L'exposition d'art graffiti au Musée des monuments Français

11 janvier 1992
02m 07s
Réf. 01204

Notice

Résumé :

Le Musée du Trocadéro accueille les travaux de graffitistes français et américains. C'est l'occcasion de faire le point sur ce mouvement culturel qui soulève les polémiques.

Date de diffusion :
11 janvier 1992

Contexte historique

Le mouvement grafitti commence en Pennsylvanie et à New-York à la fin des années soixante : il concerne une culture populaire née dans la rue et regroupant musique, graphisme et danse. Dans les années soixante-dix, ce sont les tags (signatures à la calligraphie simple) qui envahissent les murs, les boîtes aux lettres, les bus et les rames de métro de New-York. Les grafittis, qui apparaissent ensuite, sont des peintures murales plus développées : les contours des lettrages s'épaississent, sont remplis de couleurs, de formes (étoiles, hachures, damiers), voire de figures. Les techniques et les styles variés utilisent tous la bombe ou l'aérosol et ont des noms particuliers : le top-to-bottom, panel piece, bubble style...

Dès le milieu des années 1970, une distinction s'opère entre le grafitti sauvage, illégal, pratiqué dans les rues et métros, et soumis à une répression sévère, et le grafitti légal, mis en place dans des terrains vagues, qui lui est destiné, voire réalisé sur toiles et exposé en galerie. Au milieu des années 1980, la culture du grafitti se développe en Europe à partir du succès planétaire du tube Hip Hop Planet Rock par Africa Bambaataa. Les graffeurs new-yorkais sont invités à exposer dans des galeries en Europe et les breakdancers du Rock Steady Crew débutent leur tournée. Les films Style Wars de Tony Silver et Henry Chalfant, et le livre Wild Style de Charlie Ahearn contribuent à la diffusion du mouvement en Europe.

A la fin des années 1980, les villes européennes commencent à organiser des événements Hip-Hop où les artistes grafittis sont invités à venir peindre des murs. Des rencontres entre la "vieille école" new-yorkaise et les générations plus jeunes sont organisées pendant le festival Kosmopolit à Bagnolet par exemple. Déjà en 1983, le musée Boymans aux Pays-Bas organise une exposition d'art grafitti qui remporte un franc succès et institutionnalise la reconnaissance officielle du grafitti comme une forme d'art. Neuf ans plus tard, en 1992, le Musée des monuments français organise une exposition consacrée à l'art grafitti.

Carole Robert

Éclairage média

Une partie du reportage est filmée caméra à l'épaule, ce qui permet des plans originaux et dynamiques, plus adaptés à ce type d'oeuvres graphiques. Comme on peut le constater, le côté éphémère des grafittis, effacés dans la rue, amène les graffeurs à photographier ou à filmer leurs oeuvres et leurs démarches : les expositions d'art grafitti présentent donc souvent des photographies et des vidéos. Le commentaire est prononcé sur un ton léger, mais les phrases sont bien tournées et emplies d'humour.

Le reportage est très bien construit, notamment par l'établissement de liens entre les séquences visuelles et le commentaire. Des jeux sur les mots sont par exemple mis en parallèle avec les illustrations filmées : au moment où apparaissent des trains taggés sur l'écran, le commentaire annonce que les graffiteurs "mènent un beau train de vie". Le dialogue entre le graphitiste et le commentaire en voix off est intéressant puisqu'il donne un statut particulier à l'interview, à la fois sur le terrain et intégré à un commentaire pré-écrit. Soucieux d'une proximité avec les téléspectateurs, le commentaire ne prend pas vraiment parti par rapport au choix du musée, mais exprime une certaine réserve, peut-être moins virulente que l'hostilité d'une bonne partie de l'opinion publique, à l'encontre des tags estimés "tapageurs".

Le journaliste s'amuse également à provoquer les provocateurs avec sa question sur les propos virulents anti-tags : l'artiste interviewé y répond d'ailleurs avec finesse. Le commentaire finit sur une question, ce qui confirme bien que le journaliste ne choisit pas son camp, comme s'il n'avait lui-même pas de réponse

Carole Robert

Transcription

Gérard Tavera
Artistes ou pollueurs, l'un et l'autre, art à part entière ou phénomène socioculturel, discussion sans fin: où finissent les tags, où commencent les graffitis, les chats ont-ils une âme, le Musée national des monuments français s'en moque, il héberge généreusement ces pseudo chats de gouttière, français et américains qui préfèrent aujourd'hui les salons à la rue qui les a vus naître.
Didier Schwechlen
Dès le départ, y a donc tous les graffitistes ont travaillé sur différents supports, que ce soit sur des murs, que ce soit sur des toiles, que ce soit sur des panneaux et ça n'a posé aucun problème de le présenter ici.
Gérard Tavera
Peut-on considérer ces graffitistes tapageurs comme des artistes ordinaires ?
Didier Schwechlen
Si on ne distingue pas d'une part ce qui est, ce qui est violent et un peu incontrôlable et d'autre part tout le travail positif de ces jeunes, bon ça pose vraiment un problème.
Gérard Tavera
Que dire d'un anarchiste comme Cavana qui parle de ces «mongoliens qui tartinent leur merde sur les murs».
Didier Schwechlen
Je crois que je vais lui laisser la formule et puis, les attaques on en a un peu de toutes les sortes, celle-là est plutôt bien formulée, laissons-lui.
(Silence)
Gérard Tavera
Certains d'entre eux mènent un beau train de vie.
Didier Schwechlen
Y a des gens qui en ont bien vécu, oui, je crois que le marché de l'art étant ce qu'il est en ce moment, le graffiti art en souffre également. Donc, en ce moment, c'est plutôt... plutôt morose mais il y a quand même des gens qui en vivent. Il y a des gens comme Futura 2000, comme Daze, comme Crash arrivent à vivre de leur art.
Gérard Tavera
Alors sont-ils des artistes maudits, victimes de leur époque ?
Didier Schwechlen
La position de victimes que peuvent avoir certains, certains graffitistes, je crois qu'elle ne tient pas.
Gérard Tavera
Je ne grandirai jamais, avoue cet Américain. Est-il un graffiste infantile ou un poète qui à l'image de tous les poètes s'efforcent de préserver en lui l'enfance qui fout le camp avec le temps.