Une entreprise textile lorraine se délocalise et propose à ses salariés des postes à l'étranger

06 mai 1997
01m 54s
Réf. 01161

Notice

Résumé :

L'entreprise textile "Chez Julien" à Pompey propose à certains de ses salariés licenciés de travailler dans des pays où elle s'est délocalisée (Portugal, Tunisie). Ces emplois auraient été payés au salaire local, ce qui provoque un refus général.

Date de diffusion :
06 mai 1997

Contexte historique

Le secteur du textile-habillement apparaît comme l'une des activités les plus touchées par les difficultés économiques en France depuis les années soixante-dix. Les dépenses d'habillement représentent en effet une part décroissante des dépenses des ménages alors que la concurrence internationale est de plus en plus forte. Les écarts des coûts de main-d'oeuvre entre la France et les pays en développement font que les entreprises françaises apparaissent incapables de rivaliser à l'échelle mondiale, perdent des marchés et sont contraintes de réduire leurs activités. Pour survivre, certaines entreprises font le choix de la délocalisation en implantant à l'étranger (Asie, Europe de l'Est ou du Sud...) une partie de leur production afin de bénéficier d'une main-d'oeuvre meilleur marché et de baisser leurs coûts de production pour être plus compétitives.

Mais cette stratégie de délocalisation n'est pas sans poser d'importants problèmes concernant l'emploi dans la mesure où elle entraîne inéluctablement la fermeture de nombreuses unités de production sur le territoire national. Ce phénomène de délocalisation constitue aujourd'hui l'une des grandes craintes de l'opinion publique, notamment dans le cadre du processus d'élargissement de l'Union européenne vers l'Europe de l'Est.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les interviews de salariés de l'entreprise textile "Chez Julien", dont certains travaillent dans l'entreprise depuis plus de vingt ans, montrent un mélange d'émotion et de colère face à la fermeture de l'entreprise. La proposition d'offrir des postes de travail à l'étranger à des conditions tout-à-fait inacceptables (payés au salaire local) apparaît comme une véritable provocation pour des personnes qui ont travaillé toute leur vie au sein de cette entreprise.

Fabrice Grenard

Transcription

Patrick Chêne
Une entreprise de textile, en Lorraine, a du licencier une centaine de salariés la semaine dernière. Cette entreprise a proposé, à ses salariés licenciés, des postes à l'étranger où elle avait délocalisé, des postes payés aux salaires locales soit plus bas que le Smic en France.
Laurent Bailly
Les salariés ont refusé. Laurent Bailly, Claude Sicard. Dans cette Lorraine, déjà touché de plein fouet par le chômage, on avait pas besoin d'un plan social de plus. Mais ici, chez Julien, une usine de textile située à Pompey, 92 ouvrières sur 300 ont été licenciées la semaine dernière. Ce matin au pointage, celles qui ont été épargnées sont encore sous le choc.
Ouvrière
C'est très angoissant de venir travailler, on peut pas. Je vous assure que c'est dur à vivre, l'atelier est vide, tous nos camarades sont dehors, ma foi voilà et nous on est en survie.
Laurent Bailly
Le textile est en crise à cause de la concurrence étrangère, alors les commandes de vêtements ont chuté d'où le plan social. Déjà, le groupe Julien possède des usines à l'étranger, la direction en a profité pour proposer aux licenciés de Pompey, 5 postes au Portugal et en Tunisie mais payés aux salaires locaux, entre 1500 et 3000 francs par mois. Une délocalisation jugée cynique et rejetée par les salariés.
Ouvrière
Qu'est-ce que vous voulez qu'on aille au Portugal ou en Tunisie si on a une maison sur le dos puis le mari qui travaille !
Nicole Dudek
C'est quand même grâce au travail des ouvrières de Pompey que la société a pu aller à l'étranger, grâce aux bénéfices qui ont été réalisés et maintenant on nous dit, pour la plupart d'entre nous, malheureusement, qu'on a plus besoin de nous et je trouve ça honteux.
Laurent Bailly
A l'atelier de production, ces ouvrières qui ont toutes, entre 15 et 30 ans de maison, sont payées au Smic. Choquées par le licenciement de leurs collègues et par la maladresse de la direction, elles aussi redoutent de devoir aller bientôt pointer à l'ANPE.

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