La dernière automobile construite à l'usine Renault de l'île Seguin

27 mars 1992
01m 48s
Réf. 01159

Notice

Résumé :

Quelques jours avant la fermeture définitive de l'usine Renault de l'île Seguin à Boulogne, la sortie de la dernière voiture construite sur les chaînes de l'usine provoque une importante émotion parmi les derniers travailleurs de l'usine.

Date de diffusion :
27 mars 1992

Contexte historique

La fermeture de l'usine Renault de l'île Seguin à Boulogne-Billancourt constitue le symbole le plus spectaculaire des difficultés et des mutations de l'industrie automobile en France. Symbole au cours des Trente glorieuses de la croissance industrielle française, l'automobile souffre considérablement du renversement de la conjoncture à partir des années 1970 et d'une concurrence étrangère de plus en plus vive. Le marché national connaissant une importante saturation, seule l'exportation peut permettre au secteur de l'automobile de continuer à survivre. Mais pour cela, les principales entreprises françaises doivent s'adapter et se montrer plus compétitives. Cela se traduit par un important recul de la main-d'oeuvre, une modernisation des structures de production, un recours croissant à la sous-traitance (qui permet de mieux s'adapter aux fluctuations du marché), des délocalisations d'usines dans les pays étrangers, où le coût de la main-d'oeuvre est moindre.

Ces nouvelles stratégies condamnent inévitablement certains établissements, à l'image des usines Renault de l'île Seguin, construites à la fin des années 1920. Véritable symbole de l'entreprise Renault depuis leur création (c'est-là que furent installées les premières chaînes automatisées), ces usines de l'île Seguin souffraient d'installations quelque peu dépassées et d'une situation défavorable (enkystée dans la banlieue parisienne dont les fréquents embouteillages retardaient les transports) qui rendaient sa fermeture inéluctable.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage, à travers l'interview de plusieurs ouvriers, dégage une importante émotion. La fermeture de les usines de l'île Seguin marque en effet la disparition d'une véritable "forteresse ouvrière", qui employait plus de 23 000 travailleurs au coeur des Trente glorieuses, avait vu sortir plusieurs modèles de voitures particulièrement symboliques, fut le théâtre d'importantes mobilisations sociales (en mai 1968 notamment).

Fabrice Grenard

Transcription

Pascale Manzagol
La dernière voiture Renault est sortie des chaînes de Billancourt aujourd'hui, il était 11h20. La fermeture officielle et définitive de l'Ile Seguin aura lieu mardi. Mais l'émotion, c'était aujourd'hui pour la poignée d'ouvriers qui reste sur le site, ils sont un peu plus d'un millier. Annick Cotterlaz, Denis Paget.
Annick Cotterlaz
Ce matin, 11h30, la dernière voiture fabriquée par l'usine Renault de Boulogne-Billancourt, une super 5 société, est arrivée en fin de chaîne sur cet étrange paquebot construit en 1929 sur l'île Seguin. Billancourt, la forteresse ouvrière, ici près d'un million d'ouvriers se sont succédés mais l'heure n'est plus à la protestation, beaucoup de tristesse, un peu d'amertume devant ce dernier véhicule.
Bara Boulkafa
Je peux pas la regarder, je peux regarder la première mais pas la dernière. J'ai pas été la regarder.
Annick Cotterlaz
Pourquoi ?
Bara Boulkafa
Ça me fait mal au coeur.
Bernard Lefevre
Il y avait beaucoup de cadres qui avaient l'air un peu trop heureux, c'était un peu indécent, voilà. Le Directeur de l'usine, c'est tout juste si il n'a pas fait la fête, danser en rond autour de la voiture.
Annick Cotterlaz
Avec la fermeture, le plan social mis en oeuvre en 1989, même s'il se voulait exemplaire, n'a pas réussi à satisfaire tout le monde. De cette dernière journée, certains garderont un souvenir terrible, un drôle de cadeau.
Ouvrier
Quand on leur donne ça, un petit truc où on vous dit hommage à Billancourt et après quand vous y allez, on vous dit cadeau. Cadeau, un t-shirt, cadeau, une petite image de Billancourt, cadeau, une cassette, cadeau, un pin's, c'est se moquer. C'est même pas se moquer, je crois que, c'est pire que ça. C'est ne pas avoir de respect pour l'ouvrier qui a travaillé 25 ans, c'est ça qui est grave et ça je trouve ça, ça fait mal.

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