Albert Camus

03 janvier 1980
01m 47s
Réf. 01224

Notice

Résumé :

A l'occasion des 20 ans de sa mort, la télévision rend hommage à Albert Camus en retraçant son parcours intellectuel.

Date de diffusion :
03 janvier 1980
Date d'événement :
04 janvier 1960
Source :
Lieux :

Contexte historique

Né d'un milieu modeste en Algérie en 1913, Albert Camus incarne avec Jean-Paul Sartre, quoique différemment, la figure de l'intellectuel engagé d'après 1945. L'expérience de la Seconde Guerre mondiale, qu'il passe à Paris, est décisive. Un temps secrétaire de rédaction à Paris-Soir, il entre dans le mouvement de résistance "Combat" et devient ainsi à la Libération rédacteur en chef du journal du même nom. En 1942, Camus publie son premier roman L'Etranger ; il en résumait l'histoire en une phrase : "Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort". En cela, Meursault, le personnage principal, "est étranger à la société où il vit" acceptant "sans aucune attitude héroïque, de mourir pour la vérité". La même année, il théorise son propos - l'absurde de la condition humaine - dans un essai Le Mythe de Sisyphe.

A la Libération, ses pièces de théâtre Le Malentendu (1944), Caligula (1945), qui révèle Gérard Philipe, et Les Justes (1949) assure le triomphe d'un théâtre mettant en "situation" des individus définitivement solitaires. Ainsi de la même manière que Jean-Paul Sartre, Camus, moraliste avant d'être dramaturge, philosophe avant d'être romancier, fait-il de son théâtre un support philosophique, consentant dès lors "à n'être plus qu'un écrivain quand il cessera d'écrire" comme il le déclare ici. Par la suite, L'Homme révolté (1951) entraîne une vive polémique puis une brouille définitive avec Sartre qui lui reproche (un peu hâtivement) de confondre dans une même critique nazisme et stalinisme. Il cherche plutôt à définir une morale collective qui exalte la solidarité humaine face au mal, dans le prolongement de son roman La Peste (1947).

Sa position pendant la Guerre d'Algérie rencontre également une certaine incompréhension, notamment au travers de ses chroniques dans l'hebdomadaire L'Express où il appelle en 1956 à la trêve civile. Son récit La Chute surprend encore en livrant le monologue d'un "prophète pour temps médiocres". La lucidité (égale à celle de Camus à propos de la solitude de l'écrivain) de Clamence, le personnage principal, vient révéler son humanisme sceptique. La littérature, la politique ou la métaphysique ne produisent que des illusions dont il faut d'abord prendre conscience pour tenter de forger sa propre liberté. C'est pour traduire cette pensée que son style dépouillé donne l'illusion de la neutralité. Ainsi "pour avoir mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes", il reçoit le Prix Nobel de Littérature en 1957 avant de mourir "absurdement" dans un accident de voiture conduite par le neveu de son éditeur Gallimard en 1960.

Vincent Casanova

Éclairage média

Que le journal télévisé consacre une édition spéciale à la veille du vingtième anniversaire de sa mort témoigne de l'importance d'Albert Camus, souvent considéré comme l'intellectuel le plus "juste" de son époque. En effet, il est parvenu à rester à distance du communisme (à la différence de Sartre) et de l'anticommunisme (tel Raymond Aron), opposition propre à la Guerre froide et qui au seuil des années 1980 est en passe de disparaître dans le champ intellectuel français.

Par ailleurs, sa belle allure (que l'on a souvent opposée à celle de Sartre et qui se traduit ici par son attitude décontractée en parlant veste ouverte et main dans la poche) et la clarté de son expression ont pu contribuer à la construction de cette image médiatique. Enfin sa mort tragique et prématurée sur laquelle d'ailleurs s'ouvre le reportage (des images d'archives de l'époque viennent rappeler la violence de l'accident) ont assuré à Camus l'aura d'un écrivain fauché en pleine gloire, rappelée ici par la consécration absolue, la remise du Prix Nobel de littérature en 1957. En cela, l'ensemble du reportage perpétue vingt après l'image d'une figure immaculée.

Vincent Casanova

Transcription

André Sabas
Il y aura 20 ans demain mourait Albert Camus. Un pneu qui éclate dans une ligne droite sur la nationale 5, et la voiture dans laquelle il avait pris place et que conduisait Michel Gallimard, le neveu de l'éditeur, s'écrase contre un arbre. Albert Camus est tué sur le coup.
Luce Perrot
1957 : Albert Camus reçoit le prix Nobel pour l'ensemble de son oeuvre, dont les titres les plus connus restent «L'Etranger», «La Peste» ou «L'Homme révolté». Ce solitaire accueille cette consécration comme un hommage à la noblesse du métier d'écrire.
Albert Camus
J'ai même l'impression que c'est à partir du moment où je consentirai à n'être plus qu'un écrivain que je cesserai d'écrire.
Luce Perrot
Dissident avant l'heure, Camus se brouille avec Sartre en 1952, à la suite d'une longue polémique avec les communistes et les progressistes. Dans un état d'amertume révolté contre lequel il s'efforce de lutter, il constate avec ironie sa grande solitude.
Albert Camus
Un écrivain travaille solitairement, est jugé dans la solitude, surtout se juge lui-même dans la solitude. Cela n'est pas bon, ni sain. Pour peu qu'il soit normalement constitué, un jour vient toujours où il a besoin du visage humain, de la chaleur d'une collectivité. Cela explique d'ailleurs la plupart des engagements d'écrivains : le mariage, l'académie, la politique. Ces arrangements d'ailleurs n'arrangent rien : on n'a pas plutôt perdu la solitude qu'on se prend à la regretter. On voudrait avoir en même temps les pantoufles et le grand amour. Les académiciens tiennent absolument à être non conformistes. Et les engagés de la politique veulent bien qu'on agisse ou qu'on tue à leur place, mais à la condition qu'ils gardent le droit de dire que ça n'est pas bien du tout.

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