Le centre d'accueil de réfugiés de la Croix-Rouge à Sangatte en 2002

26 janvier 2002
02m 58s
Réf. 01147

Notice

Résumé :

A Sangatte, un centre de la Croix-Rouge accueille les réfugiés clandestins qui tentent de passer en Angleterre. L'un d'entre eux, un jeune Afghan, témoigne.

Date de diffusion :
26 janvier 2002
Personnalité(s) :

Contexte historique

A la fin des années 1990, l'afflux de réfugiés clandestins à proximité de Calais cherchant à traverser la Manche est croissant. Ils pensent pouvoir s'installer en Grande-Bretagne, y risquant moins d'en être expulsés qu'en France et espérant obtenir le droit d'y travailler après six mois de procédure. Ils tentent notamment de se dissimuler dans les trains qui empruntent le tunnel sous la Manche, certains y laissant la vie (sept personnes meurent en 2001 en tentant de franchir le tunnel).

Afin d'héberger ces réfugiés, un centre de transit est ouvert en septembre 1999 à Sangatte, à proximité du port de Calais. Géré par la Croix-Rouge, il s'agit d'un hangar de 25 000 m² construit en tôles. D'une capacité maximum de 900 personnes, il renfermait en fait en 2002 près de 2 000 réfugiés clandestins, originaires pour la plupart d'Afghanistan et d'Irak. Dès son arrivée au ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy s'intéresse à ce dossier sensible, annonçant en juillet 2002 sa fermeture, qui avait été demandée à plusieurs reprises par la Grande-Bretagne.

Le centre, conçu dès l'origine comme une réponse provisoire et strictement humanitaire, ferme ainsi ses portes le 30 décembre 2002, après avoir vu transiter plus de 60 000 réfugiés en trois ans. Depuis cette fermeture, des dizaines de réfugiés continuent cependant d'errer dans Calais en espérant passer en Angleterre.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet consacré au centre d'accueil de réfugiés de Sangatte s'intéresse tout particulièrement à l'un de ces réfugiés, un jeune Afghan prénommé Abdel. A travers son témoignage le reportage s'attache à donner un visage humain aux réfugiés clandestins qui tentent de gagner l'Angleterre. De manière symbolique, Abdel est filmé et interrogé sur la plage, devant la mer qu'il cherche précisément à traverser.

Par-delà l'évocation de ce cas particulier, le reportage insiste sur les conditions précaires du centre de la Croix-Rouge lui-même, en réunissant différentes éléments à charge : quelques plans extérieurs sur ses bâtiments en tôle, le témoignage d'Abdel, et surtout l'interview de Marc Gentilini, président de la Croix-Rouge, qui prend un tour politique, accusant les autorités de maintenir délibérément le centre dans la précarité. Les dernières images du reportage visent enfin à montrer que ces réfugiés risquent leur vie en tentant de traverser la Manche par tous les moyens : l'image de la tombe sommaire d'un "immigrant inconnu" dans un cimetière, avec un train passant à l'arrière-plan, l'atteste.

Christophe Gracieux

Transcription

Louis Laforge
Le centre de la Croix Rouge de Sangatte accueille actuellement 1700 étrangers en situation irrégulière. Un centre dont la fermeture est régulièrement réclamée par les habitants de la région, qui se plaignent des nuisances provoquées par ces clandestins. Dorothée Cochard et Romuald Rat ont pu recueillir le témoigne de l'un de ces immigrants, qui comme tous ces camarades d'infortune, veut à tout prix traverser la Manche.
Dorothée Cochard
Le Ferry pour l'Angleterre a quelque chose d'inaccessible mais qui ne décourage pas les clandestins bloqués à Sangatte. Abdel est l'un d'eux, il est afghan, il a 22 ans, il a essayé le bateau, il a essayé le train et ça malgré les dangers.
Abdel
Tout le monde risque sa vie en essayant de passer comme ça en Grande-Bretagne, j'ai des amis qui ont perdu leurs jambes, leurs mains en essayant de monter sur le train et il y a une semaine, un de mes amis est mort électrocuté par le train.
Dorothée Cochard
Ses parents ont réuni 5000 dollars pour qu'il gagne l'Angleterre et fasse ses études de médecine, impossible en Afghanistan avec la guerre, il lui a fallu 2 mois pour traverser l'Europe, la Manche c'est le dernier rempart, c'est le plus difficile.
Abdel
De ce côté là, c'est l'Angleterre, de l'autre côté, c'est le port français. Tous les jours, on essaie d'aller au port et de monter sur les bateaux, mais la police nous arrête et nous ramène au centre de Sangatte.
Dorothée Cochard
Le centre de la Croix-Rouge est ouvert maintenant depuis plus de 2 ans. Initialement il était prévu pour accueillir juste 800 clandestins, aujourd'hui ils sont 1700 et les conditions de vie y sont précaires.
Abdel
Je suis venu habillé comme ça d'Afghanistan, à part ça, j'ai juste 2 couvertures à l'intérieur que la Croix-Rouge m'a donné. La nuit... il fait très froid, ça gèle ici.
Dorothée Cochard
On pourrait croire à un simple manque de moyens, il n'en est rien, la Croix-Rouge dénonce un choix politique.
Marc Gentilini
C'est un centre précaire, on nous a demandé de ne pas multiplier la qualité de l'accueil, les qualités d'accueil parce que, il ne faut pas que ce soit attractif, il ne faut pas que l'on dise à Sangatte, on est servi, vous avez des couvertures, vous avez à manger et puis vous attendez de bien passer. C'est pas ça ! C'est un centre d'une grande précarité et moi je me demande si, c'est tout à fait à la hauteur de ce que la France affiche en politique internationale.
Cochard Dorothée
L'Angleterre continuant de faire rêver les clandestins, la France et la Grande-Bretagne ont convenu que Sangatte ne pouvait être fermé, du moins dans l'immédiat. Pour sortir de l'impasse, on cherche aujourd'hui à ouvrir un nouveau centre mais ailleurs.