Expulsion de 101 Maliens par charter

19 octobre 1986
01m 48s
Réf. 01133

Notice

Résumé :

Le 18 octobre 1986, 101 Maliens en situation irrégulière ont été expulsés par charter à destination de Bamako.

Date de diffusion :
19 octobre 1986
Date d'événement :
18 octobre 1986

Contexte historique

Revenue au pouvoir en mars 1986, la droite prend des mesures répressives contre l'immigration clandestine en France. La majorité RPR-UDF adopte le 9 septembre 1986 la loi Pasqua, du nom du ministre de l'Intérieur du gouvernement de Jacques Chirac. Cette loi subordonne l'entrée d'un étranger en France à la justification de moyens d'existence suffisants et prévoit que le renouvellement des cartes de séjour de dix ans peut être refusé si on reproche à son titulaire de menacer l'ordre public.

Surtout, les préfets peuvent désormais décider de la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière, ce que seuls les tribunaux pouvaient faire auparavant. Ainsi le 18 octobre 1986 Charles Pasqua fait embarquer 101 Maliens en situation irrégulière dans un charter pour Bamako. Cette initiative spectaculaire, destinée à mettre en avant la fermeté du gouvernement, soulève de nombreuses protestations, même au sein du gouvernement (Claude Malhuret, secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, manifeste des réserves) et n'est par la suite pas renouvelée.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage, diffusé dès l'ouverture du journal télévisé d'Antenne 2 et lancé en plateau par le présentateur Bernard Rapp, traite de l'expulsion de 101 Maliens qui a eu lieu la veille au soir. Mais l'opération ayant été menée par le ministère de l'Intérieur en l'absence de toute caméra, aucune image de l'embarquement des clandestins ni de leur arrivée à Bamako ne peut être présentée.

Divers plans tournés à l'aéroport d'Orly, où les Maliens ont été embarqués dans un charter, servent ainsi d'illustration au commentaire de la journaliste : vues des pistes et d'avions, gros plan sur le panneau indicateur du comptoir de la police de l'air et des frontières, images de passagers étrangers passant à un poste de douane. Toujours afin de compenser cette absence d'image, une carte insérée à l'écran présente le trajet de l'avion de Paris à Bamako, puis une animation montre plusieurs personnes dans l'ombre qui symbolisent les clandestins. L'évocation de leur arrivée à Bamako est de même illustrée par des images de l'aéroport et d'une rue de la ville.

D'autre part, ce reportage n'apparaît pas seulement comme un récit sans image de l'événement. C'est aussi un sujet qui ne repose sur aucune source d'information directe : la journaliste ne décrit ainsi l'expulsion qu'à partir d'informations émanant du ministère de l'Intérieur et de la préfecture de Seine-Saint-Denis, et de "témoins ayant assisté à l'embarquement des expulsés". Aussi recourt-elle fréquemment au conditionnel.

Christophe Gracieux

Transcription

Bernard Rapp
Madame, monsieur bonsoir, c'est la 1ère fois qu'une expulsion prend une telle ampleur en France. 101 maliens ont été renvoyés hier dans leur pays par un vol spécial. Ils sont arrivés quelques heures plus tard à Bamako. C'est une nouvelle application massive cette fois de la loi promulguée le 9 septembre dernier et qui permet l'expulsion d'étrangers en situation irrégulière. D'après le Ministère de l'Intérieur, c'était bien le cas, il n'y a pas parmi eux de réfugiés politiques. Tout de suite, sur cette affaire, les explications de Françoise Champey.
Françoise Champey
Parmi les 101 ressortissants maliens expulsés hier soir et emmenés ici même à Orly, 54 d'entre eux étaient résidents d'un foyer d'immigrés à Rosny en Seine-Saint-Denis. D'après la préfecture de Seine-Saint-Denis, mardi dernier, sur commission rogatoire, des perquisitions sont effectuées au foyer. Un certain nombre de résidents seraient mêlés à un trafic de stupéfiant. C'est lors de ces perquisitions que 54 résidents du foyer sont appréhendés, ils ne disposent pas de titres de séjour. Le préfet de Seine-Saint-Denis, conformément à la loi du 9 septembre 1986, a alors signé un arrêté de reconduite à la frontière. C'est donc vers 18 h hier soir que les 101 ressortissants maliens ont été conduits directement sur la piste d'atterrissage d'Orly sud. Un avion de la compagnie Minerve les attend, il a été affrété par le Ministère de l'Intérieur, destination Bamako au Mali. Selon un communiqué du cabinet de M. Pandreau, Ministre délégué à la sécurité, aucun des étrangers expulsés hier soir ne bénéficiait du statut de réfugiés politiques. Des témoins ayant assistés à l'embarquement des expulsés racontent que certain d'entre eux ont du être embarqués de force. Arrivés à Bamako, les ressortissants maliens auraient été pris en charge par la police locale, vérification des passeports, passage à la douane, procédures tout ce qu'il y a de plus normal avant d'être reconduits dans leur famille respective.