur qui doit utiliser du plutonium.

Une grande manifestation est organisée les 30 et 31 juillet 1977 à proximité du chantier, mobilisant des milliers de personnes contre l'implantation de la centrale. Le 31 juillet, des incidents graves mettent aux prises forces de l'ordre et certains manifestants, provoquant la mort d'un militant, victime d'une grenade offensive, et une centaine de blessés dans les deux rangs. Le Premier ministre Lionel Jospin annonce finalement en juin 1997 l'arrêt du surgénérateur Superphénix, qui, en onze années d'existence, n'a jamais pu fonctionner plus de six mois consécutifs sans incident.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage consacré à la manifestation antinucléaire qui a eu lieu le jour même à Creys-Malville frappe surtout par les images des violents incidents qui s'y sont déroulés. Une véritable bataille rangée oppose en effet manifestants et forces de l'ordre qui empêchent leur entrée dans la "zone interdite" : des manifestants jettent des pierres et des cocktails Molotov sur les CRS, et ceux-ci répliquent en leur lançant des grenades. La caméra a filmé ce qui s'apparente à des scènes de guerre : un CRS blessé gît ainsi à terre, secouru par ses camarades. Et encore ne voit-on pas ici la séquence où un manifestant a été mortellement touché par une grenade offensive.

Ces images d'une grande violence contrastent avec l'interview, en fin de sujet, de Michel Bonhomme, un des organisateurs de la manifestation, qui souligne la portée politique de ce rassemblement, significatif de l'affirmation du mouvement antinucléaire.

Christophe Gracieux

Transcription

Daniel Duigou
7h, alors que la pluie commence à tomber, elle ne cessera d'ailleurs pratiquement pas toute la journée, les quelques 18 à 20 000 manifestants quittent leurs quatre lieux de campement pour se diriger, à pied, pour la plupart, vers le site interdit de Creys Malleville. Plusieurs tentatives d'infiltration échouent.
(Silence)
Daniel Duigou
Il est 13h, au moment même où notre journal commence, c'est un face-à-face, force de l'ordre - manifestants. Cela se passe près de la petite localité de Faverges, située à la bordure de la zone interdite. Les manifestants sont une dizaine de milliers à affluer mais surtout près de 2 000 autres sont armés de casques et de bâtons, ils prennent position. Par haut-parleur, la police précise que sur ordre du Préfet, elle s'opposera à l'entrée des manifestants dans la zone interdite et comme réponse, c'est un jet de pierres, plusieurs cocktails molotov sont lancés, une voiture prend feu et c'est l'affrontement très violent. Côté force de l'ordre, 5 blessés dont 2 grièvement et un policier aura la main arrachée par l'explosion, vous le voyez d'une grenade offensive. Cinq arrestations, deux manifestants de nationalité allemande grièvement blessés et hospitalisés, ont été inculpés. Côté manifestant, plus d'une centaine de blessés et malheureusement une mort. Dès que cette terrible nouvelle fut apprise, le gros des manifestants qui n'était pas venu pour se battre, se replia, laissant quelques centaines d'autres, ceux là casqués, stationnés à proximité des barrages de police. 17h, nous rencontrions un des responsables des groupes Malleville.
Michel Bonhomme
Alors en ce qui concerne les deux journées. Enfin, la première conclusion, c'est que, nous avons atteint le but de ces deux journées, c'est-à-dire que nous voulions montrer à la fois la détermination du mouvement anti-nucléaire, la détermination de masse et je crois qu'elle est atteinte puisque c'est des dizaines de milliers de personnes qui ont pénétré la zone interdite et qui se sont présentées, qui se sont regroupées autour du village de Faverges. Donc politiquement, c'est un succès qui aura de très grandes conséquences pour la suite du mouvement anti-nucléaire qui se développe.