L'épopée du Tour de France

22 juillet 1948
01m 44s
Réf. 01304

Contexte historique

Créé en 1903 par le journal L'Auto, le Tour de France est dès ses débuts à la fois un moment sportif et un produit médiatique. Inventé par les journaux, il est raconté comme un récit épique et devient une épopée des temps modernes. Dans les années 30, la radio s’'en empare et en fait un des hauts lieux de ses reportages. Interrompu pendant la Seconde Guerre mondiale, il reprend en 1947.

D'emblée, c'est une grande réussite sportive qui se dénoue le dernier jour seulement au profit du Breton Jean Robic. En 1948, Louison Bobet forge le début de sa légende. Certes, le Tour est gagné par l'Italien Gino Bartali. Mais il est aussi marqué par Bobet. Il le finit à la quatrième place. Il épate par sa volonté de gagner, notamment lors d'une ascension du col de Turini par une journée de gros soleil. On salue alors le grand espoir du cyclisme français ; on souligne sa belle allure, sa générosité, son courage. Le mythe de Louison est né. L'année suivante, la diminution de son nom à son prénom signale son entrée dans le registre épique.

C'est cette figure qui inspire Roland Barthes dans son chapitre consacré au Tour de France dans Mythologies (1959). Ecologique et populaire, le vélo devient le vecteur privilégié de la publicité (Bobet contribua à la célébrité de la marque nantaise des cycles Stella), cultivant l'identification des consommateurs aux héros. Dans les années suivantes, le cyclisme connaît son âge d'or. Filmé par les actualités télévisées et suivi par les Français chaque semaine dans les salles de cinéma, la Grande Boucle se constitue en patrimoine national, avec le maillot jaune comme étendard de la "France de juillet" qui redécouvre, à chaque début des grandes vacances, son territoire.

Vincent Casanova

Éclairage média

Produit par les Actualités françaises et donc diffusé en salle de cinéma, ce document est constitué d'une série de plans des cyclistes pédalant lors des différentes étapes et de leur arrivée triomphale. C'est le commentaire et la musique (volontiers figuraliste c'est-à-dire que la mélodie monte quand les cyclistes grimpent par exemple) qui assurent aux images leur dimension épique.

La réitération des noms (Bartali et Bobet principalement) permet de distinguer des héros, des phrases courtes rendent l'énergie nécessaire à l'exploit sportif, la vaillance des coureurs étant renforcée par des hyperboles ("Bobet se défend jusqu'à la limite de ses forces"). Cette dimension se construit également sur la métaphore du combat ("après une bataille terrible") ce qui à peine quelques années après la fin de la guerre vient rappeler à quel point le sport se fonde sur l'affrontement des sentiments nationaux.

Vincent Casanova

Transcription

Commentateur
Le col de Turini donne à Louison Bobet l'occasion de montrer sa vitalité, il fait un gros effort pour consolider sa position de leader et après avoir entraîné quelques compagnons de fuite, il les bat au sprint en arrivant à Cannes.
(Musique)
Commentateur
Cannes, Briançon puis l'étape la plus dure du tour, beaucoup de coureurs comme Jomeaux furent gravement accidentés, d'autres comme Diot firent des chutes douloureuses. Les voitures suiveuses elles-même ne furent pas à l'abri d'accidents puisque celle-ci tomba dans un précipice de 300 mètres.
(Musique)
Commentateur
Le lendemain dans Briançon-Aix-les-Bains, Bartali affirma définitivement ses prétentions au maillot jaune et détruisit d'un seul coup les espoirs de tous ses adversaires. Par contre Guy Lapébie stupéfia les plus avisés en maintenant très près du champion italien.
(Musique)
Commentateur
La victoire de Bartali n'alla pas cependant sans que le jeune Bobet se défendit jusqu'à la limite de ses forces.
(Musique)
Commentateur
Après une bataille terrible, Bartali, Brulé et Bobet restent seuls invaincus.
(Musique)
Commentateur
Puis Brulé est distancé, Bartali crève et Bobet reste seul poursuivi par un premier peloton.
(Musique)
Commentateur
Mais Bartali se lance dans une chasse extraordinaire, remonte tout le monde et réussit encore l'exploit de gagner l'étape. Maurice Chevalier, Charles Pélissier et André Leduc semblent apprécier la performance de celui que les italiens appellent à juste titre, le «Campionissimo» ainsi que le courage et le panache avec lesquels Bobet a défendu sa chance.