Les "nouveaux philosophes"

27 mai 1977
50s
Réf. 01223

Notice

Résumé :

Bernard-Henri Lévy dénonce dans La Barbarie à visage humain l'hégémonie du marxisme dans la vie intellectuelle et politique française.

Type de média :
Date de diffusion :
27 mai 1977
Source :
Lieux :

Contexte historique

A partir de 1970, une recomposition s'opère au sein de la pensée française avec l'avènement d'une jeune génération intellectuelle. Tous publiés par Grasset dans une collection dirigée par Bernard-Henri Lévy, leur chef de file, ils doivent digérer l'électrochoc provoqué par Alexandre Soljenitsyne, dissident russe qui vient de publier L'Archipel du Goulag et qui décrit la machine totalitaire soviétique. Dès 1975, André Glucksmann inaugure une longue série d'essais sur le totalitarisme avec La Cuisinière et le Mangeur d'hommes ; La Barbarie à visage humain de Bernard-Henri Lévy en 1977 assure un succès éditorial et médiatique à ce nouveau courant.

La revue Esprit peut alors déclarer que "l'imposture totalitaire a fini par éclater". Ces "nouveaux philosophes" rompent de manière radicale avec le marxisme, en position dominante au sein de la vie intellectuelle depuis 1945 mais qu'ils jugent responsable des crimes de l'URSS. Ils s'opposent aussi de manière ouverte à la gauche officielle (la gauche "somnambule"), le Parti socialiste de François Mitterrand venant de s'allier avec le Parti communiste de Georges Marchais proche de l'URSS. Ils couvrent cependant un spectre politique large, allant de la droite conservatrice la plus traditionnelle à la mouvance social-démocrate de la gauche réformiste. Cette réflexion sur le nature du régime totalitaire est le premier vrai décrochage de la vie intellectuelle française avec le marxisme. Cette critique témoigne d'une redécouverte du politique, de la démocratie et des droits de l'homme et ouvre le chemin de la renaissance de la pensée libérale. La gloire tardive de Raymond Aron atteste de cette mutation idéologique.

Cette nouvelle génération assure dans un même mouvement le retour de Dieu dans le champ intellectuel. En 1979, Lévy publie ainsi Le Testament de Dieu. Par ailleurs, les dissidents venus de l'Est, réhabilitent l'image d'une Eglise résistant au totalitarisme communiste. Les années 80 sont sans doute celles d'un certain renouveau religieux et d'une relégitimation d'une culture de la religion fondée sur le droit et l'éthique. La reconnaissance tardive des philosophes Vladimir Jankélévitch et Emmanuel Lévinas, n'ayant jamais abandonné la quête morale et la relation à l'autre, témoigne de ce regain de la question des valeurs.

Vincent Casanova

Éclairage média

Tout dans l'intervention de Bernard-Henri Lévy traduit sa maîtrise de l'outil médiatique. Son attitude est très travaillée. Son apparence vestimentaire n'est pas anodine. A rebours de l'image traditionnelle de l'intellectuel qui porte lunettes et cravate, Lévy a les cheveux longs, fume et s'habille de chemises blanches élégantes. C'est à la fois la traduction de sa volonté de rupture comme de son insolence. Par ailleurs, son ton extrêmement vigoureux soutenu par un mouvement répété de la main droite et de haussements de sourcils très expressifs témoigne du désir d'imposer sa "vérité" qu'il délivre dans un discours extrêmement efficace, au débit rapide mais clair.

Adepte de formules-chocs ("pensée policière", "gauche somnanbule"), Lévy impose ainsi tout autant sa personne que ses idées. Cette stratégie médiatique passe également par la décision de faire sa promotion dans l'émission en direct animée par Bernard Pivot, Apostrophes, créée en 1975 et qui devient très rapidement une référence en matière de magazine littéraire. Cela a permis sans aucun doute le lancement des "nouveaux philosophes" et son succès éditorial.

Dans un dispositif élémentaire (un cercle d'invités autour de lui), Pivot distribue la parole et met face à face des auteurs aux tempéraments souvent opposés (ici François Aubral co-auteur avec Xavier Delcourt de Contre la nouvelle philosophie ), favorisant la polémique, se détachant dès lors du modèle de Lectures pour tous, l'émission littéraire de Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes (1953-1968).

Vincent Casanova

Transcription

Bernard-Henry Lévy
C'est un procès d'intention. En ce qui me concerne en tout cas, je n'ai jamais fait de procès d'intention, j'ai simplement dit que je redoutais et ça, c'est un fait actuel, que l'Intelligentsia française et le peuple de France en général, d'une certaine manière, soient aujourd'hui contaminés par une pensée qui me paraît policière et qui me paraît avoir fait la preuve à plusieurs reprises de son caractère policier, à savoir le marxisme.
François Aubral
C'est que vous êtes déterministe…
Bernard-Henry Lévy
Par conséquent... Un instant... Je dis simplement que je redoute que la gauche française ne se laisse aller sur une pente que j'appelle la pente de la barbarie, la pente du totalitarisme, ce que vous voudrez, qui sera peut-être un totalitarisme nouveau, souriant, amusant, à visage humain, tout ce que vous voudrez, mais qui sera tout de même de la barbarie et je redoute ça. Aucun procès d'intention et si j'ai écrit ce livre, si je me suis décidé à écrire ce livre, bon c'est pour mille raisons et notamment celle-ci, non et notamment celle-ci, ce livre prétend être, à ma modeste mesure, une alarme lancée ou un cri d'alerte si vous voulez à cette gauche là que je trouve actuellement un peu somnambule.
François Aubral
Mais c'est Giscard qui récupère…
Bernard-Henry Lévy
Mais Giscard ne récupère rien, allons !

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