Interview de Picasso en 1966

21 octobre 1966
01m 50s
Réf. 01201

Notice

Résumé :

Picasso répond avec bonne humeur aux questions d'un journaliste sur la télévision, sur son amour de l'humanité et sur sa jeunesse.

Type de média :
Date de diffusion :
21 octobre 1966
Source :
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Contexte historique

Picasso adhère au PCF en 1944 et réalise la Colombe de la Paix, offerte au Congrès Mondial de la Paix en 1949. Artiste engagé, Picasso sépare son style artistique, sa manière de peindre ou de sculpter de son engagement politique. Il reste fidèle au PCF, qu'il voit toujours comme sa "patrie", lui, l'exilé espagnol. Il est aussi l'un des rares artistes peintres qui parvient et aspire à devenir un homme public, populaire, et volontairement proche du peuple. Il veut rompre avec la représentation de l'artiste enfermé dans sa tour d'ivoire.

Son séjour à Vallauris au début des années 1950 lui donne un nouveau souffle artistique : il y exécute des séries de toiles et de dessins remplis d'énergie et de joie de vivre. Il y renoue avec la sculpture d'assemblage et de soudures et multiplie les gravures, les lithographies et surtout la céramique. C'est à Vallauris que Picasso commence sa série de toiles élaborées comme des dialogues avec ses "maîtres" : Manet, Delacroix, Courbet, et Velasquez. 1955 est l'année où Picasso quitte Vallauris pour Cannes, où il réalisera Les Ménines, en référence à Velasquez.

En 1966, une grande rétrospective de ses oeuvres est organisée à Paris en l'honneur de son 85ème anniversaire. Il vit désormais avec sa femme Jacqueline à Mougins où il crée une série d'oeuvres consacrées au thème du peintre et de son modèle associé à celui de l'amour, tout en poursuivant son travail de céramiste et de graveur. En 1985, un musée consacré à l'oeuvre de Picasso sera ouvert à Paris à partir de donations des héritiers de Picasso.

Carole Robert

Éclairage média

Pour comprendre le lien entre Picasso et les médias, il remonter en 1944, à la Libération de Paris. C'est à ce moment que Picasso devient "le symbole de la liberté retrouvée" (Brassaï). Il se métamorphose en figure emblématique de la liberté culturelle, en tant que représentant le plus brillant d'une opposition artistique à l'occupant. Il est en effet "l'un des rares artistes modernes à s'être conduit "comme il faut" parmi les artistes plasticiens (Eluard). Et le gouvernement voulant effacer de la mémoire collective l'image d'une France collaboratrice, c'est Picasso qui est mis en avant.

L'exposition de l'été 1944, qui montre 74 tableaux peints depuis 1940, fait l'objet d'un chahut agressif de quelques jeunes réactionnaires : cet événement ne fait que renforcer le potentiel de modernité de l'artiste et contribue à faire glisser la reconnaissance collective, par médias interposés, vers cet "homme du jour", qu'est Picasso, c'est-à-dire vers sa personnalité plutôt que vers ses oeuvres. C'est en 1944 que s'amorce en effet ce qu'on appellera rapidement le "phénomène Picasso", c'est-à-dire l'artiste - star, connu de tous, dont la célébrité est relayée par les médias. C'est plus sa personnalité que ses oeuvres qui intéresse les médias véhiculant l'idée que Picasso est un homme libre. La série de reportages consacrés à Picasso depuis 1944 montre ainsi comment se construit la mémoire collective autour d'une image de la modernité artistique incarnée par quelques héros, dont Picasso est le mentor.

Il sait lui-même utiliser les médias, il semble d'ailleurs s'en amuser, comme on le voit dans cet interview au cours duquel il montre une grande compréhension de l'utilité de la télévision, il maîtrise totalement son image, et il est très à l'aise devant la caméra : drôle, jeune d'esprit, ouvert et proche de tout un chacun.

Carole Robert

Transcription

journaliste
Justement, vous aimez beaucoup le mot «Amour» Pablo Picasso ou...
Pablo Picasso
Même une jeune fille qui l'autre jour m'a interviewée pour je sais pas quel journal, je lui avais dit ça, vous savez pour moi y a que l'amour, n'est ce pas.
journaliste
Vous aimez bien les gens ?
Pablo Picasso
J'aime beaucoup les gens.
journaliste
Tout le monde ?
Pablo Picasso
Si j'adorais pas les gens, je crois que... j'aimerais même un bouton de porte, n'est ce pas, un pot de chambre, n'importe quoi...
journaliste
Est-ce que vous aimez la télévision aussi ? Pas tellement.
Pablo Picasso
Je l'ai, je l'ai... J'ai commencé un jour parce qu'il y avait le mariage de la Princesse Margaret et quelqu'un m'a prêté un appareil, alors j'ai vu le défilé de la Princesse Margaret et j'ai continué après.
journaliste
Vous savez ce qui serait formidable quand on vous a devant les caméras de télévision, ce serait de vous laisser tout seul en liberté et vous seriez tellement capable de faire des choses formidables pour les téléspectateurs, vous leur inventeriez des choses.
Pablo Picasso
Oui, probablement. Des fois, je trouve des choses magnifiques à la télévision, des choses très jolies, que j'aime, qui m'intéresse mais des fois, c'est des fois épouvantable. N'est-ce pas, je le dis parce qu'on est là tous les deux tous seuls. Ah non, c'est pas vrai , tout le monde m'écoute.
journaliste
Est-ce que, si vous deviez choisir vous-même, l'époque, la peinture, la toile qui devrait vous survivre, est-ce que, quelle serait cette toile, quelle serait cette période ?
Pablo Picasso
Je sais pas, je sais pas, c'est difficile ! C'est fait avec des intentions tellement du moment, de l'époque et l'état dans lequel, tout le monde et moi, nous nous trouvons, que c'est très difficile. Au moment de Guernica, j'ai fait Guernica, n'est ce pas. C'était une grande catastrophe, même le commencement de beaucoup d'autres que nous avons suivi, n'est ce pas. Mais enfin, c'est comme ça. C'est personnel, n'est ce pas. Au fond, ce sont des mémoires qu'on s'écrit soi-même, des cahiers.
journaliste
Vous êtes extraordinairement jeune Pablo Picasso, est-ce que vous pensez quelque fois...
Pablo Picasso
Vous savez mon âge... Mais peut-être que c'est un âge jeune ?

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