Françoise Sagan

29 août 1959
01m 04s
Réf. 01230

Notice

Résumé :

A l'occasion de la parution de Aimez-vous Brahms, Françoise Sagan s'explique dans le jardin de sa maison sur la célébrité.

Date de diffusion :
29 août 1959

Contexte historique

Alors que la littérature est en plein doute après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, Françoise Sagan (1935-2004) ose avec son premier roman Bonjour tristesse (1954) un ton entre amertume et tendresse, loin des remises en cause formelles du roman initiées par Alain Robbe-Grillet dans Les Gommes et théorisées par Nathalie Sarraute dans L'Ere du soupçon (1953).

Ce récit d'une jeune fille qui pousse la maîtresse de son père au suicide est aussi celui du douloureux passage d'une adolescente à l'âge adulte. Ecrit par une jeune femme de 19 ans, fille d'industriels aisés, le livre rencontre un succès considérable, dépassant le million d'exemplaires en quelques semaines. Sagan est alors confondue avec son personnage et devient l'incarnation d'une nouvelle génération individualiste et peu préoccupée du sort du monde, Sagan n'hésitant pas à afficher son goût du luxe et des voitures de sport. Ses histoires, portées par des phrases courtes et incisives, mettent ainsi souvent en scène des riches qui s'ennuient avec élégance et où l'on aime comme on peut. Elle connut le succès encore avec Aimez-vous Brahms en 1959 où elle fait le portrait sans complaisance d'une femme de quarante ans.

Toute sa vie, elle a incarné la figure d'une femme libre, ses écarts de conduite (consommation de drogues, fraude fiscale) faisant de l'ombre à sa production littéraire. Elle fut ainsi l'une des premières à faire le pont entre le monde des lettres et le monde du show-biz, rompant avec la figure de l'écrivain solitaire et retiré. En signant dans Le Nouvel Observateur le manifeste des "343 salopes" où elle avoue avoir déjà avorté, Sagan contredit toutefois les critiques de futilité et de légèreté qui lui furent souvent faites.

Vincent Casanova

Éclairage média

Réalisé avant la sortie dans le commerce de l'ouvrage et diffusé dans le journal télévisé du soir, cet entretien relève d'une démarche promotionnelle qui à partir des années 50 gagne le marché du livre. Le dispositif - une discussion décontractée en plein air à la campagne dans le jardin de la maison de Sagan - vient en accentuer la dimension superficielle.

Il ne s'agit guère de réfléchir au dernier roman de Sagan. La question sur le titre ne semble qu'un prétexte, un court passage obligé, avant d'aborder l'essentiel : comment Sagan a-t-elle géré sa soudaine célébrité ? Ainsi s'agit-il de rendre compte du "phénomène" de société incarné par Sagan.

Habillée d'un pantalon blanc, assise sur un arbre, celle-ci joue toutefois le jeu, correspondant au statut de femme moderne que les médias lui ont construit, ses cheveux courts et décoiffés contrastant avec l'ample robe et la coiffure travaillée de son interlocutrice.

Vincent Casanova

Transcription

Marina Grey
Pourtant le titre, «Aimez-vous Brahms», il n'y a pas de point d'interrogation, du moins sur la couverture du livre. Il n'est pas encore sorti mais tout le monde le sait déjà et cela étonne. Pourquoi n'y a t-il pas de point d'interrogation, c'est une question ?
Françoise Sagan
Et bien parce que, «Aimez-vous Brahms», c'est plutôt une phrase symbolique qu'une question, vous comprenez ? C'est pas... Ça n'a absolument aucune importance qu'elle aime Brahms ou qu'elle n'aime pas Brahms. L'important, c'est cette question qu'on lui pose. Alors, si on avait pu les mettre entre guillemets, c'est plutôt à faire, mais comme les guillemets n'existent pas sur la couverture, c'est pas joli, on a juste mis 2 points ou 3 points.
Marina Grey
Comment réagissez-vous devant cette publicité quelque fois tapageuse que l'on fait autour de vous ?
Françoise Sagan
Vous savez, ça fait longtemps maintenant, alors, et puis il y a des hauts et des bas. Il y a 6 ans au début, c'était assez gênant puisque ça... ça vous gêne puisque c'est rarement vrai ce que l'on dit sur vous. Et puis alors maintenant, j'ai été très très tranquille pendant 2 ans et puis là, là j'en ai pour, je sais pas un mois, un mois... des photos, des choses comme ça pour cause de mon livre et puis après ce sera fini.