La mode"jeune"

20 novembre 1963
48s
Réf. 01252

Notice

Résumé :

A la sortie d'un lycée parisien en 1963, de jeunes lycéennes incarnent les nouvelles tendances vestimentaires.

Date de diffusion :
20 novembre 1963

Contexte historique

À partir des années soixante, la mode n’est plus réservée à une élite sociale mais imposée par une nouvelle génération qui n’a pas connu les privations de la guerre. La jeunesse impose ses codes pour affirmer son existence en tant que groupe social. Pour la première fois, en raison du phénomène du baby-boom, les "jeunes" forment une classe d’âge déterminée, avec sa culture propre. Donnant le ton, les 13-25 ans composent un univers qui accède simultanément à l’enseignement et à la consommation. Cette jeunesse récolte les fruits de la croissance et dispose d’un budget à elle (argent de poche ou salaire) qu’elle souhaite dépenser à sa guise. Son pouvoir d’achat ne cesse d’augmenter. Compte tenu de sa semi-indépendance financière, elle n’hésite plus à réserver une partie de cette manne à ses vêtements et le rôle de la mère, responsable traditionnelle de la garde-robe familiale, tend à s’estomper.

Par ailleurs, les jeunes sont nombreux à réclamer une tenue mieux adaptée à leur genre de vie. Sans en avoir conscience, au moins au début, ils pèsent dans le domaine de l'apparence et imposent leurs idées. La mode devient la clef de voûte, voire le sésame de la vie en collectivité. Ceux qui partagent une même façon de vivre veulent pouvoir se reconnaître, et s'identifier grâce à des symboles communs dont le vêtement ou la musique sont les fers de lance. Ils se mettent à "consommer de la mode", tout en la produisant. Une nouvelle identité vestimentaire s'impose. La jeunesse ne veut plus faire partie du monde strict régi par les adultes. Exit le mannequin sophistiqué, la coiffure en choucroute, le maquillage, les talons aiguille, les jupes virevoltantes des jeunes filles souhaitent mettre leur corps en valeur, et l'emblème de la femme enfant triomphe.

Objet durable hier, le vêtement devient un produit de "consommation" dont la vie est éphémère. On n'hésite plus à renouveler sa garde-robe à chaque saison. L'abaissement des coûts de production, s'il rend la mode accessible à toutes les classes sociales, donne aux jeunes une grande liberté d'action.

Vincent Casanova

Éclairage média

Passant en revue les principaux attributs de la mode lycéenne de l'année 1963, ce court document tourné sur fond de musique twist (marque sonore de la jeunesse) à la sortie du Lycée La Fontaine de Paris dans le XVIe arrondissement veut rendre compte d'une évolution que la télévision contribue à fonder en phénomène.

Le choix du lieu "d'enquête" n'est pas anodin. Ce sont dans les beaux quartiers que l'engouement pour la mode est le plus fort, notamment parce que les enfants y ont le plus d'argent de poche. Le titre ("la mode lycéenne") révèle la tendance à la généralisation et à la simplification d'une identité fondamentalement plurielle. Par ailleurs, s'il y a bien la volonté de porter un regard objectif (énumération relativement neutre des vêtements à la mode), le sujet donne aussi une image édifiante de la jeunesse, uniquement préoccupée de son aspect extérieur, loin de la réalité partagée de nombreux jeunes des années 60, soit de la construction progressive du conflit générationnel.

Vincent Casanova

Transcription

(Musique)
Commentateur
Il suffit de passer devant un lycée de Paris pour s'en apercevoir, la mode fait aujourd'hui partie des préoccupations des moins de 15 ans. A l'âge où leurs grandes soeurs n'y songeaient guère, des générations de lycéennes marquent leur goût de façon déterminée. Elles ont leur mode qui parfois même déteint sur celle des grands. Cette saison, elles raffolent de bonnets tricotés à pompons par exemple. Certaines l'assortissent à une veste écossaise. Le béret tricoté a lui aussi des fidèles, quant-aux chaussettes noires, elles font fureur. La casquette Sherlok Holmes connaît toujours un succès marqué, comme la longue écharpe deux tons. Et l'on voit apparaître les guêtres longues.
(Musique)
Commentateur
A 14 ans maintenant, on sait ce qu'on veut.