L'état de la construction navale en France au milieu des années 1980 : l'exemple de Saint-Nazaire

01 mars 1984
02m 36s
Réf. 01155

Notice

Résumé :

Après avoir été le fleuron de la construction navale en France, les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire n'échappent pas aux difficultés économiques. Le problème essentiel se situe dans les écarts de coûts salariaux avec les pays d'Asie.

Date de diffusion :
01 mars 1984
Source :

Contexte historique

La construction navale avait connu un véritable âge d'or en France au cours des années 1960. Employant 30 000 personnes, bénéficiant de la construction d'infrastructures très modernes (construction des chantiers de Saint-Nazaire en 1961), elle occupait le second ou le troisième rang mondial en lançant annuellement un bon million de tonneaux de jauge brute. La construction aux chantiers de Saint-Nazaire en 1960 du plus gros paquebot de l'époque, le France, constituait alors le symbole d'un secteur en pleine extension.

Mais à partir des années 1970, ce secteur connaît un important déclin, qui s'explique en grande partie par la concurrence effrénée des chantiers japonais et sud-coréens. La construction navale ne pouvait dès lors échapper aux mesures de restructurations industrielles adoptées par le gouvernement socialiste au début de l'année 1984. Pour faire face à la baisse des commandes et diminuer des capacités de production trop importantes, il fut décidée de recentrer l'ensemble de l'activité autour de quatre grands sites : Dunkerque, La Ciotat, La Seyne, Saint-Nazaire. Les capacités de production devait être baissée de 30 % en trois ans, entraînant pendant la même période la suppression de 5 000 emplois sur 18 000. Ce plan de restructuration confirme en fait la place dominante des Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Les cales de Saint-Nazaire, les plus puissantes de l'Union européenne, capables de lancer tous types de navires, se spécialisent dans les paquebots de croisière, dont ils sont les premiers producteurs au monde. Mais l'activité des chantiers restent particulièrement fluctuante, au gré des commandes.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images du paquebot France, le plus grand construit à l'époque, permettent de rappeler la grandeur passée des Chantiers de l'Atlantique. En montrant l'équipement des chantiers et leur fonctionnement, le reportage souligne bien que la crise de la construction navale en France ne résulte pas de causes techniques (retard de modernisation). Plusieurs gros plans sur des cargos et pétroliers mouillant en mer (Baie d'Eleusis en Grèce) en attendant de mourir, attirent l'attention sur le problème essentiel de la construction navale à l'échelle mondiale : des capacités de production trop importantes face à l'absence de commandes et la saturation de la demande. Dans ces conditions, seules les pays d'Asie, bénéficiant d'une main-d'oeuvre bon marché, peuvent encore tirer leur épingle du jeu dans ce secteur.

Fabrice Grenard

Transcription

Geneviève Guicheney
Certains secteurs industriels subissent la crise d'une manière d'autant plus brutale qu'ils ont tardé à se moderniser et à s'adapter. Ce n'est pas le cas pour tous les chantiers navals, celui de Saint-Nazaire, par exemple, qui est un des plus modernes du monde n'échappe pourtant pas aux difficultés de la construction navale. Le reportage de Richard Tripault et Yvon Deleau.
Richard Tripault
1961, les chantiers de Saint Lazaire achèvent de construire le France, prestigieux successeur de L'Ile de France et du Normandie, également nés ici. 1976, 77, 79, les chantiers livrent les plus gros pétroliers du monde. Mais cette époque de gloire allait vite disparaître avec les effets de la crise et le ralentissement des trafics maritimes, avec aussi l'arrivée sur le marché des chantiers de l'Extrême-Orient, Japon et Corée du Sud.
Jean-Noël (d') Acremont
Vers les années 68, 70, on a organisé un certain nombre de missions au Japon pour suivre l'évolution des grands chantiers japonais et ne pas prendre de retard dans ce domaine. Le résultat a été que cette société a, dès les années 68, complètement reconstruit le chantier et on a fait ce qu'on voit maintenant, c'est-à-dire un chantier qui sur le plan des équipements et de l'organisation, est au niveau des grands chantiers mondiaux en particulier d'Extrême-Orient.
Richard Tripault
A Saint Lazaire, on se targue d'être à la pointe du progrès technique et l'on montre volontiers aux visiteurs des presses de 1500 tonnes ou bien des bureaux d'étude assistés d'ordinateurs. Tout semble prêt pour de grands projets, hélas, faute de commandes, les méthaniers brise-glace ou les hôtels flottants restent de beaux rêves. Mais le chantier de Saint-Nazaire, comme les autres chantiers navals, c'est aussi un énorme réservoir de main d'oeuvre. Très peu d'OS, des ouvriers et des techniciens qualifiés et un faible taux de travailleurs immigrés. Une main d'oeuvre qui entre pour la moitié dans le coût des bateaux construits ici, c'est là que la différence avec les chantiers d'Extrême-Orient est la plus grande.
Jean-Noël (d') Acremont
Elle tient essentiellement aux écarts de coûts salariaux qu'il y a, entre des pays comme la Corée, qui font les prix sur le marché international, avec des coûts salariaux qui sont grosso modo, le 7ème des coûts salariaux en Europe.
Richard Tripault
Ici, des chantiers qui se débattent pour trouver des commandes et des pouvoirs publics qui paient chers le soutien à une activité en difficulté. Là, des centaines de cargo et de pétroliers qui meurent doucement et dont certains n'ont jamais navigué. Illustration d'une crise qui épargne peu de monde, le Japon lui-même, commençant à être touché.