Une rétrospective sur l'ORTF des origines à la disparition

28 juillet 1974
06m 26s
Réf. 01283

Notice

Résumé :

Le reportage brosse un panorama historique rapide de l'histoire de la radio et de la télévision en France, mettant en avant les grandes innovations techniques et les étapes qui jalonnent les liens entre l'Etat et l'audiovisuel.

Date de diffusion :
28 juillet 1974
Lieux :

Contexte historique

L'ORTF (Office de radio-télévision françaises), créé le 27 juin 1964, ne dure que dix ans. Pourtant il symbolise le grand service public unifié du temps du monopole de l'Etat sur la radio et la télévision - comme la RAI en Italie ou la BBC au Royaume-Uni. Le ministre de l'Information, Alain Peyrefitte, fonde un Office public pour souligner l'autonomie de l'établissement dont le Conseil d'administration et le Directeur général sont nommés par le gouvernement.

La question du statut de l'ORTF fait toujours l'objet de vifs débats et désaccords. La droite l'estime trop communisante, la gauche réclame un statut plus libéral. Les tensions sont nombreuses et constantes. Alain Peyrefitte installe un service minimal en cas de grève dès 1964. Mai 1968 révèle la puissance de l'intersyndicale des professionnels de l'audiovisuel au centre de la révolte et laisse aux politiques un goût amer : l'ORTF semble ingouvernable. Les dossiers chauds sur la publicité et l'information concentrent l'attention à la fin des années 1960 : le 1er octobre 1968, la 1ère chaine diffuse deux minutes de publicité par jour. En janvier 1970, la Direction unique de la télévision est supprimée. L'ORTF est réorganisé en six établissements décentralisés avec un établissement central qui maîtrise la diffusion et permet la cohérence de l'ensemble. Les syndicats et l'opposition se soulèvent contre cet éclatement qui risque de déboucher selon eux sur la privatisation. L'accession des libéraux au pouvoir renforce l'inquiétude, et une grève des techniciens éclate en mai 1974. Le conflit social dure plusieurs semaines : certains syndicats craignent que cette grève n'accroisse le discrédit de l'ORTF dans l'opinion et ne pousse vers la privatisation.

Le 7 août 1974, Giscard d'Estaing fait éclater l'ORTF pour affaiblir les syndicats, et mettre les chaînes en concurrence les unes avec les autres. Les effectifs de l'ORTF sont fortement réduits (3000 emplois, 250 journalistes en moins). Le plan d'éclatement proposé provoque la surprise générale : le monopole public est maintenu, mais les unités indépendantes et en concurrence ne sont plus coordonnées par une instance publique. A partir de la disparition de l'ORTF, la libre expression des courants d'opinion se développe et l'obligation d'émissions régulières sur les différentes tendances est inscrite dans les cahiers des charges des chaînes même si la censure et l'autocensure demeurent. La mise en concurrence des chaînes renforce une tendance déjà perceptible au début des années 70, l'uniformisation et la banalisation des programmes.

Carole Robert

Éclairage média

Durant tout le reportage, l'accent est mis sur les progrès techniques à travers des documents d'archives - gravures représentant le télégraphe, liaisons sans fils avec la tour Eiffel, caméras 16 mm, stations et tours de radios, salles de montage, récepteurs et postes de radios, arrivée des nouvelles chaînes en couleur...

Le choix de la musique qui accompagne le commentaire n'est pas neutre : une musique mélancolique appuie ainsi la visualisation à l'écran de la phrase "et puis ce fut l'ORTF". La mise en avant de personnalités marquantes de l'histoire de la télévision frappe aussi : les fondateurs sont mis en valeur, comme Pierre Sabbagh, certains animateurs comme Albert Olivier. On assiste à une héroïsation des premiers reportages : scène avec des caméramen et journalistes qui s'engouffrent dans une voiture, dévoués à l'information télévisuelle. Les journalistes sont valorisés, puis les responsables de l'ORTF sont énumérés avec leurs photographies en illustrations.

Cette mise en perspective témoigne du besoin de la télévision de créer son histoire interne tout en s'ancrant dans l'histoire nationale : avec ses mythes, ses figures, ses légendes. La constitution d'une mémoire de la télévision participe aussi de son aura populaire. L'histoire de la télévision est présentée comme une suite de grands succès, le rappel des chiffres à l'appui. La mise en image est d'ailleurs élaborée : les chiffres apparaissent dans des écrans de télévisions, véritable mise en abîme ! Les dix millions de récepteurs sont dépassés en 1969. Pour illustrer la diversité des réalisateurs et des feuilletons, seule une série de photos est sélectionnée.

Enfin, l'impact de la radio et de la télévision dans la "culture jeune" des années 1970 est symbolisée à travers des plans dans la rue où des jeunes écoutent la radio. La télévision et la radio envahissent l'espace public, celui de la rue. La fin du reportage se concentre sur l'innovation technique en présageant des procédés électroniques visionnaires et sur l'importance du service public. Il s'agit d'un reportage de la 1ère chaine, la plus ancienne des chaînes, celle qui sera privatisée la première, en 1986.

Carole Robert

Transcription

Adam Saulnier
La réalité va dépasser la fiction.
(Musique)
Adam Saulnier
En 1898, une première liaison sans fil est assurée entre la Tour Eiffel et le Panthéon.
(Musique)
Adam Saulnier
En 1903, une première station est édifiée sous la Tour Eiffel édifiée, trois baraques en bois. Et un quart de siècle s'écoulera avant l'arrivée du premier speaker professionnel. On l'écoutera comme ceci... ou comme cela. En 1922, une station radio est installée à Paris, rue de Grenelle, par l'administration des Postes et Télégraphes et des postes privés s'installent à leur tour. Mais la vacation nationale de la radio ne se fait sentir qu'au moment de la guerre. Son destin s'affirme avec l'appel du 18 juin et la clandestinité lui confère une dimension nouvelle.
Charles (de) Gaulle
Ici Londres...
Adam Saulnier
Partout, l'aspect national de la radio s'impose.
(Musique)
Adam Saulnier
En France, Jean Guignebert est le premier directeur de la radio libérée. Claude Bourdet puis Wladimir Porché lui succèdent. Neuf ans plus tôt, le 26 avril 1935, Paris PTT avait diffusé une première émission télévisée.
(Musique)
Adam Saulnier
Sous l'impulsion de Pierre Sabbagh, le premier journal télévisé est diffusé le 29 juin 1949. 10 ans plus tard, on atteint le 1er million de récepteurs.
(Musique)
Adam Saulnier
La RTF est dirigée successivement par Messieurs Delaunay, Chavanon, Janot, Bordaz. L'idée de l'Eurovision lancée par la RTF et à laquelle 20 pays européens ont adhéré, a donné à la télévision sa dimension continentale. Le Mondovision, lancé en 1962, lui donne sa dimension planétaire. Des protocoles d'accord internationaux sont signés.
(Musique)
Adam Saulnier
Les émissions à destination des territoires et départements d'Outre-mer se développent. La télévision nationale couvre le territoire. 11 stations régionales assurent l'actualité des provinces, participent à la décentralisation et à l'expansion de la vie culturelle.
(Musique)
Adam Saulnier
Au cours des années 1962, 63, 64, la télévision fut marquée par l'esprit d'un de ses grands animateurs, Albert Olivier.
(Musique)
Adam Saulnier
En 1964, l'Office de Radiodiffusion Télévision Française voit le jour. 1964, 5 414 276 récepteurs.
(Musique)
Adam Saulnier
La loi du 27 juin fait de l'ORTF un service public à caractère industriel et commercial, le Ministère de l'Information en assure la tutelle. Le parlement exerce un droit de contrôle, un conseil d'administration préside à son destin. Le directeur général est nommé en Conseil des ministres. C'est en 1964, M. Jacques Bernard Dupont. Ce sera M. Jean Jacques de Bresson en 1968. 1969, les 10 millions de récepteurs sont dépassés et la première chaîne de télévision voit naître sa soeur cadette, la deuxième chaîne couleur. En 1970, la direction unique de la télévision est remplacée par deux directions autonomes et compétitives. Et après les travaux de la commission Paye et de la commission Riou, l'Assemblée nationale adopte la loi portant statut de la Radiodiffusion Télévision Française qui consacre deux principes fondamentaux, le service public et le monopole d'Etat. Le nombre des téléviseurs atteint et dépasse les 12 millions et à l'aube de 1973, la troisième chaîne couleur voit le jour.
(Musique)
Adam Saulnier
L'audience des différentes éditions des journaux télévisés, des magazines d'information, des tribunes, revêt une importance nationale.
(Musique)
Adam Saulnier
Les réalisateurs ne cessent d'innover, des dramatiques exemplaires sont créées.
(Musique)
Adam Saulnier
Les feuilletons entrent dans la vie familiale et les émissions scientifiques, médicales, littéraires, musicales, ouvrent sans cesse de nouveaux horizons. En 1973, quelques 6 848 heures de programme ont été diffusées sur les 3 chaînes de télévision.
(Musique)
Adam Saulnier
La radio a diffusé plus de 27 780 heures de programme sur France Culture, France Inter, France musique, FIP, Inter [...].
Animatrice radio
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Adam Saulnier
M. Arthur Conte, Président Directeur Général de l'ORTF, est remplacé par M. Marceau Long à la fin de 1973. En 1950, la RTF a fait 7 millions d'auditeurs et de téléspectateurs. En 1973, l'ORTF en a 40 millions. Tout en maintenant le principe du monopole et du service public, l'ORTF jusqu'alors centralisé, éclate en plusieurs sociétés nationales ou établissements publics.
(Musique)
Adam Saulnier
La technique s'ouvre sur d'innombrables possibilités. La télévision par câble, par cassette, par téléphone, en bracelet seront d'usage courant en un proche avenir.

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