L'inauguration de l'Ecole nationale du cirque, 1986

14 janvier 1986
01m 49s
Réf. 01292

Notice

Résumé :

Jack Lang explique pourquoi il a fondé le Centre national de formation aux arts du cirque à Châlons sur Marne (aujourd'hui Châlons en Champagne) et quels sont ses objectifs.

Date de diffusion :
14 janvier 1986

Contexte historique

Après la Seconde Guerre mondiale, les grands cirques sous chapiteau subissent une grave crise. Au Canada, le Cirque du Soleil innove en enrichissant ses spectacles par une mise en scène théâtrale. La compagnie voyage à travers le monde à la fin des années 1980 et au début des années 1990 acquérant une grande popularité et devenant l'un des plus grands cirques contemporains. En France, le cirque s'ouvre également aux modes d'expression théâtrale et chorégraphique à la fin des années 1970 et au début des années 1980 (les cirques Zingaro, Archaos, Plume...).

Des cirques traditionnels et familiaux, tels les Grüss, préservent la tradition parallèlement à l'émergence du nouveau cirque. Les métiers du cirque deviennent plus accessibles aux passionnés qui ne sont pas des enfants de la balle avec la création des écoles de cirque, dont la première est fondée par Annie Fratellini et Pierre Etaix en 1976 dans le Sud de la France. Le Centre national des arts du cirque, créé et subventionné par le ministère de la Culture, voit le jour en 1986 à Châlons-sur-Marne conformément à la politique du ministère de décentraliser et démocratiser l'enseignement des différentes disciplines auxquelles Jack Lang attribue officiellement un statut d'art : la bande dessinée, le cirque et les arts décoratifs en sont des exemples.

La fondation d'établissements de formation participe également de la professionnalisation de ce type de métiers artistiques. Le CNAC est un établissement du ministère de la Culture dépendant de la Direction des théâtres et des spectacles. Il a pour mission de participer à l'évolution des arts du cirque et de renforcer le rôle de la France dans ce domaine : le CNAC est un pôle international de formation, dont les deux établissements sont aujourd'hui situés à Châlons et à Rosny-sous-Bois. L'Etat prend actuellement à sa charge le coût et la gestion d'autres grands établissements de formation aux métiers du spectacle, comme les conservatoires nationaux supérieurs de musique (Paris, Lyon...), les conservatoires nationaux supérieurs d'art dramatique (Paris, Strasbourg...), l'école de danse de l'Opéra et le jeune théâtre national ; huit écoles dont subventionnées par le ministère de la Culture, comme l'école des arts de la marionnette à Charleville-Mézières, l'institut européen des métiers de la musique...

Carole Robert

Éclairage média

C'est le journal télévisé de la mi-journée qui consacre un reportage à l'école de cirque, un sujet certes léger et distrayant mais aussi pris au sérieux par le ministre de la Culture interviewé : en expliquant les raisons qui l'ont amené à choisir Châlons sur Marne, il décrit le processus de décentralisation (rôle de la municipalité et de la Région) et incite ainsi les autres communes et départements à être dynamiques sur le plan culturel comme l'est Châlons.

D'autre part, et c'est également habile, en insistant sur la vocation de l'école à susciter le renouveau du cirque en France, il impose une conception professionnelle du cirque, qu'il applique à d'autres activités. Il est d'ailleurs à l'origine de nombreux centres de formations dans divers domaines culturels. Le reportage mêle un commentaire en voix off qu'illustrent des scènes de spectacle et l'interview de Jack Lang, dont une partie est également placée en off sur des séquences de spectacle : au son, on entend ainsi la voix du ministre qui s'ajoute aux cris d'efforts des jeunes artistes (second plan sonore).

La simultanéité sonore symbolise l'unité entre la volonté du ministre et le travail des jeunes "universitaires" : c'est ainsi que les appelle le journaliste qui fait le commentaire pour souligner l'aspect professionnel et national du Centre. Le reportage est bien le porte-parole des projets du ministre. D'ailleurs le présentateur souligne dès le départ le côté populaire du cirque applaudi par "3 ou 4 millions de Français" chaque année.

Carole Robert

Transcription

Claude Hervé
Hier, Jack Lang inaugurait le Centre de formation du cirque. Alors jusqu'à présent, il y avait bien quelques écoles mais le cirque c'est vrai s'apprenait plutôt sur le tas. Alors, c'est une grande innovation pour cet art, ce spectacle, qui compte 3 à 4 millions de spectateurs chaque année. Claude Crespo.
Claude Crespo
Peu d'animaux, pas de paillettes et jeunesse générale des artistes, vous avez sous les yeux le spectacle concocté par les 25 premiers universitaires du cirque en France. Quand on sait qu'ils ont débuté en novembre, on ne peut que participer aux applaudissements du public. Tous ces jeunes ont 4 ans pour découvrir les charmes de la vie de la balle, avec au-delà du travail de piste, un enseignement général et pluridisciplinaire. But de ce centre, affirmer le cirque comme un art à part entière, un art du 21ème siècle.
Jack Lang
Pourquoi Chalon ? Parce que, il y a ce merveilleux cirque où nous sommes, un des derniers grands cirques en dur du pays. Parce qu'il y a un maire actif, parce qu'il y a un Président de la Région actif. Nous nous sommes mis d'accord ensemble pour bâtir ce beau projet. Cette école, à mon avis, sera la source d'un renouveau et d'une transformation profonde du cirque en France, suscitera de nouvelles vocations, de nouvelles initiatives privées ou publiques à travers le pays.
Claude Crespo
Les organisateurs ne sont pas superstitieux puisque la piste fait 13 mètres de diamètre. Le chapiteau lui accueillera 1800 places assises. Comme toute bonne université qui se respecte, ce centre formera des jeunes artistes mais il aura également la tâche de créer des numéros professionnels et de faire revivre certains spectacles plus traditionnels. Le cirque français était malade, dit-on, il faut espérer que cet apport de cellules jeunes saura le guérir.