Les conséquences de la crise de la sidérurgie en Lorraine : l'exemple de Talange

04 avril 1977
04m 25s
Réf. 01148

Notice

Résumé :

Depuis la fin du XIXe siècle, la sidérurgie constituait l'activité principale de la Lorraine. L'importante crise que traverse le secteur entraîne des difficultés pour la région. De nombreuses villes apparaissent entièrement sinistrée par le chômage.

Date de diffusion :
04 avril 1977
Source :

Contexte historique

Fragilisée dès les années soixante par d'importantes restructurations (déclin de la sidérurgie lorraine et construction de nouvelles usines à Dunkerque et Fos-sur-mer), la sidérurgie apparaît comme l'un des secteurs industriels les plus frappés par la crise des années soixante-dix.

Les difficultés de la sidérurgie résultent de différentes causes : la demande fléchit (ralentissement des entreprises utilisatrices comme l'automobile ou le bâtiment) alors même que les capacités de production augmentent ; la concurrence étrangère progresse (Asie, Amérique latine) et les entreprises françaises, souvent moins compétitives que leurs concurrentes étrangères, perdent des parts de marché, doivent réduire leurs capacités et le nombre de leurs emplois. Alors que la production d'acier était encore de 27 millions de tonnes en 1974, elle n'est plus que de 17,7 millions de tonnes au milieu des années 1980. Entre ces deux dates, les effectifs employés passent de 158 000 à 58 000 personnes. Ce déclin de la sidérurgie provoque une désindustrialisation importante de la Lorraine, bastion industriel spécialisé dans ce secteur depuis la fin du XIXe siècle. Les installations de Longwy, Joeuf, Pompey sont démontées et la construction du laminoir de Gondrange est arrêté.

Cette crise de la Lorraine marque la fin de la civilisation des "hommes du fer". L'industrie sidérurgique française se restructure entièrement autour de quelques zones industrialo-portuaires (Dunkerque, Fos-sur-mer, le Havre) qui continuent de se développer au cours des années 1970 mais connaîtront à leur tour d'importantes difficultés à partir des années 1980.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Plusieurs plans montrent un contraste important entre des entreprises sidérurgiques modernes, en pleine activité (sans doute Usinor à Dunkerque), et les industries lorraines, vétustes, noircies, symbole d'une ère industrielle révolue. Le reportage insiste sur les conséquences avales de la crise de la sidérurgie pour les petites villes de Lorraine et leurs répercussions sur la vie quotidienne (départ de la population, développement du chômage qui entraîne une baisse de la demande et provoque d'importantes difficultés pour le commerce, déclin des activités artisanales de sous-traitance...).

A plusieurs reprises, la cause essentielle avancée pour expliquer la crise de la sidérurgie lorraine est la vétusté des entreprises sidérurgiques de la région. Si les entreprises plus modernes de Dunkerque ou de Fos-sur-mer survivront quelques années encore, leur déclin à partir des années 1980 montrera pourtant que la crise de la sidérurgie découle de facteurs plus généraux.

Fabrice Grenard

Transcription

Roger Gicquel
Donc, tandis qu'on s'apprête à agir en faveur de l'emploi des jeunes, la Lorraine vient d'apprendre la décision d'Usinor de supprimer 3800 emplois d'ici la fin de l'année, 3000 à Thionville comme je vous l'ai dit et un plus de 700 à Louvroil dans le nord près de Maubeuge. Pour le PDG d'Usinor, il y va de la survie de l'entreprise. Bien. Mais en Moselle et dans toute la Lorraine, on ne peut pas comprendre cet argument. Le Conseil municipal de Thionville va se réunir en séance extraordinaire publique mercredi. La CGT de la Moselle appelle les travailleurs d'Usinor à engager la lutte, y compris par l'occupation de l'usine. Force ouvrière parle d'un véritable coup de force du patronat et de l'Etat et même les républicains indépendants de la Moselle veulent s'opposer, disent-ils, aux mesures prises, considérant qu'il est inadmissible qu'une firme qui bénéficie de l'aide de l'Etat pour sa modernisation agisse avec une telle désinvolture. Du même coup, lorsque la gauche réclame la nationalisation de la sidérurgie, elle rencontre encore plus d'écho que par le passé. Dans notre édition de 13 h, un directeur d'Usinor nous a dit que des reclassements étaient prévus pour 2000 employés, il a ajouté que pour les 1000 autres c'était plus difficile, en effet. Et puis, il y a le retentissement de cette fermeture sur les sous-traitants, le commerce local, etc... Et cette réalité là, que va nous montrer, Jacques Poux dans son enquête à Talange, 8500 habitants, à 15 kilomètres de Thionville, près de l'usine de Sasilor d'Hagondange où on a pas encore annoncé de suppression d'emplois mais où on s'y attend.
Jacques Poux
Pour Talange, c'est l'heure de l'inquiétude. 90% de la population vit de la sidérurgie ou de la sous-traitance pour la sidérurgie. Cela signifie qu'ici on travaille pour Sacilor ou Sautracomète qui fabriquent des ponts roulants, des toboggans routiers, mais les commandes ont tellement baissé, que Sautracomète avait du fermer ses portes. Après un mois de grève, 50% des effectifs seulement, ont été réembauchés mais jusqu'à quand. A Talange, on vit donc dans la crainte du chômage, ou bien, on est déjà chômeur comme ce jeune homme de 23 ans.
Chômeur
Eh bien pour l'instant, je m'accroche à la région, j'essaie d'y rester puisque j'ai quand même mes amis, ma famille. Mais à l'extrême limite, il me faudra quitter la région pour monter éventuellement sur la région parisienne où là je suis sûr d'avoir du travail.
Jacques Poux
L'incertitude du lendemain se répercute dans la vie quotidienne de cette petite agglomération où l'on ne compte plus ceux qui subissent 6 jours de chômage mensuel soit une perte de 500 à 600 francs par mois.
Commerçante
Les gens achètent nettement moins, en fruits par exemple, les yaourts, enfin tout ce qui est articles secondaires et la ménagère fait très attention sur ses achats, étant donné que, il y a quand même une fin de mois qui est assez dure.
Jacques Poux
Le commerce est touché mais l'artisanat, la petite entreprise locale l'est tout autant. René Hiesiger fabrique des pièces mécaniques, il a du licencier 10 employés en un an. Ils étaient 52, ils ne sont plus que 42.
René Hiesiger
On maintient ceux qu'on a avec le peu qu'on a de travail en faisant... on a réduit les heures quoi.
Jacques Poux
Alors les perspectives à court terme ?
René Hiesiger
Alors les perspectives, disons que c'est toujours plus mauvais encore pour nous. Parce que nous sommes tributaires de la sidérurgie. Si la sidérurgie nous donne rien, nous on ferme, on a plus rien du tout alors.
Jacques Poux
Talange n'est pas le seul village, la seule agglomération qui redoute de payer cher la faillite de la sidérurgie. Plusieurs familles ont du quitter le pays, faute d'emplois. Actuellement, la commune continue à se vider, le maire pense qu'on aurait pu éviter cet état de choses.
Lambert (Monsieur)
Les dernières vingt années, on a oublié tout de même, de moderniser la sidérurgie et je pense que ce doit être une des raisons primordiales. On en arrive aujourd'hui à avoir des installations qui sont vétustes.
Jacques Poux
M. le Maire, alors, que faites-vous pour essayer de palier cette situation ?
Lambert (Monsieur)
Et bien nous créons des zones artisanales légères afin de pouvoir retenir nos gens chez nous et d'avoir une diversification des emplois, pour tous ces jeunes qui risquent ou qui ont été déjà quittés ou qui risquent de nous quitter à plus ou moins longues échéances.

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