La reprise de la vie artistique à la Libération

1945
02m 13s
Réf. 01262

Contexte historique

Sous Vichy, le renforcement de l'autorité de la Direction des Musées de France (pas d'exportation des objets sans son autorisation) n'empêche pas le pillage des collections par les occupants. Dès le mois de juillet 1940, le contrôle des musées par l'occupant est acquis et le musée du Jeu de Paume sert à réunir les oeuvres confisquées. Toutefois, des mesures prises dès septembre 1939 par Jacques Jaujard, le Directeur des Musées de France, ont permis de mettre à l'abri l'essentiel des collections du Louvre dans les châteaux du Centre et du Sud-Ouest. Sous l'Occupation, des artistes et critiques classiques profitent de la lutte allemande contre l'art dégénéré pour régler leurs comptes avec les modernes comme Picasso ou Vlaminck. Le sculpteur allemand néoclassique Arno Brecker est invité à exposer à l'Orangerie en mai 1942. Nombre d'artistes (Maillol, Belmondo, Despiau, Van Dongen, Derain, Vlaminck, Perret, Walter), intellectuels, écrivains (Cocteau, Brasillach, Chardonne), d'acteurs (Jean Marais) français le couvrent d'éloge alors que ce sculpteur allemand est choyé par le régime nazi. Certains rêvent de l'avenir d'un art européen fondé sur l'entente franco-allemande, d'autres ne réalisent sans doute pas la portée de cette mise à l'honneur. Les artistes les plus modernes, comme Léger, émigrent, mais d'autres, comme Derain, Dufy, Vlaminck ou Despiau, acceptent une forme ou une autre de collaboration en participant par exemple en 1941 à un voyage de propagande en Allemagne. Matisse, Bonnard, Rouault vivent dans le Midi. Braque et Picasso restent à Paris mais refusent toute forme de collaboration et ne participent à aucune exposition officielle. Les galeries parisiennes poursuivent leur travail et les jeunes artistes leur activité dans un contexte interne et souterrain.

A la Libération, l'accès au pouvoir politique des résistants marque un tournant dans le projet culturel de l'Etat. Les objectifs démocratiques du Front Populaire prennent le dessus sur la conception bourgeoise des beaux-arts. L'affirmation d'un droit, l'égal accès à la culture est inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946. L'ouverture du Musée national d'art moderne en 1947 doit changer les liens entre l'Etat et l'art moderne, pour ne pas reproduire les erreurs faites avec les impressionnistes que l'Etat avait totalement dénigrés. Georges Salle, Directeur des musées de France, proclame : "Aujourd'hui cesse le divorce entre l'Etat et le génie".

Carole Robert

Éclairage média

Le ton du commentaire est empreint d'optimisme et le style est très littéraire conformément aux canons des Actualités françaises. Le commentaire est parcouru d'envolées lyriques, de métaphores poétiques sur l'éternité des oeuvres d'art, que la guerre n'aurait su détruire. La musique classique, légère, renforce l'aspect joyeux du reportage. Pas un mot des occupants, pas un mot du pillage : on sent que c'est l'époque où il convient d'effacer des mémoires les aspects troubles de l'Occupation pour n'évoquer que les retrouvailles joyeuses entre les tableaux sauvés et le Louvre. Les plans d'illustration sont très symboliques avec des images choc.

En fait, et c'est l'objet de la suite du reportage, la période qui suit la Seconde Guerre mondiale place les principaux peintres modernes en France au premier rang d'une actualité culturelle. Il s'agit d'effacer toute idée de collaboration des artistes français avec l'occupant et de mettre en avant la liberté, voire le courage, des artistes ayant refusé l'Occupation. La métamorphose de Picasso en figure emblématique de cette "culture de la liberté" est un des événements de la période. La valeur artistique des artistes est associée à leur action pendant la Seconde guerre.

Carole Robert

Transcription

(Musique)
Commentateur
Pendant 5 ans, la France s'est passée de musées. Les amateurs se cassaient le nez sur des portes closes, les habitants des musées étaient partis, envolés vers d'autres cieux, envolés vers des demeures lointaines. Mais on leur avait donné à ces héros d'un passé toujours vivant, les demeures royales qu'ils méritaient. Chambord, comme tous les châteaux de la Loire, comme Cahors, comme Montauban, étaient bourrés de toutes ces viles attentes, nées un jour pour l'éternité. Chambord était occupé. Les occupants, silencieux dans leurs caisses et leurs emballages, c'était Watteau, c'était Vinci, c'était Clouet, c'était Nattier, c'étaient Poussin et David, c'étaient Renoir et Cézanne, c'étaient tous ces hommes qui, un jour, avaient fait naître la vie sur une toile. La vie dans un bronze et dans cet éclair avaient adressé au monde de leur temps, et par-delà au monde de tous les temps, un message direct et sensible. Il a fallu que la guerre finisse pour que tous ces fantômes évanouis retrouvent le jour.
(Musique)
Commentateur
Un jour, les châteaux lointains se sont ouverts et le génie du passé a pu reprendre la route de sa maison d'antan.
(Musique)
Commentateur
La maison d'antan, elle attendait, c'était le Louvre ou c'était la Malmaison ou c'était Versailles car Rubens ne peut habiter que chez les rois. Et chacune de ces salles immenses que pendant 5 ans n'avait troublé que le pas d'un gardien mélancolique, se réveillèrent soudain dans un bruit de marteau.
(Musique)
Commentateur
C'était la rentrée, glorieuse rentrée ! On revit à la cimaise, restitués à leur cadre, rendus à leur lumière, Vinci et Philippe de Champaigne... Rubens et Watteau... Manet et Renoir.

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