Saint-Tropez

22 juillet 1959
59s
Réf. 01251

Contexte historique

Jusque dans les années 50, le nom de Saint-Tropez évoquait essentiellement le havre de paix que les peintres s’étaient créé dans la foulée du peintre Paul Signac, installé dans ce qui n’était alors qu’un petit port de pêche à huit jours de voiture de Paris sur la côté méditerranéenne. Là avait vécu Colette par exemple, qui devait décéder en 1954, l’année où justement, sans se concerter, une jeune romancière de dix-huit ans, Françoise Sagan, obtient le succès avec son premier livre Bonjour tristesse et où un jeune réalisateur, Roger Vadim, vient tourner dans le quartier de la Ponche un film qui allait faire scandale, Et Dieu créa la femme avec Brigitte Bardot (Mijanou est sa soeur), sa première épouse, (il s'en sépare rapidement et se marie en 1958 avec Annette Stroyberg, une jeune actrice danoise). Eddie Barclay, fondateur d'une maison de disques éponyme, organise aussi dans sa villa du Cap, des soirées où se retrouvent à la fois les artistes qu'il produit (Johnny Hallyday, Henri Salvador) et le show-biz parisien de Saint-Germain des Prés.

Entre 1954 et 1960, cette nouvelle génération transforme ce lieu pour happy few en endroit à la mode. La notoriété des estivants donne à Saint-Tropez une dimension médiatique et publique à la Côte qui attire des touristes de plus en plus nombreux, conséquence à la fois des congés payés, de la conjoncture économique des Trente Glorieuses et d'un héliotropisme certain. La possibilité de croiser les "stars" attire les regards et engendre une "faune" tropézienne dont la caractéristique est de voir et d'être vue. C'est ce phénomène qui donne toute son importance à la mode et à l'apparence. Les tendances et les réputations y naissent et y meurent à chaque saison estivale.

Du mythe de la bohème artistique, Saint-Trop', comme disent les habitués, se transforme progressivement en marque commerciale, le petit village de 5000 habitants attirant chaque été l'ensemble de la jet-set internationale où communient financiers, artistes et badauds à l'affut des stars.

Vincent Casanova

Éclairage média

C'est sur un ton délibérément ironique ("le mot d'ordre est au minimum... pour tout le monde, hélas") et sur une musique dansante aux influences latines que s'organise ce sujet du journal des Actualités françaises. Ce document insiste non pas tant sur l'aspect mondain (brefs plans sur Mijanou Bardot et sur Vadim et Stroyberg dans leur petit bateau) que sur les inconnues de Saint-Tropez.

Tout l'enjeu est de souligner le décalage entre l'allure des stars et celle de la modeste touriste. Il s'agit à la fois de se moquer du mimétisme non dénué de ridicule de la femme tropézienne qui défile comme sur une scène mais également de mieux le mettre à distance (les plans sont essentiellement larges) et d'en révéler la superficialité.

Vincent Casanova

Transcription

(Musique)
Commentateur
L'explorateur courageux qui aborde aux rives de Saint-Tropez découvre un monde. Si quelques figures de proue, comme Mijanou Bardot ou le duo Vadim-Annette Stroyberg, lui rappellent qu'il n'a pas tout à fait quitté les terres connues, l'allure générale des tribus qui peuplent la contrée lui donne tout de même un sérieux coup de dépaysement.
(Musique)
Commentateur
Plus tellement de débraillés Saint-Germain mais un déshabillage calculé, calculé au plus juste d'ailleurs.
(Musique)
Commentateur
Le mot d'ordre est au minimum. Pour tout le monde... hélas !
(Musique)
Commentateur
Reste le chapitre des chapeaux car il serait du plus mauvais goût d'avoir la tête nue quand le reste ou presque est découvert. C'est le vieux problème de la tête et des jambes. Mais on peut rêver sur ce chapitre des chapeaux. Ces impératifs de l'allure saint-tropézienne sont toutefois moins cruels que ceux du 7ème art.