La Loi Lang sur le prix unique des livres, 1981

30 juillet 1981
02m 57s
Réf. 01288

Notice

Contexte historique

La Loi Lang en 1981 sur le prix unique du livre doit protéger le commerce de la librairie, menacé par la concentration et le développement des grandes surfaces. Malgré cette loi, en 1995, le marché global du livre est chiffré à 25 milliards de francs (4 milliards d'euros), soit tout juste deux fois et demi le chiffre d'affaire de TF1. La production par genre se stabilise au cours des années 1980 autour de 350 millions d'exemplaires vendus, qui privilégient les romans (124 millions en 1994), les livres scolaires (64), les livres pratiques, les encyclopédies et les dictionnaires (62), les livres pour la jeunesse (54), les ouvrages scientifiques (36), les livres d'art (6,8), l'histoire (5,5) et la poésie (2,9).

De 1979 à 1995, les préférences des Français évoluent peu : 48% puis 55% préfèrent le roman. Devant le goût constant des Français pour le roman, les éditeurs sortent plus de romans qu'avant : 150 nouveaux romans publiés en 1970, 380 depuis 1980. Au cours des années 1990, l'édition et la distribution du livre poursuivent leur mutation financière et économique en se concentrant fortement. En 1994, un duopole (Le Groupe de la Cité et Hachette) rafle 80% des gains sur un chiffre d'affaires des éditeurs de 14,5 milliards de francs (2,2 milliards d'euros). Quatre maisons moyennes (Gallimard, Flammarion, Hatier et Le Seuil) ont un poids conséquent et les autres petits éditeurs se partagent des miettes. La distribution fonctionne avec la même concentration. En librairie, les grosses unités, du type FNAC, Virgin mégastore ou hypermarchés réalisent l'essentiel des ventes sans que disparaissent les librairies de quartier souvent conviviales.

Vingt ans après la Loi Lang sur le prix unique, la Loi de Catherine Tasca sur "le droit de prêt en bibliothèque " permet également d'éviter la faillite à de nombreux libraires. En 2003, 300 librairies de bon niveau assurent ainsi la diffusion de 60 à 70% des ouvrages de littérature générale.

Carole Robert

Éclairage média

Le fond de l'écran est occupé par des photographies liées à l'actualité (Sénat, bibliothèque). La primauté est donnée aux images qui changent pendant que la présentatrice parle. Elle occupe la partie droite de l'écran et elle lit encore ses notes (pas de prompteur lui permettant de donner l'impression de regarder le téléspectateur dans les yeux). La priorité va au reportage sur le terrain : le journaliste privilégie les témoignages in situ (interviews du président de la FNAC, de la gérante d'une librairie de quartier, et d'un consommateur).

Le commentaire en voix off sert essentiellement à introduire les interviews pris sur le vif, caméra à l'épaule. Ce type de reportage correspond à l'idée que la télévision est avant tout un média de proximité. L'ordre des interviews est très signifiant : celui de la vieille libraire émouvante est placé après celui du président de la FNAC. Et les interviews des particuliers qui ne sont ni des experts, ni des spécialistes viennent clore le reportage conformément au contenu du commentaire : "le dernier mot reviendra au consommateur". Ainsi le reportage finit sur les opinions des personnes en qui tout le monde peut se reconnaître. Toutes les générations et les catégories sociales sont concernées (plan étonnant sur la petite fille qui marche dans la rue devant une librairie). Cette construction arbitraire, qui commence avec un exposé bref de la situation économique et finit sur l'avis des Français, a pour objectif de toucher le téléspectateur. C'est la complicité avec ce dernier qui est recherchée.

Carole Robert

Transcription

Patricia Charnelet
Le prix du livre en discussion aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Hier, le Sénat a voté le projet de loi qui institue un prix unique du livre, une enquête de Thierry Gandillot.
Thierry Gandillot
Le prix unique du livre peut-il relancer la concurrence entre les différents points de vente ? C'est la question que pose, aujourd'hui, le Ministre de la Culture. Paradoxalement, la libération des prix avait provoqué une augmentation du prix moyen. En 1980, le livre a augmenté plus vite que l'ensemble des autres produits. Mais surtout, on a observé des différences très importantes entre les points de vente. Ainsi, un succès de l'été, vendu 56 francs dans une grande surface, souvent en prix d'appel, peut-être vendu jusqu'à 75 francs chez un petit libraire. Le reproche que l'on fait aux grandes surfaces, c'est de casser les prix mais aussi de se réserver la part du lion dans la vente des best-sellers.
André Essel
Pour les livres faciles, les best-sellers, représentent dans les librairies Fnac, moins de la moitié du pourcentage de ce qu'elle représente dans une grande librairie traditionnelle. En réalité, notre force de vente et ça, tous les clients et adhérents qui sont autour de nous pourront vous le dire, c'est d'avoir tous les livres dits «difficiles», les livres de sociologie, de philosophie, les livres de sciences humaines. Quelque fois, les livres d'étude très difficiles à trouver et d'avoir le fond total de la librairie. Nous avons, ici, dans cette librairie de Montparnasse, 120 000 titres.
Thierry Gandillot
Le point central de la discussion qui s'ouvre aujourd'hui, c'est donc la vente des livres à succès. Les grandes surfaces sont devenues un passage obligé pour les consommateurs et les clients hésitent, de plus en plus, à franchir le seuil des librairies de quartier.
(Mademoiselle) Lavocat
Moi-même qui ai plus de 40 ans de métier, je pensais que probablement à la fin de l'année, je quitterais ce métier parce qu'il est impossible de vivre avec la remise qui nous reste. Si nous faisons 20% au client, nous sommes... conduits à une mort lente. Les stocks coûtent très chers. Et il y a des livres qui sont vendus une fois par an, mais c'est peut-être aussi de notre honneur de les avoir en magasin.
Thierry Gandillot
Mais le dernier mot reviendra aux consommateurs. S'ils pensent trouver plus de choix dans les grandes surfaces, ils y resteront fidèles. Sinon, ils jugeront sur les prix et retourneront chez leur libraire. C'est en tout cas l'avis des clients rencontrés dans une grande surface.
Cliente
Si c'est un dernier livre, j'irai chez mon libraire. Si c'est un livre un peu ancien, je continuerai à venir à la Fnac.
Client (1)
Si il y a un bon libraire près de chez moi, j'irai plutôt chez lui que de courir sur une grande surface.
Client (2)
Ce qui m'intérèsse finalement dans une grande surface, c'est plus le choix dont je peux disposer que le prix véritablement du livre. Parce que l'écart en fait étant relativement minime, je pense que celui qui achète des livres s'intéresse assez peu au prix du livre en lui-même.
Thierry Gandillot
Mais pour que le pari du nouveau Ministre de la Culture réussisse, il faut que les éditeurs tiennent leurs prix. Certains évoquent déjà une possible dictature du secteur de l'édition. Pour l'instant du moins, les éditeurs se sont engagés, formellement, auprès du Ministre, à faire preuve de modération.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque