Louis Aragon

27 janvier 1967
49s
Réf. 01226

Notice

Résumé :

Louis Aragon explique à des adolescents le sens qu'il donne à son métier d'écrivain.

Type de média :
Date de diffusion :
27 janvier 1967
Personnalité(s) :

Contexte historique

Né en 1897, Louis Aragon entre en écriture en fondant la revue Littérature (1919) en compagnie d'André Breton et Philippe Soupault avec qui il initie quelque temps après le mouvement surréaliste (1923). Ses textes se distinguent alors par son élégance précieuse et son lyrisme (Les Paysans de Paris, 1926). A la suite de Breton, Aragon rejoint le Parti communiste français (PCF) en 1927. Peu après, il rencontre Elsa Triolet, belle soeur du poète soviétique Vladimir Maïakovski. A la différence des anciens surréalistes qui refusent de se soumettre à la volonté d’un quelconque groupe, Aragon s’engage dans la lutte politique. Il devient simple journaliste à L'Humanité et entame une nouvelle carrière de romancier. Sur le modèle de Balzac et de Zola et suivant le dogme soviétique du réalisme socialiste, Aragon entame un grand cycle romanesque qu’il appelle "Le Monde réel" avec notamment Les Voyageurs de l’Impériale (1939) et Aurélien (1945).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'engage corps et âme dans la Résistance. Membre du comité directeur du jounal clandestin Les Lettres françaises, il réoriente son activité littéraire. Ces années noires marquent en effet un retour aux règles poétiques de la prosodie traditionnelle (l'alexandrin). Dans Le Crève-Coeur (1941), Les Yeux d'Elsa (1942) et La Diane française (1946), il célèbre autant la beauté de sa femme que celle de la France, récupérant la tradition de la poésie amoureuse pour la mettre au service de son combat politique.

Après la Libération, Aragon, célébré comme "l'ingénieur des âmes", soutient sans limites la politique de guerre froide et pro-soviétique du PCF. Après la mort de Staline (1953) et le rapport Khrouchtchev (1956), Aragon traverse une crise dont il ne sort qu’en se consacrant à la direction des Lettres françaises qu'il dirige jusqu'en 1972. Deux grandes oeuvres naissent de cette crise : Le roman inachevé (1956), autobiographie poétique et La Semaine Sainte (1958) gigantesque reconstitution mi-historique mi-romanesque d’un des derniers épisodes de la carrière napoléonienne.

Après la mort d’Elsa Triolet (1970), il poursuit ses activités politiques auprès de l’union de la gauche, change radicalement de style de vie et affiche dans les médias ses relations homosexuelles. Sa mort en 1982 est aussi celle du dernier des intellectuels communistes, à la fois populaire (ses poèmes ont été mis en chanson par Jean Ferrat par exemple) et reconnu par la critique (son oeuvre est éditée dans la prestigieuse collection de la Pléiade).

Vincent Casanova

Éclairage média

Cette séquence issue de l'émission de variétés produite par Guy Béart "Bienvenue chez Guy Béart" est une illustration de la dualité de la télévision gaulliste : à côté d'une information strictement contrôlée, les programmes affichent une ouverture certaine. Ainsi ce 5ème numéro de "Bienvenue chez Guy Béart" consacré à deux poètes et intellectuels communistes Elsa Triolet et Louis Aragon qui accueille également ce jour là : Simon et Garfunkel, Catherine Sauvage, Avron et Evrard...

Ce document nous montre Louis Aragon comme un vieux monsieur digne et souriant, incarnant d'une certaine manière l'art d'être grand-père. Assis au milieu d'adolescents, il explique simplement et avec légèreté ce qui fait l'unité de son métier d'écrivain et de son engagement politique. Jouant sur le registre de la complicité (il dit "machin-chouette" plutôt que communiste, grand mot effrayant), il offre le visage sympathique du militant. Ce sentiment de proximité semble toutefois pour une part mis en scène dans la mesure où le rire semble légèrement forcé et que sous les dehors de spontanéité, c'est bien un discours extrêmement réglé qu'Aragon formule, justifiant de manière très rhétorique son engagement politique le faisant découler de sa condition d'écrivain "mais non pas le contraire".

Vincent Casanova

Transcription

Louis Aragon
La politique est un phénomène secondaire, et non pas premier. Tout le monde sait que j'appartiens à un certain parti, mmh ? Alors, très souvent, les gens m'ont posé la question : Qu'est-ce que vous êtes d'abord ? Ecrivain ou bien machin chouette ? A quoi j'ai toujours répondu : Ecrivain. Et c'est vrai que ça choque... j'ai des camarades que ça choque énormément que je dise une chose pareille. Mais mes idées politiques proviennent du fait d'un homme défini par ce qu'il fait dans la vie, par le fait qu'il écrit. Et c'est parce que j'écris que je suis devenu ce que je suis devenu, mais non pas le contraire.

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