Invasion du journal télévisé par des intermittents du spectacle

10 novembre 2003
03m 06s
Réf. 01286

Notice

Résumé :

Le journal télévisé est interrompu par l'intervention d'un groupe d'intermittents du spectacle venu faire entendre leur revendications dans le conflit social qui les oppose au gouvernement.

Date de diffusion :
10 novembre 2003
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

2% de de la population française (plus d'un million de personnes) travaille dans le domaine culturel, mais avec des statuts extrêmement variés - intermittents, auteurs, employés, fonctionnaires, contractuels... En 2003, on compte 102000 professionnels indemnisés par les ASSEDIC au titre du régime "intermittents du spectacle". Ce statut est inclus dans le régime d'assurance chômage (UNEDIC) de l'ensemble des salariés du secteur privé qui permet de toucher des indemnités de chômage entre deux emplois.

Ce statut, plus favorable que le régime de droit commun, est censé répondre aux spécificités des professions du spectacle, de la télévision et du cinéma. Son déficit structurel très élevé (plus de 800 millions d'euros) conduit à l'accord du 26 juin 2003, signé entre le MEDEF et des syndicats minoritaires chez les intermittents (la CFDT). Cet accord remet en cause le fonctionnement du régime des intermittents du spectacle, sans pour autant le supprimer. Il propose en effet un durcissement des conditions d'accès aux allocations (augmentation du temps de travail requis pour obtenir les allocations) et une réduction de la durée des droits. Le risque est de mettre en péril les professionnels pour qui les allocations sont indispensables, et de ne pas s'attaquer aux abus réels du système (arrangements, artifices de statuts, gonflements des cachets...).

Cette signature provoque une mobilisation sans précédent des artistes et des techniciens concernés ; les grands festivals de l'été 2003 - Avignon, Aix, La Rochelle - sont annulés pour la première fois. Les professionnels s'opposent à cet accord qui va déboucher selon eux sur la précarisation de leur situation. Les événements de l'été-automne 2003 sont révélateurs des grandes fragilités du système de l'intermittence - spécifiquement français - et remis en cause selon les manifestants par la mondialisation de l'économie qui englobe les spectacles et le cinéma dans le marché international des services.

Carole Robert

Éclairage média

Le journal de France 2, présenté par David Pujadas, est interrompu par un groupe d'intermittents du spectacle. Le présentateur laisse sa place à une intermittente qui lit un communiqué exposant leurs revendications et appelant à manifester. Extrêmement émue, elle est cadrée comme si elle présentait une information officielle (plan rapproché, centré). Le présentateur reprend sa place et s'excuse auprès des téléspectateurs en répétant une nouvelle fois que c'est la chaîne qui a choisi de donner la parole aux intermittents, montrant qu'il contrôle parfaitement la situation. Un intermittent provoque un peu le présentateur en lançant "De la vraie information enfin!!!". Notons que "l'invasion" est plutôt paisible.

David Pujadas reste calme lorsqu'il reprend sa place, mais il intime aux intermittents l'ordre de "dégager le plateau maintenant". La position des professionnels de la télévision et de la radio en cas de conflit est toujours problématique. Les cadreurs, les preneurs de son sont pour partie des intermittents qui travaillent. En mai 1968, les professionnels de l'audiovisuel et de radio avaient en grande partie rejoint le mouvement, laissant une poignée de journalistes gérer l'information, qui est d'ailleurs restée très limitée pendant les grèves de Mai 68. En juin 2003, les professionnels du spectacle sont plus engagés que ceux de la télévision, or un certain nombre d'abus est imputé au fonctionnement de cette dernière.

Carole Robert

Transcription

David Pujadas
Voilà on reste dans l'économie et le social avec donc, vous le constatez, cette intrusion sur le plateau de plusieurs intermittents du spectacle. Nous avons donc décidé de leur laisser la parole, une minute pour exprimer leurs revendications. Messieurs, dames, je vous laisse la place. Allez-y, prenez mon siège et nous vous écoutons ou plutôt adressez-vous ici au micro et nous vous écoutons. Allons-y.
Intermittente
Merci. Le 26 juin dernier a été signé à l'UNEDIC un accord sur l'assurance chômage des intermittents du spectacle qui exclura, s'il est appliqué, 30 000 personnes. Une mobilisation sans précédent, durant 4 mois a mis en évidence le caractère désastreux, inique et illégal de ce protocole. Une action en justice en cours allait annuler purement et simplement cet accord. Coup de théâtre. Il y a 5 jours, le Medef et la CFDT ont choisi de passer en force en reproposant à la signature, le jeudi 13 novembre, ce même accord que nous dénonçons sans trêve. Nous sommes donc dans la même situation qu'à la veille du 26 juin. Nous voulons une véritable réforme négociée avec l'ensemble des concernés, nous voulons que nos propositions soient prises en compte. Nous demandons une émission de débat contradictoire à une heure de grande écoute sur ces questions. Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous. En 4 mois de lutte, on nous a rarement laissé la parole, nous avons beaucoup appris en partageant ce combat. Nous savons que notre lutte n'est pas catégorielle. En exigeant de nouveaux droits sociaux pour les salariés à l'emploi discontinu, c'est à la précarisation de l'emploi que nous nous opposons. Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous. Ce gouvernement prétend réhabiliter le travail pour mieux exploiter les travailleurs, il impose bas salaires et conditions d'emplois dégradées, il exclue 850 000 chômeurs du droit à l'allocation. Veut détruire l'allocation spécifique de solidarité et le RMI, instaurer un RMA qui donnerait aux employeurs l'argent auparavant dévolu aux allocataires. Nous n'avons pas d'autre choix que la résistance, c'est agir ou disparaître. Je suis... essoufflée, émue et essoufflée. Ce que nous défendons... Mais je réclame le droit à la maladresse et au travail. Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous.
David Pujadas
Voilà.
Intermittente
Non, non. Un rendez-vous, pour finir. Jeudi 13 novembre à 14h devant le siège de l'UNEDIC, 80 rue de Reuilly, métro Montgallet. Tous ensemble !
(Silence)
Intermittent
Enfin de la vraie information.
David Pujadas
Voilà, si voulez bien quitter le plateau maintenant. Vous êtes content, vous êtes content, vous avez réussi.
(Silence)
David Pujadas
Voilà et à vous tous qui nous regardez, nous vous adressons bien entendu nos excuses, pour cette intrusion, qui n'était par définition pas prévue mais nous avons choisi de donner la parole donc à ces représentants des intermittents du spectacle.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque