Le lancement réussi de la fusée Ariane en 1979 à Kourou (Guyane)

24 décembre 1979
02m 27s
Réf. 01115

Notice

Résumé :

Le troisième essai de lancement de la fusée européenne Ariane à Kourou en Guyane, qui a lieu le 24 décembre 1979, est une réussite. Une caméra permet de suivre l'envol de la fusée et sa mise en orbite.

Date de diffusion :
24 décembre 1979
Source :
Lieux :

Contexte historique

La France fut le principal maître d'oeuvre de la construction de la première fusée européenne, surnommée Ariane. Le point de départ de l'industrie spatiale en France se place en 1961 avec la création du CNES (Centre national d'études spatiales). A l'égal du CEA (Commissariat à l'énergie atomique), il doit mettre en place une filière complète depuis le pas de tir et les stations du sol jusqu'aux fusées et aux satellites. Le succès de sa fusée Diamant contraste avec les douze échecs successifs de la fusée Europa construite dans le cadre communautaire. La France parvient cependant à convaincre ses partenaires européens de la nécessité de mettre au point une fusée européenne.

Le défi technologique, lancé en juillet 1973 par dix pays européens, avait des objectifs à la fois économique et politique. Il s'agissait notamment de briser le monopole de fait des Etats-Unis dans le domaine des lanceurs spatiaux. Les Américains voulaient verrouiller solidement le développement européen en matière de communication par satellite, en réglementant l'accès des pays alliés à l'espace. Mais les Etats-Unis ayant opté pour la construction d'une navette spatiale réutilisable, un grand marché s'ouvrait pour les fusées conventionnelles. L'Agence européenne de l'Espace (AES) décida en 1975 de confier le projet de construction de la première fusée européenne à la France, qui possédait une avancée considérable dans ce domaine grâce en particulier aux savoirs accumulés par les sociétés Aérospatiale et Air Liquide. Le Centre National des Etudes spatiales (CNES) fut ainsi chargé de la maîtrise d'oeuvre du projet tandis que la motorisation était confiée à la SNECMA. Collabore également au projet l'entreprise allemande DASA, qui fabrique notamment les propulseurs d'appoint (les "boosters"). Au départ, le lanceur était simplement baptisé L-IIIS (Lanceur de 3ème génération de substitution) mais pour lui donner une dimension plus symbolique, le directeur général du CNES Michel Barnier décida de retenir parmi une liste de propositions l'apellation Ariane, figure de la mythologie grecque.

De conception rustique mais techniquement éprouvée, le lanceur Ariane est un véhicule à trois étages, dont le troisième est dit cryotechnique, car il utilise un mélange d'oxygène et d'hydrogène, liquides à hautes performances. Le lancement réussi le 24 décembre 1979 confirme la crédibilité d'Ariane et lui ouvre un carnet de commandes pour l'avenir.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images de télévision permettent de suivre les différentes étapes de l'envol de la fusée. Le lancement réussi de la fusée Ariane est présenté par le commentaire comme une véritable victoire. Les images montrent notamment les applaudissements et bras levées des ingénieurs du Centre spatial guyanais chargés de suivre les différentes opérations d'envol. Le commentaire ne cache pas qu'il ne s'agit pas seulement d'une réussite française, mais bien d'une réussite européenne.

Fabrice Grenard

Transcription

Francine Buchi
Ariane qui réussit en tous points, la troisième tentative de lancement a été la bonne. Ce soir, tous les commentaires s'accordent à reconnaître que l'Europe vient de prendre place dans le nouveau marché des télécommunications mondiales, celle qui passe par les satellites. Le premier tir d'essai du lanceur européen s'est en effet parfaitement déroulé, notamment la mise sur orbite de son satellite technologique et c'est à 18h13, heure de Paris, qu'Ariane a quitté la base de Kourou en Guyane après un long suspens.
Compte à rebours
7, 6, 5, 4 , 3, 2, 1 , feu !
Technicien salle de contrôle
Les bras cryogéniques se sont correctement écartés.
Yves Sillard
Kourou, 18h14 minutes 38 secondes, heure de Paris, ça y est, Ariane s'élance dans le ciel du centre spatial guyanais poussé par les 250 tonnes des quatre moteurs de son 1er étage. Une ascension verticale impeccable que l'on peut suivre grâce aux 12 caméras de télévision. Ce premier étage va brûler pendant 145 secondes, c'est-à-dire pendant près de 2 minutes et demi.
Inconnu
Pendant ces 2 minutes 30 d'ascension, Ariane va consommer une tonne de...
(Silence)
Yves Sillard
Je le répète, l'ascension que l'on peut suivre grâce à des caméras de 6 mètres de focal est tout à fait normal, les à-coups que l'on voit sont dus à l'opérateur de la caméra et non pas à la fusée elle-même.
(Silence)
Yves Sillard
2 minutes 30 après le décollage de Kourou, Ariane se trouve déjà à 50 kilomètres d'altitude. Quelques secondes plus tard, c'est l'allumage du second étage, que suivent avec précision les caméras de poursuite du centre spatial guyanais. Là encore, tout se déroule parfaitement normalement comme prévu, les à-coups sont dus aux opérateurs.
(Silence)
Yves Sillard
5 minutes après le décollage, le second étage se sépare et c'est l'allumage du troisième étage...
Technicien salle de contrôle
... 90% au moins des objectifs techniques de ce premier lancement sont désormais derrière nous, c'est magnifique !
Yves Sillard
18h et 20 minutes, cris de victoire dans le centre spatial de Kourou, le troisième étage s'est parfaitement allumé et même la trajectoire d'Ariane est légèrement au-dessus du niveau de vol prévu. Pour son premier tir de qualification, c'est un succès complet pour Ariane, une prouesse technique fantastique et remarquable, des ingénieurs français et des européens.