La colère des sidérurgistes de Longwy contre les projets de restructuration

26 février 1979
02m 42s
Réf. 01149

Notice

Résumé :

Les sidérurgistes de Longwy expriment leur colère contre le plan de restructuration de la sidérurgie du gouvernement Barre, qui condamne à terme l'industrie lorraine au profit des complexes industrialo-portuaire comme Dunkerque ou Fos.

Date de diffusion :
26 février 1979
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Contexte historique

C'est dans l'un des secteurs les plus touchés par la crise, la sidérurgie lorraine, que le combat social fut le plus poussé et le plus violent contre les mesures de restructuration et de licenciement. Les difficultés de la sidérurgie lorraine remontent en fait aux années soixante avec l'apparition des minéraliers géants et des techniques de transformation de minerais riches en acier sans passer par les hauts fourneaux, ce qui rendaient plus rentables les usines situées en bord de mer (Dunkerque, Fos-sur-mer).

Les difficultés de la sidérurgie lorraine s'accélèrent à partir de 1974 avec une baisse importante de la demande et l'effondrement des prix de l'acier. L'Etat tente alors de soutenir ce secteur par des aides financières mais décide également d'accélérer sa restructuration autour des pôles les plus compétitifs, ce qui condamne inévitablement l'industrie lorraine. En décembre 1978, le ministre de l'Industrie René Girault annonce ainsi une aide de trois milliards pour renflouer le secteur en même temps qu'un vaste plan de restructuration de la sidérurgie : près de 20 000 emplois doivent être supprimés, dont une grande partie en Lorraine.

Cette décision provoqua d'importants troubles au sein de ce bastion industriel, symbole de la "civilisation du fer" depuis la fin du XIXe siècle. Une très forte mobilisation contre le gouvernement se développa notamment à Longwy à partir du 16 février. Les ouvriers en colère barrent les voies ferrées, occupent les administrations, séquestrent des fonctionnaires, attaquent des commissariats. Dans un sursaut désespéré, toute la population exprime son impuissance devant l'inévitable fermeture des hauts-fourneaux. Le 23 mai 1979, les sidérurgistes lorrains organisent une très grande manifestation à Paris, qui se termine par des incidents graves.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage ne montre pas les manifestations des sidérurgistes et se contente de recueillir les témoignages d'ouvriers inquiets devant leur avenir. Plusieurs plans montrent les infrastructures industrielles très importantes de Longwy, condamnées peu à peu à cesser leur activité. La violence des manifestations est soulignée par des images du commissariat saccagé par les ouvriers en colère (meubles et papiers répandus sur le sol).

Fabrice Grenard

Transcription

François Gault
Longwy encore meurtri, Lonwy, toujours sous le choc de samedi, mais qui aujourd'hui retrouve tout de même son calme. A Longwy aussi, on commente les mesures annoncées par le gouvernement.
Sidérurgiste
La mesure sociale que M. Bourin veut bien annoncer, bah à la rigueur, on les accepterait si nos enfants étaient sûrs de trouver du boulot.
François Gault
Par exemple, vous, vous allez prendre votre pré-retraite.
Sidérurgiste
Bah, je ne la prendrai pas parce que j'ai encore des enfants de 13 et 10 ans. Et alors, qu'est-ce qu'ils feront eux ? On ne crée pas des emplois, on nous licencie, c'est un licenciement camouflé pour nous. Ici, on ne sait même pas ce qu'on va devenir, est-ce que ça va être Usinor, est-ce que ça va être Chatillon-Malmaison, qu'est-ce qu'on va devenir, on ne sait rien ? On n'a pas de précision, aucune précision.
François Gault
On dit aussi que, on va créer des sociétés de reconversion, pour embaucher les travailleurs licenciés.
Sidérurgiste
Pour quoi faire des sociétés de reconversion, qu'est-ce qu'on va faire pendant ce temps ? On va être payé à quoi faire ? A aller aux fourneaux d'Usinor ou... je sais pas moi, on ne sait rien. Aller quoi faire ? Sur les ballastes, remplacer les gens de la SNCF. Ça fait 13 ans que je suis dans la sidérurgie, je tiens à y rester. C'est pour ça qu'on lutte, sur tout l'ensemble de Longwy, pour rester sidérurgistes et rester sur Longwy. On s'est implanté sur Longwy, on tient à y rester.
François Gault
Choc de samedi, les affrontements, l'assaut du commissariat de police, le saccage de l'union patronale, la violence, tout le monde en parle encore aujourd'hui.
(Silence)
Sidérurgiste
Je ne suis pas pour la violence, je ne suis pas du tout pour la violence. Ça je ne suis pas pour la violence du tout.
François Gault
Alors comment vous l'expliquez ?
Sidérurgiste
... Moi je voudrais, moi je voudrais savoir quand même, le bout qui va devant, à mon point de vue, c'est ce que tout le monde demanderait. Seulement on nous raconte des salades en nous disant ceci, en nous disant cela quoi. Ça ne va plus du tout. Il faut qu'on fasse quelque chose quand même, parce que, si c'est pour rester les mains dans les poches, ça sert à rien non plus. Mais samedi, je crois qu'ils ont été un peu loin quand même, à mon avis.
François Gault
Et comment vous expliquez ces actes de violence ?
Sidérurgiste
Bah l'angoisse, l'angoisse du lendemain. Qu'est ce que vous voulez, tout le monde parle, tout le monde parle et puis personne ne donne de détails aussi.
François Gault
Ce soir encore, comme tous les soirs, avec ses sidérurgistes et leurs familles, inquiets, incertains sur leurs sorts, Longwy attend.
Sidérurgiste
On n'attrape même des maux de tête, je suis sûr, même moi, le premier. On attrape des maux de tête rien de penser à ça, de se sentir sur la brèche comme on dit.
Femme de sidérurgiste
Oui, puis on en parle tout le temps avec les amis, quand on se voit, on parle que de ça.

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