Dixième anniversaire des Restos du Coeur

11 décembre 1995
02m 25s
Réf. 01140

Notice

Résumé :

Le Resto du Coeur d'Alfortville ouvre ses portes le 11 décembre 1995, à l'occasion du dixième anniversaire de l'association créée par Coluche : des bénévoles y distribuent des repas aux bénéficiaires.

Date de diffusion :
11 décembre 1995
Source :
France 3 (Collection: 19/20 )

Contexte historique

Depuis la fin des années 1970, le chômage et la pauvreté se sont profondément enracinés en France, et l'aide publique ne parvient pas à y faire totalement face. Aussi, en septembre 1985, le comique populaire Michel Colucci, dit Coluche, dans l'émission quotidienne qu'il anime sur Europe 1, annonce-t-il son intention de lancer une association pour ceux qui ont faim. En novembre 1985, il rencontre Henri Nallet, ministre de l'Agriculture, pour obtenir une aide de l'Etat et des surplus alimentaires de la CEE.

Et le 21 décembre 1985, Coluche inaugure ainsi le premier "Resto du Coeur" à Gennevilliers : l'association "les Restos du Coeur" est ainsi créée, destinée à distribuer des paniers-repas gratuits chaque jour aux chômeurs en fin de droits et aux sans-logis. La première campagne de distribution de repas prend fin le 21 mars 1986 : 8 millions de repas ont été distribués par 5 000 bénévoles durant tout l'hiver. Par ailleurs, à la demande de Coluche, Jean-Jacques Goldman a écrit et enregistré "La chanson des restos" qui atteint le sommet du hit-parade, ce qui permet d'accroître l'aide et la popularité de l'association. Malgré le décès de Coluche dans un accident de moto le 19 juin 1986, les Restos du Cœur continuent à se développer : lors de la deuxième campagne, durant l'hiver 1986-1987, 6 000 bénévoles servent 11,5 millions de repas, dont une partie issue des stocks de la CEE. Et en octobre 1989, l'Assemblée adopte l'amendement Coluche qui permet de déduire des revenus imposables les dons, mêmes modestes, aux associations humanitaires.

La pauvreté ne reculant pas, bien au contraire, les Restos du Cœur servent de plus en plus de repas près de vingt ans après leur création : durant l'hiver 2003-2004, 650 000 bénéficiaires (chômeurs en fin de droits, sans-logis, personnes âgées délaissées par leurs familles, mères isolées ou travailleurs pauvres) y ont été accueillis et 66,5 millions de repas distribués par 43 000 bénévoles.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage réalisé à l'occasion du dixième anniversaire des Restos du Cœur propose de vivre la première journée de la campagne 1995-1996 dans le Resto d'Alfortville. Il insiste dans une première séquence sur le travail des bénévoles avant l'ouverture du Resto : il s'agit de mettre en avant leur rôle clé dans l'association. L'interview du responsable du Resto permet également d'éclairer leur motivation, à savoir aider les gens en détresse. La visite du maire d'Alfortville illustre quant à elle l'aide publique, en l'occurrence municipale, que reçoivent les Restos du Cœur. Dans une deuxième séquence, le reportage s'emploie surtout à présenter le fonctionnement du Resto et les personnes bénéficiaires qui s'y rendent. Les différents plans sur la distribution de repas viennent ainsi en appui des commentaires de la journaliste sur l'organisation générale des Restos du Cœur. Une bénéficiaire est plus particulièrement suivie, du moment où elle vient chercher les repas à celui où elle rentre chez elle : il s'agit de montrer que les bénéficiaires des Restos du Cœur ne sont pas tous des sans-abris, et qu'ils peuvent disposer d'un logement, tout en ayant très peu de sources de revenu. Enfin, les dernières images du reportage sur l'affiche des Restos du Cœur avec le portrait de Coluche soulignent le rôle fondateur de ce dernier dans la création de l'association : la caméra fait un gros plan sur sa photographie, avant de plonger sur le logo des Restos du Cœur, liant ainsi l'homme et l'association.

Christophe Gracieux

Transcription

Elise Lucet
Il y a des anniversaires que l'on aimerait bien ne pas souhaiter. Pour la 10ème année consécutive, les Restos du Coeur ont ouvert leurs portes aujourd'hui, ils ont distribué l'année dernière plus de 50 millions de repas aux plus déshérités. Partout, ce sont des bénévoles qui assurent le fonctionnement des centres d'accueil, en apportant à tous, quelques aliments mais surtout beaucoup de générosité et de chaleur humaine. Pascale Justice, Claude Pfaffmann.
Journaliste
Ils sont tous venus mettre la main à la patte et ils sont contents de se retrouver. La fête qui se prépare n'est autre que l'ouverture des Restos du Coeur d'Alfortville. Une vingtaine de bénévoles s'apprêtent à distribuer les 650 premiers repas de l'hiver.
Bernard Lefort
Nous avons des personnes qui viennent nous remercier en nous disant : «Merci de nous avoir aidé l'année dernière, par exemple, on a trouvé du travail cette année.
Inconnu
Maintenant on a plus besoin de vous mais on vous remercie.»
Bernard Lefort
Et ça, ça nous motive.
Journaliste
Le premier visiteur arrive sur les coups de 10h. M. le Maire vient encourager l'équipe qui le sollicite régulièrement pour l'achat d'un frigo ou d'un congélateur.
Bénévole
Messieurs, Dames, si vous voulez rentrer.
Journaliste
Dehors, ils sont déjà une cinquantaine qui attend l'ouverture des portes. Au total, les Restos du Coeur ont distribué l'hiver dernier, 50 millions de repas, c'est 6 fois plus qu'il y a 10 ans lors de leurs créations. La nourriture provient essentiellement des surplus européens qui n'augmentent pas à la vitesse de la demande. Les Restos du Coeur sont donc contraints de sélectionner les bénéficiaires. Une personne seule disposant de plus de 2500 francs par mois, loyer déduit, ne peut prétendre aux repas. Claire ne dispose que de 1800 francs, sa pension d'invalide ne lui permet plus de joindre les deux bouts, c'est la première fois qu'elle fait appel aux Restos. Est-ce que vous avez hésité à y aller, à vous inscrire ?
Claire
Un peu, par rapport à des gens qui sont peut-être encore plus défavorisés que moi.
Journaliste
Ah oui.
Claire
Oui. Parce que j'ai quand même un toit. J'ai quand même des amis, j'ai des animaux, j'ai des choses qui comptent beaucoup. Ce qui fait que je suis pas encore dans les plus malheureuses.
Journaliste
Vous êtes pas à la rue.
Claire
Non, non.
Journaliste
Il voulait un lieu ouvert à tous, sans contrôle, sans sélection, sans doute aurait-il dit, sans flicage. Mais Coluche n'a vécut que la première édition des Restos du Coeur et personne ne sait ce qu'il aurait inventé 10 ans plus tard pour faire face à l'affluence d'aujourd'hui.