Les demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1966

15 juin 1966
01m 52s
Réf. 01214

Notice

Résumé :

Jacques Demy explique que son principal objectif est de réaliser un film plein de joie et il raconte en quoi le style de comédie musicale est efficace pour exprimer cette gaieté.

Date de diffusion :
15 juin 1966

Contexte historique

Jacques Demy est un réalisateur indépendant, qui suit une voie très personnelle pour peindre les amours contrariés et les passions amoureuses des personnages qu'il met en scène dans Lola (1961), La Baie des Anges (1962). En 1964, Les parapluies de Cherbourg, avec ses décors très colorés de Bernard Evein, ses dialogues entièrement chantés sur une mélodie de Michel Legrand, son couple de comédiens inoubliable (Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo), est un événement dans un cinéma d'auteur encore dominé par les principes de la Nouvelle Vague.

Le romantisme, la légèreté et le lyrisme des Demoiselles de Rochefort renforce encore l'originalité du style de Jacques Demy qui rend explicitement hommage aux comédies musicales américaines. Les comédiens américains Gene Kelly et George Charikis sont même présents en "guest stars" du film. Jacques Demy veut faire un cinéma qui distrait et fait plaisir au public. L'année suivante, c'est d'ailleurs aux Etats-Unis qu'il part tourner Model Shop avec l'actrice Anouk Aimée.

Les années 1980 sont difficiles pour le réalisateur, compagnon d'Agnès Varda. En effet, en 1982, la comédie musicale Une chambre en ville, tournée à Nantes, fable sociale d'amour, est un échec commercial malgré le succès critique. Il en va de même pour Parking (1985) et Trois places pour le 26 (1988), son dernier film. Il meurt deux ans plus tard. En 1991, sa femme Agnès Varda lui consacre un hommage émouvant à travers le film Jacquot de Nantes.

Carole Robert

Éclairage média

Le milieu des années 1960 voit se développer tout un panel de nouvelles formes d'interviews : on choisit de sortir des studios, d'interviewer les gens sur le terrain, dans la rue. Jacques Demy et les deux comédiennes sont ainsi filmés à Rochefort, à une table qui donne sur la rue, pendant le tournage du film. L'interview semble filmée caméra à l'épaule : la caméra bouge beaucoup, s'éloigne du réalisateur, se rapproche, le filme en plongée, le spectateur doit ainsi se sentir proche des personnes filmées. Le journaliste n'apparaît presque pas à l'image - seulement en amorce au début du reportage. Ensuite il n'apparaît plus dans le reportage comme c'était le cas quelques années auparavant. On entend ses questions en voix off.

Le reportage privilégie la proximité avec les personnes interviewées, conformément au rôle de la télévision, média populaire, à même de donner au téléspectateur le sentiment d'une intimité avec les vedettes. Le ton de l'interview est animé, joyeux et décontracté, il se déroule presque comme une discussion : il est en cela fidèle au message du film de Jacques Demy. De beaux plans (panorama) en plongée sur la ville de Rochefort viennent illustrer les propos. Les deux soeurs se montrent telles qu'elles sont, dans un duo touchant et plein d'humour. Elles sont naturelles et joyeuses. L'une est enthousiaste, l'autre est plus ironique, se permettant même de rabattre le caquet du journaliste: "Ah mon cher, ça sera à vous de juger". Certains passages de l'interview sont laissés en plan séquence. On voit ainsi la caméra changer de cadre, puis zoomer sur une des deux soeurs sans changer de plan (sans couper) : ce dispositif renforce le côté animé et décontracté du reportage, à même de donner au téléspectateur l'impression d'être à côté des deux comédiennes.

Carole Robert

Transcription

Christian Durieux
Jacques Demy, pourquoi Rochefort ?
Jacques Demy
Par hasard.
Christian Durieux
C'est vrai, tout à fait par hasard.
Jacques Demy
Oui, d'abord la découverte de la ville, comme ça. J'ai vu beaucoup de villes dans le Sud, par exemple, sur toute la côte méditerranéenne. J'ai fait de Nice à Perpignan. Et il fallait une très grande place, très architecturée, enfin je veux dire, comme les Rochefort, justement et j'ai trouvé Rochefort, après je suis retourné sur la Côte d'Azur et finalement, je suis revenu à Rochefort.
Christian Durieux
Au moment des «Parapluies de Cherbourg», Jacques Demy, vous vouliez définir votre film comme un film jazz. Est-ce que l'on peut dire la même chose pour «les Demoiselles de Rochefort» ?
Jacques Demy
Oui, alors là, contrairement à ce que l'on pourrait penser, c'est une comédie musicale mais je ne le fais pas sur la musique. Je le fais sur un sentiment, sur un sentiment de la vie, sur un sentiment de joie pour essayer de capter cette espèce de bonheur, comme ça, d'êtres qui sont sains, vivants. Je veux dire, comme ça, en bonne santé, joyeux.
Christian Durieux
Vous vous entendez bien ?
Françoise Dorléac
Oui.
Catherine Deneuve
On commence.
Françoise Dorléac
Attends, on s'entend bien ou on commence le film?
Catherine Deneuve
On a commencé à tourner il y a 3 jours alors ça va encore.
Françoise Dorléac
Façon, on a l'habitude de vivre ensemble. On a vécu 17 ans ensemble, 18 ans ensemble.
Catherine Deneuve
Attention à ce que tu dis.
Christian Durieux
Mais je crois que c'est à Françoise, Catherine, non, que vous devez d'avoir fait du cinéma.
Catherine Deneuve
Oui, c'est exact.
Françoise Dorléac
Et qu'est-ce qu'elle m'en veut.
Christian Durieux
Comment ça s'est passé ?
Catherine Deneuve
Et bien raconte, ma chérie.
Françoise Dorléac
Et bien, je tournais, je devais tourner «les Portes claquent» et dans le film, j'avais besoin d'une soeur et le producteur Francis Cosne, m'a demandé si je ne connaissais pas quelqu'un qui me ressemblait beaucoup. Alors j'ai dit, si j'ai une soeur qui me ressemble beaucoup.
Catherine Deneuve
Oui, enfin.
Françoise Dorléac
Enfin, assez. Et c'est comme ça que Catherine a commencé à faire du cinéma. Et elle était pas très contente d'ailleurs, elle l'a fait parce que c'était les vacances, les grandes vacances.
Catherine Deneuve
Parce qu'on m'y a poussé. J'étais poussée dans ce métier.
Françoise Dorléac
Oh, t'exagère. Quelle toupet !
Catherine Deneuve
J'exagère un peu là.
Christian Durieux
Ça vous manque pas, par exemple, d'avoir pas fait comme Françoise le conservatoire, d'avoir suivi la ligne ?
Catherine Deneuve
Ah mon cher, ce sera à vous de juger, je peux pas vous dire.