Les restructurations industrielles de l'année 1984

06 janvier 1984
02m 46s
Réf. 01153

Notice

Résumé :

Le gouvernement socialiste annonce au début de l'année 1984 un important plan de restructuration industrielle concernant notamment les secteurs les plus en difficultés (construction navale, charbonnages, sidérurgie, automobile).

Date de diffusion :
06 janvier 1984
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Contexte historique

Après l'échec de la relance de 1981-1982, le gouvernement socialiste décide de faire le choix du réalisme en adoptant une politique de rigueur accompagnée d'importantes restructurations industrielles des secteurs les plus en difficultés. L'objectif consistait à renforcer la concentration de ces secteurs, en éliminant les entreprises les moins compétitives, et à mieux adapter les capacités de production au niveau réel de la demande (éviter la surproduction).

Après diverses consultations, le gouvernement de Pierre Mauroy annonce au début de l'année 1984 un grand plan de restructurations comportant quatre volets principaux : les constructions navales, les charbonnages, la sidérurgie, l'automobile. C'est Laurent Fabius, ministre de l'Industrie, qui était chargé de leur mise en oeuvre. Dans le domaine des constructions navales, le plan prévoyait le maintien en activité de quatre grands sites (Dunkerque, La Ciotat, La Seyne, Saint-Nazaire) mais avec une réduction de leur capacité de production de 30 % en 3 ans, entraînant pendant la même période la suppression de 5000 emplois sur 18000. Pour les charbonnages, le plan de restructuration prévoyait de diminuer en cinq ans la production de 18 millions à 11 millions de tonnes, ce qui devait entraîner la suppression de 6000 emplois par an pendant cinq années, soit plus de la moitié des 57 000 employés des Charbonnages. Plus sévère encore fut le plan de restructuration de la sidérurgie baptisé "plan acier" : suppression de 25 000 emplois en trois ans sur les 90 000 qui subsistaient, décisions de fermer les sites de Gandrange et Rombas (Lorraine) ainsi que le site de Fos-sur-Mer, pourtant particulièrement moderne. Des mesures identiques sont adoptées dans l'automobile : la généralisation de la robotisation entraîne des besoins en main-d'oeuvre moindre (OS notamment), tandis que les débouchés se réduisent (hausse de la concurrence, baisse de la demande intérieure). La restructuration doit ainsi se faire autour de deux constructeurs généralistes (Renault et Peugeot) et plusieurs dizaines de milliers d'emplois sont appelés à disparaître.

Les réactions à l'annonce des restructurations industrielles furent très vives, notamment dans le secteur de la sidérurgie (marche des sidérurgistes sur Paris le 13 avril 1984 réunissant 40 000 manifestants). Les conséquences politiques furent également particulièrement importantes : les communistes décidèrent de rompre leur accord passé avec les socialistes en juin 1981 ; fragilisé, Pierre Mauroy démissionne en juillet 1984 (il sera remplacé par Laurent Fabius) ; surtout, les socialistes se coupent de leur électorat populaire, ce qui explique leur défaite aux législatives de 1986.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Pour illustrer le caractère inéluctable des restructurations industrielles, les images du reportage montrent le fonctionnement des principaux secteurs en crise (galeries de mines, chantiers navals, chaîne de montage chez Renault). Elles permettent de souligner l'importante robotisation et mécanisation de ces secteurs et leur inévitable répercussion sur la main-d'oeuvre. Mais le reportage souligne également, à travers des images de manifestations dans le bassin houiller lorrain, les importantes protestations sociales qui se développent rapidement contre ces mesures de restructuration.

Fabrice Grenard

Transcription

Gilles Vaubourg
Le ralentissement de l'économie, la concurrence internationale et l'arrivée de nouvelles technologies imposent de profondes mutations. Le gouvernement se fixe pour objectif prioritaire et pour devoir, de réussir la restructuration industrielle. Parmi les secteurs exposés, Richard Tripault et Gérard Pinson ont retenu l'automobile, la sidérurgie, les chantiers navales et d'abord les charbonnages.
Gerard Pinson
C'est un homme de chez eux, qui le mois dernier, a confirmé aux mineurs de charbon qu'il fallait voir la réalité en face. Pierre Mauroy, le nordiste, a pris son parti de la récession des charbonnages de France. En extrayant 18 millions de tonnes l'an dernier, ils ont perdu près d'un milliard de francs malgré une aide de l'Etat de 6 milliards et demi. Au grand dame des mineurs, cette année, la subvention a été simplement reconduite. Résultat, 16 millions de tonnes seulement, sont espérées en 84 et sans qu'il soit question de licenciements, 6 à 8000 emplois seront supprimés.
Richard Tripault
Déjà difficile en 1982, la situation des chantiers navales s'est aggravée l'année dernière. Ils sont victimes d'un trafic maritime ralenti, de commandes plus rares, de prix de revient en hausse et d'une concurrence acharnée des chantiers de l'Extrême-Orient. Récemment regroupée en deux grands pôles industriels, la construction navale n'a plus guère d'autres solutions que de se tourner vers l'Etat, pour qu'il soutienne son activité. Mais celui-ci a déjà donné plus de 2 milliards de francs en 1983. L'annonce d'un plan de redressement est prévue, dès le début de cette année, aux chantiers du nord et de la Méditerranée.
Gerard Pinson
Voici seulement un an et demi, un plan acier prévoyait le retour en 86 à la production française de 70, soit 24 millions de tonnes et le maintient de la compétitivité par la suppression de 12 000 emplois dans la sidérurgie. Hélas, il faut réviser d'urgence ! A la baisse pour la production, 17 millions de tonnes en 83, à la hausse, pour les suppressions d'emplois, sans doute 25 à 35 mille. Usinor et Sacilor ont chacun perdu 5 milliards de francs l'an dernier.
Richard Tripault
25 heures pour faire une R5, il en faudra 16 pour fabriquer la prochaine voiture. Par cet exemple, Laurent Fabius, le Ministre de l'Industrie, illustre la mutation du secteur automobile. De fait, avec la robotisation, ce secteur est maintenant en sureffectif. Paradoxe, malgré Talbot, la France a produit 3 millions de véhicules en 1983, 2% de plus que l'année précédente. Les professionnels soulignent le puissant besoin de motorisation, les experts eux prédisent une baisse de 5% des immatriculations.
Richard Pinson
Ajoutons à ces dossiers d'actualité d'autres secteurs en crise chronique comme le textile ou le bâtiment. Les experts prévoient 250 000 chômeurs supplémentaires dans un an, vous mesurez la difficulté des mutations industrielles. Quant au récent conflit, il prouve que les victimes directes des restructurations, bénéficient de moins en moins de la solidarité de leurs camarades qui en réchappent. C'est le chacun pour soi, à ce niveau comme à celui des groupes industriels.

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