La station de métro Louvre est recouverte de tags

11 janvier 1992
03m 58s
Réf. 01205

Notice

Résumé :

La station de métro Louvre est recouverte de tags dans la nuit, et le directeur de l'environnement de la RATP exprime sa colère contre les taggeurs.

Date de diffusion :
11 janvier 1992

Contexte historique

Le graffiti "Hip-hop" fait son apparition sur les murs de Paris et d'Europe du Nord au milieu des années 1980. Il déclenche un intérêt médiatique important au début des années 1990 et reste jusqu'à aujourd'hui le sujet de vives polémiques et d'incompréhension. Les tags, qui recouvrent la station Louvre, constituent l'élément le moins compris et le plus décrié du mouvement graffiti. Il est pourtant la base de tout le mouvement, né à Philadelphie au milieu des années 1970.

Marquage de territoires de gangs au départ, les tags se développent ensuite dans les métros, lieux où ils sont vus de tous. C'est ainsi dans la conquête du métro que les taggers new-yorkais inventent dans les années 1970 la plupart des styles et techniques. Au milieu des années 1980, le métro new-yorkais étant de plus en plus difficile à peindre, le graffiti légal "hall of fame" se développe sans freiner l'activité illégale sur les murs. Un livre et un documentaire Subway Art et Style Wars paraissent au même moment et jouent un rôle important dans l'exportation de la culture graffiti en Europe. Parallèlement, des graffeurs new-yorkais exposent dans des galeries européennes, ce qui diffuse également ce "style". Au cours des années 1988-1991, Paris voit l'émergence d'une nouvelle génération de graffeurs qui marque les esprits en s'illustrant par la réalisation d'actes fortement médiatisés comme les tags de la station de Métro Louvre par OENO, GARY et STEM.

Face à ces tags illégaux, la municipalité a recours à des politiques de nettoyage plus ou moins efficaces selon les pays. Les graffitis illégaux ont donc un caractère éphémère, que les graffeurs contrecarrent en prenant des photos ou des vidéos de leurs graffitis avant le "nettoyage". Les graffeurs (ou graffitistes) agissent en groupes solidaires d'autant plus qu'ils s'exposent à d'importantes sanctions pénales. Devant le développement de la pratique des tags sauvages et le coût élevé de la remise en état de leurs biens par les particuliers et les municipalités, la répression est aggravée selon l'article 1382 du code pénal allant jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 500000 francs d'amende.

Carole Robert

Éclairage média

Le succès du 19/20, la tranche horaire d'information régionale sur FR3, ne diminue pas depuis 1987 : cette information généraliste, qui privilégie les sujets de proximité, les sujets légers et culturels, garde son attrait. Ce qui frappe d'abord, c'est le ton humoristique et léger du commentaire en voix off, qui évoque par exemple les "statues maquillées" de la station Louvre, sur des plans d'illustration du métro parfois violentes, comme l'inscription "fuckRATP".

Le journaliste ne prend pas vraiment position et reste anecdotique, loin des polémiques ou des débats politiques et culturels de fond qui entourent pourtant la question. Il décide de ne pas aborder ces thèmes et de rester dans le style de communication adapté au créneau horaire. Le reportage veut laisser la parole aux Français et aux touristes. Choisir d'interviewer un touriste, ce n'est pourtant pas neutre : l'image de la France, son prestige culturel sur la scène internationale sont en jeu. C'est ainsi indirectement que le journaliste prend parti. Evidemment, le directeur de l'environnement de la RATP est virulent contre ce "barbouillage" et furieux de la légitimation de ce style par l'exposition officielle consacrée aux graffitis.

Le présentateur de FR3 se soucie plus de l'attente des téléspectateurs qu'il convient d'intéresser en parlant de problèmes qui les concernent, et en montrant que la télévision les comprend et peut en même temps les faire changer d'avis.

Carole Robert

Transcription

Christian Desplaces
Les statues de la station Louvre n'avaient pas vraiment demandé à prendre des couleurs. Pourtant pour la deuxième fois, en neuf mois, elle se retrouve maquillée de tags. Bombés, eux aussi, les quais et les couloirs. Cette nuit, des graffiteurs ont forcé les grilles. Une alarme déclenchée à 3h40 les mettra en fuite, mais ils avaient déjà eu le temps de taguer la station. Dès les premières rames, ce matin, réaction de surprise des usagers mais aussi des touristes.
Bruce Larrick
J'ai vu les graffiti, c'est horrible ! C'est comme à Nouveau York mais à Nouveau York, il a arrêté.
Christian Desplaces
Déjà, dans la nuit du 30 avril au premier mai dernier, la station Louvre avait été victime des taggeurs. Pour enlever ses tags, la RATP avait du débourser 500 000 francs. Selon la police, ces nouveaux graffitis seraient l'oeuvre de professionnels du tag. Ils ont peut-être voulu réagir à la convention signée cette semaine entre les transports parisiens et le tribunal de Créteil. Tout taggeur arrêté dans le métro aura désormais le choix entre la prison et le nettoyage des rames. Mais pour la RATP, le problème c'est aussi de lutter contre un phénomène qui a fait une entrée très officielle dans les musées parisiens.
Christian Kozar
Nous regrettons toute légitimation qui est faite de ces barbouillages et je peux vous dire que nous les effacerons. Il ne m'appartient pas de juger, simplement dès ce soir, ou demain matin au plus tard, ce sera effacé.
Christian Desplaces
Ce soir, dès 22h, la station Louvre sera fermée au public pour permettre à de nouvelles équipes d'enlever ces tags. Dès demain, les quais du métro devraient retrouver leur décor de tous les jours.