Maurice Béjart

07 août 1968
01m 01s
Réf. 01282

Notice

Contexte historique

Fondé sur la musique, la danse prend la mesure des bouleversements qui affectent l'art des sons après 1945 et rompt ou du moins est obligé d'adapter la rigueur académique du ballet classique. Emancipant les corps d'une rigidité trop pesante par une technique expressive différente, la danse dite "libre" ou "moderne" renouvelle ainsi le vocabulaire chorégraphique en s'appuyant notamment sur un support musical repensé.

Ainsi Maurice Béjart (né en 1927), après la fondation en 1954 des "Ballets de l'Etoile", compose-t-il en 1955 une chorégraphie sur la Symphonie pour un homme seul de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, les pères de la musique concrète. Après son succès triomphal avec Le Sacre du Printemps (dont la musique d'Igor Stravinski et surtout la chorégraphie de Nijinsky avait fait scandale en 1913 au Théâtre des Champs-Elysées), il crée à Bruxelles, une nouvelle compagnie internationale, le "Ballet du 20e siècle", qui lui donne les moyens de mener librement son travail. S'il juge les corps de ballet formés à l'école d'une tradition périmés, Béjart ne rompt pas toutefois totalement avec les bases techniques de la danse classique. En cela, il n'apparaît pas tant comme un moderne, à la manière des Américains Merce Cunningham et Martha Graham par exemple, que comme un néo-classique, c'est-à-dire un artiste tirant sa matière de toutes les formes et les styles du passé.

A la fois metteur en scène et danseur, il puise son renouvellement dans les grands mythes occidentaux (Faust, Tristan) et dans des sources orientales (cf. la musique indienne en fond sonore). Les fins qu'il poursuit sont de dire la beauté ou de raconter le monde. Il réalise ainsi des oeuvres originales (Messe pour le temps présent en 1967, A la recherche de... en 1968), où prédomine souvent une recherche métaphysique, en vue de créer par la synthèse du chant, de la parole (pour A la recherche de..., il s'adjoint la voix de la comédienne Maria Casarès) et de la danse, un spectacle total qui se veut "une cérémonie pour le plus grand nombre". Contrairement à la musique contemporaine, la danse moderne, grâce à Béjart, a pu au fil des années trouver et inventer son public, notamment à la faveur des invitations au Festival d'Avignon que lui fait Jean Vilar à partir de 1966.

Vincent Casanova

Éclairage média

L'hommage rendu par Jean Vilar au travail de Maurice Béjart permet d'introduire le téléspectateur à l'oeuvre du chorégraphe. Le document montre l'artiste au travail (assis derrière son bureau, debout sur le plateau), cherchant comme en écho au nom du spectacle A la recherche de....

Le choix d'une musique indienne permet également de caractériser le spectacle que Béjart est en train de monter pour le festival d'Avignon dont on voit les lieux les plus emblématiques (le palais et la cour du Palais des papes). Le discours de Béjart, d'une grande limpidité, vient témoigner de son sens de la communication, sens qui a très largement contribué à la renommée et à la diffusion de la danse du chorégraphe français.

Vincent Casanova

Transcription

(Musique)
Jean Vilar
En ce qui concerne la chorégraphie, je n'ai pas besoin de rappeler tout ce que fait Béjart ici depuis trois ans, qui est considérable. Le seul qui occupe cette cour et avec la grande création que nous allons avoir de «A la recherche de».
(Musique)
Maurice Béjart
«A la recherche de» est un spectacle, tout d'abord, de recherche formelle, c'est-à-dire de recherche d'union des styles, recherche d'union du théâtre parlé avec Casarès.
(Musique)
Maurice Béjart
Et en même temps, cette recherche est également une certaine recherche, disons, métaphysique.
(Musique)
Maurice Béjart
Un chorégraphe travaille avec de la matière vivante et je crois que, encore plus que le metteur en scène qui travaille sur des idées, il travaille sur de la chair, sur des muscles et ce sont finalement cette chair et ces muscles qui indiquent leur loi. Donc l'interprète est aussi le créateur.

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