L'abandon du surgénérateur Superphénix

19 juin 1997
01m 54s
Réf. 01123

Notice

Contexte historique

Afin de combler la dépendance énergétique française, un programme de construction de centrales nucléaires a été lancé à partir de 1975. L'édification d'un surgénérateur nucléaire Superphénix sur le site de Malville, dans la commune iséroise de Creys, est ainsi décidée en avril 1976. D'emblée, Superphénix subit les assauts des antinucléaires, notamment les 30 et 31 juillet 1977 lors d'une grande manifestation, qui prend un tour violent (un mort et une centaine de blessés). Les manifestants mettent en avant les dangers que recèle l'utilisation du plutonium et du sodium.

En fait, Superphénix subit une série d'incidents, souvent mineurs, et de blocages d'ordres administratif et juridique : en onze années d'existence, il n'a fonctionné réellement que six mois. Surtout, c'est un gouffre financier, un rapport de la Cour des Comptes en 1996 ayant estimé à 9,15 milliards d'euros le coût complet de la centrale, de l'investissement initial à la "déconstruction" totale. Décidé également à donner des gages à ses alliés des Verts, le nouveau Premier ministre Lionel Jospin annonce dans sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale le 19 juin 1997 l'abandon du surgénérateur Superphénix et celui du projet de canal Rhin-Rhône. L'arrêt officiel du surgénérateur a lieu en 1998. La "déconstruction" de la centrale débute alors, prévue pour durer plusieurs années. L'abandon de Superphénix marque un échec colossal, à la fois technologique et financier.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage porte sur le surgénérateur Superphénix à l'occasion de l'annonce de son abandon par le nouveau Premier ministre Lionel Jospin, cette décision n'étant évoquée du point de vue politique que par le présentateur dans son lancement du sujet. Celui-ci est en fait uniquement traité sous l'angle technique et scientifique par le journaliste de France 3 spécialiste en la matière, Patrick Hesters.

Des vues d'hélicoptère permettent tout d'abord de se rendre compte de la taille de Superphénix. Puis des images filmées à l'intérieur même de la centrale viennent illustrer les explications techniques sur son fonctionnement : sont ainsi montrés des techniciens au travail, de même que la salle des commandes et le réacteur. Il s'agit de souligner les limites criantes et les dysfonctionnements de Superphénix, le commentaire final du journaliste, sur fond de vue générale de la centrale au milieu du paysage environnant - avec de manière significative une ligne à haute tension au premier plan -, les résumant d'un trait accablant : "la centrale a connu vingt mois de fonctionnement en vingt ans".

Christophe Gracieux

Transcription

Henri Sannier
Arrêtons-nous quelques instants sur Superphénix précisément dont Lionel Jospin a annoncé donc la fermeture cet après-midi. Lancé en 1970, le réacteur à neutrons rapides devait être le fleuron, comme on dit, de l'industrie nucléaire française et européenne mais depuis son inauguration, il a malheureusement accumulé les problèmes. Explications de Patrick Hesters.
Patrick Hesters
Superphénix ne renaîtra pas de ses cendres. Ce devait être le fleuron de l'industrie nucléaire française, aujourd'hui son échec pèse 60 milliards de francs. Conçu dans les années 70 pour produire plus de plutonium qu'il ne devait en consommer, le surgénérateur semblait la machine idéale pour produire de l'électricité en cas de pénurie mondiale de combustible nucléaire. Un prototype industriel qui s'avèrera délicat à mettre au point, de pannes en fissures, Superphénix deviendra vite le symbole du monstre à abattre pour les écologistes. Dans le ventre du réacteur, les 5 tonnes de plutonium, l'équivalent de 500 bombes atomiques faisait peur. Lorsque les techniciens ont réussi à résoudre les problèmes de sécurité et de fonctionnement, l'énergie était redevenue abondante. Une première fois, Superphénix était mort économiquement. Transformé en laboratoire d'incinération de déchets nucléaires, le réacteur n'avait plus véritablement de justification. Il ne restait alors que le symbole politique. Aujourd'hui, en décidant de l'arrêter, Lionel Jospin a mis fin au premier épisode du feuilleton. Débute maintenant l'épisode suivant. Il va falloir démanteler la partie nucléaire. Un travail qui durera entre 5 et 10 ans employant plusieurs milliers de techniciens. Dans la partie conventionnelle, les turbos alternateurs pourraient en revanche être réutilisables pour produire de l'électricité. Superphénix était une centrale unique, différente des 53 autres réacteurs français. Peut-être trop en avance sur son temps ou trop en retard. Son histoire s'arrête après 20 mois de fonctionnement seulement en 11 ans.

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