La Cité des 4000 à La Courneuve en 1982

30 janvier 1982
02m 57s
Réf. 01128

Notice

Résumé :

La Cité des 4000 de La Courneuve va faire l'objet d'un plan de rénovation et de réaménagement.

Date de diffusion :
30 janvier 1982

Contexte historique

A partir de 1958, de nombreux grands ensembles sont bâtis en France de manière à encadrer la croissance anarchique de la banlieue, surtout parisienne. Ils répondent à des impératifs d'urgence - il faut construire vite - et de masse - il faut construire beaucoup pour loger une population souffrant encore de la lenteur de la reconstruction de l'après-guerre.

Ces grands ensembles (les Biscottes à Lille, la Grande Borne à Grigny ou les Minguettes à Vénissieux) s'édifient de la sorte autour de barres et de tours, dans une organisation orthogonale, à la régularité monotone et aux très importantes dimensions : une barre au Haut-du-Lièvre à Nancy atteint 402 mètres de long. La Cité des 4000 à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, appartient, elle, aux 153 grands ensembles édifiés dans la seule région parisienne. Débutée en mars 1956, sa construction s'achève en 1964. Viennent y loger des milliers d'habitants que Paris ne peut plus héberger. Les 4000, que le présent reportage qualifie "d'un des plus beaux fleurons de l'urbanisme populaire de la Ve République" en raison du gigantisme de ses barres HLM, accueille une population homogène de locataires jeunes dans des trois ou quatre pièces tous semblables.

Si dans un premier temps, ces grands ensembles permettent l'accès de très nombreux Français au confort moderne, ils connaissent une très rapide dégradation et sont de plus en plus touchés par la ségrégation sociale. L'Etat et les municipalités, qui en prennent conscience au début des années 1980, amorcent dès lors une politique de rénovation et de réaménagement de ces quartiers de banlieue. C'est le cas de la Cité des 4000 dont on détruit la barre Debussy en 1986, dans le but de désenclaver le quartier par rapport au reste de la ville de La Courneuve. En 2000, la barre Renoir, est elle aussi détruite, de même qu'en 2004 les barres jumelles Ravel et Presov.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage des actualités régionales de FR3 Ile-de-France consacré au projet de réaménagement de la Cité des 4000 de La Courneuve met surtout en valeur les barres d'immeubles qui la composent. Dès le début du sujet, un long travelling présente l'une d'entre elles : la barre semble interminable et très élevée, précisément semblable à une barrière l'isolant du reste de la ville. Impression accrue par le commentaire qui estime que ces "immeubles barrent l'horizon".

Tout au long du reportage, de nombreux plans insistent sur l'organisation géométrique si particulière de cet ensemble gigantesque. Un couple habitant la Cité, de même que le représentant des associations de locataires, livrent leur témoignage sur la dégradation des conditions d'habitation aux 4000. Leur intervention devant la caméra ainsi que quelques images d'enfants donnent un peu de vie à cette Cité qui, telle qu'elle est filmée, en semble dépourvue. Ils mettent en avant leur situation quasiment carcérale au sein de la Cité. Le reportage insiste justement sur les projets de la municipalité de La Courneuve pour y remédier et transformer la Cité des 4000 : on voit ainsi les maquettes proposées par les architectes ayant participé à un concours, et l'architecte sélectionné pour la rénovation est interrogé.

Christophe Gracieux

Transcription

Robert Tixier-Guichard
La cité des 4000 à la Courneuve, un classique dans le genre de Metropolis, de Frizlang ou plutôt l'un des plus beaux fleurons de l'urbanisme populaire de la Vème République. Trop hauts, trop longs, ces immeubles barrent l'horizon. Citée énorme, monstrueuse, les 4000 défigure toute la ville de la Courneuve. C'est pour cette raison qu'après un concours organisé par la municipalité, on a choisit entre 7 projets, celui qui changerait la Courneuve tout en restant ouvert et souple. Mais rien ne sera fait sans consultation des habitants.
Bernard Maurice
Cette rénovation se fera avec eux et pour eux. Et par exemple, le 27 février, un référendum va être organisé dans la citée sur la rénovation et d'autres objectifs d'action pour les locataires. On a installé une école au pied des barres du logement, je suis convaincu moi que les enfants issus de ces barres sont plus pauvres à revenu égal que dans une ville où la vie pénètre, qu'à Paris par exemple. Parce que les enfants vont à l'école aux pieds de leurs barres et de l'école ils voient la barre et de la barre ils voient l'école. C'est plus un ghetto de la misère que de l'émigration.
Journaliste
C'est difficile de vivre dans cette cité ?
Claude Chapelain
Difficile, difficultés de contact, difficultés parce qu'on reste bloqués dans la cité, on est enfermé, on sort très peu de la cité, personne ne vient nous voir.
Robert Tixier-Guichard
Ces logements ont été construits entre 1960 et 1964, près de la moitié des habitants de la Courneuve vivent au 4000. Aussi les projets des architectes Lainé, Gulgonen et Douaire concernent toute la ville. L'idée principale est de permettre une interpénétration de la Courneuve et des 4000. 2000 logements seront réhabilités, 150 seront démolis.
Pierre Douaire
Il est envisagé de démolir ces 2 immeubles pour deux séries de raisons. L'une qui tient à l'architecture proprement dite, on se rend compte de la tristesse de ses façades, au fait qu'il y a de multiples dégradations dans ces immeubles. Autour d'une cage d'escalier, il y a parfois 250 qui y habitent. La deuxième série de raisons, c'est pour des raisons urbaines. Ces deux immeubles ont un effet de barrière, notamment avec la gare et au-delà avec le centre ville. Une fois ces immeubles détruits, ça permet de dégager un potentiel important, pour reconstituer un véritable quartier, qui lui aura des liaisons claires et nettes avec la gare et avec le centre ville.
Journaliste
Est-ce que vous avez envie de rester ou vous avez envie de quitter les 4000 ?
Claudette Chapelain
Moi, c'est-à-dire que si la cité reste telle qu'elle est, qu'elle se dégrade au fur à mesure, comme ça se dégrade actuellement, non j'en ai pas envie mais comme on parle de la rénovation peut-être que là oui, je resterai sinon...
Robert Tixier-Guichard
La cité des 4000 fait partie des 22 îlots sensibles dans lesquels une action multiforme va être entreprise. Elle concernera donc l'habitat mais aussi la sécurité, l'animation et la formation professionnelle. Quelle sera le visage de la Courneuve en 2001, on sent bien que l'échec serait dramatique.