Le conflit social chez Lip en 1973

28 décembre 1973
03m 07s
Réf. 01167

Notice

Résumé :

En 1973, les ouvriers de l'entreprise horlogère Lip occupent leur usine menacée de déposer son bilan et poursuivent son exploitation. Malgré l'intervention de la police puis la nomination d'un médiateur, les "Lip" continuent leur lutte.

Date de diffusion :
28 décembre 1973
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le conflit de l'entreprise horlogère Lip de Besançon défraie la chronique tout au long de l'année 1973, devenant éminemment symbolique des luttes sociales des années de crise. Les ouvriers de Lip entament en effet une grève le 17 avril 1973 pour protester contre la fermeture de leur usine. Refusant le dépôt de bilan, ils décident alors d'occuper l'usine à partir du 18 juin 1973, sous la direction de Charles Piaget, leader local de la CFDT. Ils commencent à autogérer leur entreprise, commercialisant les stocks de montres et continuant à en fabriquer. Cette "autogestion" contribue à rendre le conflit très populaire : les ouvriers de Lip sont largement soutenus par l'opinion ainsi que par les partis de gauche.

Le gouvernement de Pierre Messmer utilise dans un premier temps la manière forte pour mettre fin à l'occupation de l'usine : le 14 août 1973 la police intervient et fait évacuer l'usine. Mais cette intervention ne fait que durcir la lutte des "Lip", qui le 29 septembre reçoivent le soutien de 100 000 manifestants à Besançon. Les pouvoirs publics tentent par ailleurs d'obtenir une conciliation en nommant un médiateur le 8 août, Henri Giraud. Cette médiation échoue essentiellement en raison de la division syndicale, la CGT étant favorable à la reprise du travail et la CFDT y étant hostile. Puis, en décembre 1973, un jeune patron, Claude Neuschwander, se voit confier la mission de sauver l'entreprise par Jean Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique. L'usine redémarre ainsi sous le nom de Société Européenne d'Horlogerie et de Mécanique, même si le 5 janvier 1974 Pierre Messmer proclame : "Lip, c'est fini".

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage diffusé en fin d'année 1973 traite le conflit Lip de manière rétrospective à partir d'une sélection d'images. Les premières présentent une manifestation organisée à Paris durant l'été en soutien des ouvriers de l'usine, et dans laquelle on peut entendre chanter "L'Internationale" : il s'agit d'insister d'emblée sur l'ampleur de ce conflit social et sur sa dimension emblématique de lutte contre le patronat. Il faut toutefois relever dans le reportage l'absence d'images du grand rassemblement de soutien aux ouvriers de Lip, le 29 septembre 1973, à Besançon. Le sujet s'emploie ensuite à retracer de manière chronologique les différentes étapes du conflit. Un plan sur une banderole proclamant "C'est possible, on fabrique, on vend, on se paie" souligne ainsi le triomphe de l'autogestion mise en pratique par les "Lip", d'une envergure sans précédent (le journaliste commente : "On n'avait jamais vu ça"). Des images de montres Lip derrière des vitrines et d'ouvriers travaillant à en fabriquer illustrent cette autogestion.

Dans un deuxième temps, le reportage s'attache à décrire, sur fond d'une musique inquiétante, les différentes interventions des pouvoirs publics pour trouver une solution au conflit : sont ainsi insérées dans le montage des images du médiateur nommé par le gouvernement, de même que des forces de l'ordre investissant l'usine. Ce sujet s'emploie à montrer les négociations (une assemblée générale d'ouvriers est filmée) : leur échec est symbolisé par l'allocution à la presse du médiateur Henri Giraud, et par l'évocation des dissensions syndicales. Les gros plans sur des affiches "Lip vivra" dans une rue de Besançon souligne cependant la poursuite de la lutte. Les dernières images de l'usine et le commentaire du journaliste laissent en suspens le sort final de l'usine Lip, qui n'est pas encore connu au moment de la diffusion du reportage.

Christophe Gracieux

Transcription

(Silence)
Journaliste
Pendant tout l'été, les Français auront vécu à l'heure Lip. Un été marqué un peu partout comme ici à Paris par des manifestations de solidarité. Tout cela parce qu'à Besançon 1100 employés refusant de subir les conséquences d'une mauvaise gestion de leur entreprise ont décidé d'agir. A l'entrée de l'usine occupée, une banderole sur lequel on peut lire, on fabrique, on vend, on se paie, c'est possible. On avait jamais vu ça. Ce qui n'était qu'au début qu'un conflit social devient rapidement l'affaire Lip. Pris de court, le patronat et le gouvernement tardent à réagir.
Inconnu
Du côté du personnel et je me moque de ce qu'ils pensent de moi, du côté des syndicats, de l'imagination, du courage, un public relation formidable, des initiatives extravagantes, illégales, de l'autre côté rien, pas d'imagination, de l'indolence, de l'impuissance, une somnolence. A la vérité, je pense que jusqu'ici on n'a pas été à la hauteur de la situation.
Journaliste
De l'imagination, c'est vrai les Lip en ont à revendre. Dans l'usine occupée, la fabrication et la vente des montres va permettre la première paie sauvage. Le 8 août, le gouvernement nomme enfin un médiateur, M. Henri Giraud, un spécialiste des sauvetages difficiles. Le 14, l'usine est investie par les forces de l'ordre, des ateliers clandestins sont installés, parallèlement la négociation s'ouvre. Elle va durer plus de deux mois, les syndicats obtiendront que l'entreprise ne soit pas démantelée mais la discussion échouera sur le problème des licenciements.
Inconnu
Au lieu d'avancer rapidement dans ces entretiens, certaines organisations syndicales tout en protestant constamment de leur désir de négociation ont fait échouer les dites négociations sur des points de détails ou des discussions de modalités ou de garantie.
Journaliste
Le lendemain, un vote contesté des employés de Lip confirme la rupture. Entre la CGT et la CFDT, la crise qui couvait depuis le début du conflit éclate. Nous avons loupé le coche, disent les délégués CGT. Depuis, l'affaire est au point mort, un secteur de Lip, celui de l'armement, va pourtant redémarrer mais pour le reste rien.
Inconnu
Qu'il n'y ait personne qui veuille de l'horlogerie cela nous paraît étonnant dans le système, cela voudrait qu'il y ait une volonté systématique de ne pas utiliser un outil de travail rentable. Ca nous paraît étonnant et à notre avis, il y aura très certainement des industriels qui s'intéresseront à l'horlogerie, n'oublions pas qu'il y a des chaînes qui sont parmi les plus modernes d'Europe, etc... Il y a la marque qui présente un intérêt important, on ne voit vraiment pas pourquoi des industriels ne s'intéresseraient pas à cela.
Journaliste
Après 8 mois de conflit, gouvernement, patronat et syndicat viennent de se réunir pour tenter à nouveau de trouver une solution.
Inconnu
La réponse de cette tentative de la dernière chance sera connue avant le 15 janvier.

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