L'affaire du foulard islamique en 1989

05 octobre 1989
01m 42s
Réf. 01136

Notice

Résumé :

En octobre 1989, deux élèves musulmanes sont exclues du collège Gabriel-Havez de Creil (Oise) parce qu'elles refusent d'enlever leur voile en classe.

Date de diffusion :
05 octobre 1989
Lieux :

Contexte historique

Au début du mois d'octobre 1989, le collège Gabriel-Havez de Creil (Oise), situé en zone d'éducation prioritaire (ZEP), exclut, au nom du principe de neutralité et de laïcité scolaire, trois élèves qui refusent d'enlever leur foulard islamique en classe. Si le 9 octobre, le principal du collège, après avoir négocié avec les familles, obtient que le foulard soit retiré pendant les cours, l'affaire devient nationale et la polémique s'engage.

Le ministre de l'Education nationale, Lionel Jospin, sollicite l'avis du Conseil d'Etat qui répond de façon nuancée le 27 novembre 1989 : il rappelle le droit des élèves à manifester des convictions religieuses dans l'école, mais établit des limites à l'expression de signes religieux ayant un caractère "ostentatoire et revendicatif". Un autre arrêt du Conseil d'Etat en novembre 1992, à propos d'une affaire identique au collège Jean-Jaurès de Montfermeil, impose cependant la réintégration d'élèves exclus pour port du foulard, encourageant ainsi les groupes islamistes qui défendent ardemment le voile.

La question rebondit périodiquement pendant près de quinze ans, posant surtout le problème de l'intégration des musulmans dans la société française. Les féministes soulèvent également la question du caractère inégalitaire du voile pour les femmes musulmanes. Dans ce contexte, et alors que l'islam radical progresse en France, une commission présidée par Bernard Stasi est chargée par le président de la République Jacques Chirac en juillet 2003 de réfléchir à "l'application du principe de laïcité dans la République". Rendant son rapport le 11 décembre 2003, elle relève des "atteintes préoccupantes" à la laïcité.

Suivant l'une des conclusions de cette commission, Jacques Chirac se prononce en faveur d'une loi interdisant le port de signes religieux "ostensibles" par les élèves dans les établissements scolaires publics. Cette loi est ainsi adoptée le 15 mars 2004 et appliquée à partir de la rentrée 2004.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage est organisé en trois moments. Dans un premier temps, il s'attache à présenter deux des trois jeunes filles exclues du collège de Creil en les filmant chez elles. Le sujet met particulièrement en valeur la force de leurs convictions et leur pratique de l'islam : on les voit ainsi étudier le Coran au tableau noir. L'une d'elles, Fatima, interrogée, dit également sa volonté de porter le voile "jusqu'à sa mort".

Dans une seconde séquence, la journaliste revient sur l'exclusion proprement dite, avec en illustration des images d'élèves dans la cour du collège. L'interview du principal, Ernest Chenière, éclaire les raisons de l'exclusion. Il est à noter qu'aucun enseignant n'est invité à donner son avis sur le sujet. Enfin, dans un dernier moment, la caméra filme une discussion devant le collège entre le principal et le père des deux jeunes filles, illustrant le début du "dialogue engagé" pour permettre la réintégration des élèves.

Christophe Gracieux

Transcription

Chantal Kimmerlin
L'objet du délit, le foulard, plus précisément «le zif marocain» que porte Fatima et Leila selon leurs convictions musulmanes.
Jeune musulmane
Je crains en Dieu, je crains de personne sauf le dieu. Je porterai toujours mon foulard jusqu'à ma mort.
Chantal Kimmerlin
Fatima et Leila ont 14 et 13 ans, elles étudient le Coran chez elles au tableau noir depuis l'âge de 3 ans. Elles font leurs 5 prières par jour mais leur but dans la vie, c'est aussi de réussir à l'école.
Jeune musulmane
Moi, je veux continuer mes études, je veux travailler.
Chantal Kimmerlin
Fatima et Leila ne sont pas exclus du Collège Georges Havez mais l'accès leur en est refusé tant qu'elles porteront le foulard pendant les cours. Principe de laïcité oblige.
Ernest Chenière
Le problème n'est pas des croyances, le problème est de la manifestation extérieure de cette croyance dans l'enceinte des locaux scolaires et notamment en classes.
Chantal Kimmerlin
Le collège placé en zone d'éducation prioritaire compte 850 élèves, de 25 nationalités différentes, dont 500 musulmans. Le problème, c'est de vivre en collectivité et conformément à la notion de neutralité politique ou religieuse.
Ali Achaboun
Encore ce foulard, je me demande moi si il gêne quelqu'un, est-ce que ce foulard il gêne quelqu'un ?
Chantal Kimmerlin
Un père qui lui aussi parle de tolérance et nie faire pression sur ses filles.
Ali Achaboun
Moi si vous voulez, ce n'est pas mon problème, si mes filles elles voulaient aujourd'hui sans le foulard, moi je n'ai aucun mot à dire.
Journaliste
Vous ne les forcez pas à adopter le foulard ?
Ali Achaboun
Absolument pas.
Chantal Kimmerlin
Pour la première fois aujourd'hui, un mois après la rentrée scolaire, le dialogue s'est engagé entre le père des jeunes filles et le principal du collège. Un dialogue difficile qui peut-être ouvrira sur une solution.

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