Inauguration du Théâtre de l'Odéon par André Malraux et Charles de Gaulle

31 octobre 1959
03m 54s
Réf. 01272

Notice

Résumé :

Charles de Gaulle et André Malraux viennent assister à la première de Tête d'or de Paul Claudel pour l'inauguration du Théâtre de l'Odéon.

Type de média :
Date de diffusion :
31 octobre 1959

Contexte historique

André Malraux devient en janvier 1959 le premier ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles et il demeure dans ses fonctions jusqu'au départ du général de Gaulle en 1969. L'homme qui prend ses fonctions est un homme aux vies antérieures nombreuses : écrivain, Malraux est lu dans le monde entier comme le romancier des grandes épopées révolutionnaires auxquelles l'homme d'action qu'il est aussi a parfois participé (L'Espoir, La Condition humaine ); ancien colonel des Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne et combattant de la Résistance, Malraux vit l'après-guerre auprès de Charles de Gaulle dont il devient le chantre avant et après l'arrivée au pouvoir de celui-ci en 1958.

La création d'un ministère indépendant voué à la "Culture" formalise l'émergence progressive de la notion de "politique culturelle" et rompt avec la modeste politique des Beaux-Arts menée jusque-là. Pourtant le ministère n'est doté que de médiocres moyens financiers. Entre 1959 et 1969, le budget de la Culture oscille entre 0,38 % et 0,42 % du budget de l'Etat. De plus, l'incurie administrative du ministre lui-même et le peu de légitimité de ce ministère récent auprès des autres grands postes de l'Etat en restreignent encore la marge de manoeuvre.

Si le fonctionnement de ce nouveau ministère est relativement atypique, les missions que lui assigne Malraux ne le sont pas : il s'agit pour l'Etat de "rendre accessible les oeuvres capitales de l'humanité et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français : assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et favoriser la création des oeuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent".

C'est dans cet esprit qu'André Malraux abrite à l'Odéon le "Théâtre de France", la compagnie dirigée par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. Le genéral de Gaulle préside l'inauguration en 1959 avec la représentation de Tête d'or de Claudel, sur une musique de Pierre Boulez et des décors d'André Masson. La compagnie Renaud-Barrault, fondée en 1948, accède ainsi à la reconnaissance officielle et institutionnelle. Ce spectacle symbolise la volonté de promouvoir les grands auteurs modernes. Outre Claudel, Barrault met à l'affiche les oeuvres de Ionesco (Rhinocéros en 60), Beckett (Oh les beaux jours en 63) et Genet (Les Paravents en 66). En 1965, Malraux inaugure le plafond d'André Masson, évocation flamboyante de figures mythiques empruntées à Eschyle, Aristophane, Shakespeare.

Vincent Casanova

Éclairage média

Dès ses origines, la télévision transmet une grande part du répertoire français et étranger, érigeant le théâtre comme source importante de programme. Une centaine d'oeuvres environs, réalisées en direct, sont proposées chaque année, au rythme de deux soirées hebdomadaires. Les classiques dominent mais le théâtre de boulevard est présent. Mais ici cette dimension culturelle se double et est dominée par le sens politique que revêt la représentation de Tête d'or de Paul Claudel.

Pierre Tchernia commente en direct l'arrivé du Général de Gaulle, exactement comme il commente toute cérémonie officielle insistant sur la solennité de l'événement (les gardes républicains en culotte blanche). L'événement ne semble pas tant être ce qui va se dérouler sur scène mais ce qui se passe dans la salle. Tchernia se promène ainsi avant le début du spectacle pour aller s'entretenir avec le "public brillant", soit un public constitué d'officiels. Tchernia se fait ici l'intercesseur entre celui-ci et les téléspectateurs. Les inserts sur les documents rappelant le souvenir du metteur en scène Jacques Copeau contribuent aussi à inscrire cette cérémonie dans une histoire glorieuse, Copeau étant le fondateur du théâtre du Vieux-Colombier (1913), où il contribua à rénover une scène française embaumée dans le théâtre de boulevard. Il préfigura de plus la décentralisation en créant à Pernand-Vergelesses, en Bourgogne, un groupement de jeunes comédiens, les copiaus.

Vincent Casanova

Transcription

(Silence)
Pierre Tchernia
Eh bien, dans une salle aussi considérable que celle qui est là ce soir, nous trouvons des auteurs dramatiques, nous trouvons des comédiens, nous trouvons des romanciers. Joseph Kessel est là ce soir. Joseph Kessel, quelle est votre impression en venant ce soir à ce spectacle et à la création de ce nouveau théâtre ?
Joseph Kessel
Eh bien, j'ai deux impressions, une que... très ancienne, si j'ose dire ainsi parce que, en 1915, j'ai joué dans ce théâtre quand j'étais élève au Conservatoire dramatique. Et maintenant, j'ai une autre, tout à fait autre impression, de grandeur et d'importance de ce théâtre qui devient grâce à la visite du Général de Gaulle et grâce à la compagnie Barrault, vraiment un théâtre qui doit fixer sur lui l'attention générale.
Pierre Tchernia
M. Kessel, vous avez joué ici, qu'est-ce que vous avez joué ?
Joseph Kessel
J'ai joué à l'âge de 17 ans, en 1915, comme la plupart des acteurs adultes démobilisés et que j'avais déjà une taille et un gabarit suffisant, figurez-vous que j'ai joué Don Diègue avec une grande barbe blanche.
Pierre Tchernia
Eh bien, je vous remercie. Et maintenant, je pense que la caméra va continuer à se promener dans cette salle et à nous présenter un public extrêmement brillant.
(Silence)
Pierre Tchernia
Et c'est maintenant l'arrivée que l'on attendait, l'arrivée du Général de Gaulle, dans la voiture de la présidence, escortée par des motocyclettes et la musique de la Garde Républicaine est là pour l'accueillir. C'est M. André Malraux qui va faire les honneurs de la maison, vous venez d'apercevoir aussi Jean-Louis Barrault, là à droite. C'est M.André Malraux qui va faire au Général de Gaulle les honneurs de cette maison qui tient très à coeur au Général car l'Odéon et le théâtre de France, vous le savez, sont nés d'une réorganisation complète des théâtres subventionnés, qui est intervenue il y a quelques mois.
(Silence)
Pierre Tchernia
La Garde Républicaine, en grande tenue, culottes blanches, honneur réservé au chef d'Etat.
(Silence)
Pierre Tchernia
Et M. Malraux conduit le Président vers un couloir où le cortège officiel va s'arrêter quelques instants avant de pénétrer dans la salle. Dans ce couloir se trouvent réunis quelques documents consacrés à Jacques Copeau. Et d'ailleurs, il faut voir là un hommage émouvant de Jean-Louis Barrault à ce grand metteur en scène qui fut l'un des créateurs du théâtre moderne dont sont issus justement des metteurs en scène comme Jean-Louis Barrault.

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