Christian Dior et le New Look

03 septembre 1953
01m 05s
Réf. 01249

Notice

Résumé :

Lors d'un défilé privé sont présentées quelques-unes des tenues de de la collection de haute-couture de 1953 réalisée par le grand couturier Christian Dior, figure de proue du New Look.

Date de diffusion :
03 septembre 1953

Contexte historique

Pendant la Seconde Guerre mondiale, New York ravit à Paris la première place pour la mode et les produits de luxe. A la faveur de la reconstruction, Paris reconquiert son statut grâce à une nouvelle génération de créateurs comme Pierre Balmain et Christian Dior, étoile filante de la mode des années 50 qui présente sa première collection en 1948 et meurt subitement en 1957. Ce dernier est la figure de proue du New Look, expression forgée par une journaliste du magazine américain de référence Harper's Bazaar, témoignant ainsi du rayonnement international retrouvé de la haute couture française.

En réaction aux années de guerre où dominait l'uniforme, Dior veut dessiner "des femmes-fleurs, aux épaules douces, aux bustes épanouis, aux tailles fines comme des lianes et aux jupes larges comme des corolles" ; il fait pour cela "réapparaître" les jambes des femmes, use de tissus en abondance concevant d'abord un bustier et un jupon aux mesures de la cliente ; dans un second temps, il ajuste l'étoffe, elle-même doublée, pour remodeler et mettre en valeur les parties rondes du corps féminin (épaule, poitrine, hanche). C'est aussi l'invention du "détail-couture" (pinces, incrustations, drapés, noeuds, revers...), artifice et touche de virtuosité dans des robes à la construction rigoureuse, obligeant la femme à maîtriser ses attitudes. Les accessoires (turban, béret, gant, bijoux) complètent une toilette pensée dans tous ses détails et qui doit révéler le "savoir-vivre" des femmes à qui il est recommandé de se changer plusieurs fois par jour pour répondre à leurs obligations comme le signifient les dénominations des robes qui sont "de ville", "pour l'après-midi" ou "à danser".

L'aide apportée par l'Etat à de nombreuses maisons de couture de 1952 à 1959 soutient ce renouveau alors que la conjoncture économique est défavorable. C'est dans ce contexte que Dior adopte une stratégie commerciale de "diffusion" internationale en ouvrant des boutiques de prêt-à-porter à New York et à Londres, posant les fondements de l'économie de luxe française.

Vincent Casanova

Éclairage média

Cette présentation privée, organisée sans doute exclusivement pour les Actualités françaises, répond à une mise en scène parfaitement réglée, illustrant le "coup d'Etat" ou coup de théâtre de la nouvelle collection du couturier français Christian Dior. Le premier acte se joue dans l'escalier où la caméra cadre au travers d'une rampe pudique les chevilles dénudées des mannequins comme pour signifier le léger parfum de scandale que représente la "bombe Dior", qui est à la fois cette jupe coupée "à 40 cm du sol" et la femme qui la porte.

La dramaturgie est simple - quatre femmes rendent visite à une amie l'après-midi avant d'aller en soirée - et permet de montrer les différents modèles de robes. Les gestes de mannequins donnent une touche de "réel" à ce défilé : poser son parapluie, son manteau, main levée pour dire bonjour. L'ellipse temporelle est matérialisée par les changements de pièces dans un hôtel particulier qui sert de décor. La musique légère et le ton enlevé viennent souligner l'atmosphère détendue de l'action. La "pièce" se conclut en miroir avec le premier plan (montée et descente de l'escalier correspondant à l'entrée et à la sortie de scène) avant que les femmes ne réalisent leur salut pour clore le spectacle si "naturel" des femmes de la "haute" société. Tout a été fait pour faire rêver le spectateur et la spectatrice apprenant ainsi au passage les bonnes manières.

Vincent Casanova

Transcription

(Musique)
Commentateur
Christian Dior a décidé, les jupes seront courtes, elles ne paraissent pas à vrai dire si courtes que ça. Et pourtant, ces 40 centimètres du sol, ont provoqué dans le monde les commentaires les plus passionnés autour de ce que l'on a appelé «la bombe Dior». Et dans cette présentation privée, vous voyez, mesdames, vos jambes réapparaître après être restées des années cachées. Avant tout, la ligne sera vivante. Très épurée dans les robes de ville, classique mais sans rigueur dans les tailleurs. Pour l'après-midi, Dior a voulu des robes tantôt larges, tantôt étroites mais qui toujours vivent sur le corps. Des empiècements étofferont la poitrine. On portera des turbans et des bérets, très projetés sur le front.
(Musique)
Commentateur
Les robes à danser les plus courtes de la collection ont le style coupole. Maintenant mesdames, vous savez l'essentiel de ce coup d'Etat qui pour être révolutionnaire ne vous tire pas moins sa révérence.