La Techno Parade

16 septembre 2000
01m 34s
Réf. 01303

Notice

Résumé :

Plus de 100 000 personnes défilent dans Paris au son de la techno mixée par des DJ's.

Date de diffusion :
16 septembre 2000

Contexte historique

A la fin des années 80 en Angleterre et en Europe du Nord, la musique techno prend son essor dans de grands rassemblements spontanés, les "raves" (de l'anglais "to rave", délirer). La fermeture obligée des clubs anglais à 2h du matin contribue largement à son apparition. Ainsi la techno est-elle à la fois genre musical et mode de vie. Organisées clandestinement, les raves se prolongent jusqu'au matin voire pendant plusieurs jours. Le lieu de la fête, souvent choisi à contre-emploi (un champ, une usine abandonnée, le 16e arrondissement pour la Techno Parade), doit surprendre. L'univers du discours, au coeur de la fête, est remplacé par des vibrations sonores électroniques, stridentes ou planantes mais toujours dans le but de produire un effet sur le corps. La danse établit une nouvelle forme de communication.

Contre-réalité, la rave se présente au départ comme une résistance aux formes commerciales du divertissement culturel incarnées par les boîtes de nuit. Dès 1993, alors que le mouvement prend de l'ampleur, il fait l'objet d'une répression suite à la consommation de drogues interdites (l'ecstasy) au cours de ces fêtes. C'est alors que sur le modèle allemand, le mouvement se réglemente. C'est dans ce contexte que naît en 1998 la Techno Parade à Paris. Elle est l'occasion de faire la fête dans la rue au grand jour aux sons de la musique techno. Cette récupération institutionnelle est emblématique de la difficulté aujourd'hui pour tout mouvement de s'exprimer dans la marginalité. Ce contrôle passe par la médiatisation d'une scène techno présentable dont les manifestations retrouvent la forme traditionnelle du concert et dont les acteurs sont désormais identifiables, quelques noms (Jean-Michel Jarre ici comme père tutélaire) étant convoqués pour normaliser le phénomène. La présence d'hommes politiques (candidat à des élections comme Bertrand Delanöé ici, ministre de la culture) témoigne de cette reprise en main qui suscite une scission au sein du mouvement, les raves étant maintenant supplantées par les "free partys" ou Teknival. Cette contre-culture n'a toutefois jamais acquis de réelle portée politique.

Vincent Casanova

Éclairage média

Monté comme un clip (montage de plans très brefs), ce reportage entend rendre compte de l'ambiance survoltée qui anime la Techno Parade de Paris. Un fond sonore de musique techno accompagne le commentaire de la journaliste. Diffusé en fin de journal, ce sujet vise aussi à donner une image très bon enfant (beaucoup de jeunes qui se bombent les cheveux pour danser) de la manifestation, rompant avec la marginalité du mouvement techno. En filmant Bertrand Delanöé en train de soulever les branches d'un arbre et en donnant (très brièvement) la parole à Jean-Michel Jarre, il s'agit bien de contribuer à la normalisation d'un phénomène.

La télévision entreprend ici le processus de digestion de l'underground, processus dont elle est coutumière se nourrissant de toutes les tendances nouvelles pour pouvoir se renouveler constamment mais banalisant dès lors ce qui voulait y échapper.

Vincent Casanova

Transcription

Laurence Piquet
La danse du poisson, la transe de tous les allumés de la techno, ils s'étaient donnés rendez-vous au pied de la Tour Eiffel. 120 000 personnes attendues au départ du cortège. Sur le parcours électronique, une vingtaine de bus venus de toute la France, les rois de la fête, les DJ, magiciens de la platine.
(Musique)
Inconnue (1)
On s'amuse comme des petits fous.
Inconnue (2)
On s'éclate, c'est trop bien !
Laurence Piquet
Des jeunes qui s'éclatent, la techno c'est fait pour se défouler et vous, Jean-Michel Jarre, vous dansez ?
Jean-Michel Jarre
Evidemment et vous ?
Laurence Piquet
Attention aux marronniers, Bertrand Delanoë, candidat socialiste à la Mairie de Paris, est aussi de la fête. Un carnaval dans lequel l'art réside aussi dans la façon de se déguiser et de se peinturlurer.
(Musique)
Laurence Piquet
Sans se presser, le grand convoi traverse le pont de l'Alma direction les beaux quartiers. Une nouveauté, cette envie d'aller danser dans un 16ème huppé et médusé. Une façon de refuser la marginalité.
Inconnu
Il y avait tellement de répression autour de ce mouvement-là, que depuis 3 ans, avec les autorisations de «Pouvoir faire la fête dans la rue», c'est une reconnaissance.
Laurence Piquet
Ce soir, pas de grand concert, le budget de la parade a été diminué de moitié. Résultat, c'est dans des salles privées que les fans de techno vont continuer à danser.

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