La France gagne la Coupe Davis

02 décembre 1991
02m 33s
Réf. 01305

Notice

Résumé :

L'équipe de France de tennis emmenée par Yannick Noah fête leur victoire de la Coupe Davis contre l'équipe américaine.

Date de diffusion :
02 décembre 1991

Contexte historique

Depuis l'époque de Suzanne Lenglen et des "Mousquetaires" (Jean Borotra, René Lacoste,"Toto" Brugnon et René Cochet) qui surclassaient dans les années 20 toutes les équipes du monde entier et pour qui fut construit le stade Roland-Garros et créé le tournoi annuel sur terre battue, le tennis constitue l'un des sports, si ce n'est parmi les plus pratiqués (l'équipement coûte cher), parmi les plus suivis par le public en France. Celui-ci n'a pourtant apporté que peu de grandes victoires depuis les années 20 dans les 4 principaux tournois dits du Grand Chelem. A Roland-Garros, seuls Marcel Bernard en 1946 et Yannick Noah en 1983 ont remporté le trophée.

Toutefois, pendant 15 jours, une fois par an, la télévision française (et dans une certaine mesure une partie de la France) vit au rythme du spectacle, retransmettant tous les après-midis les matchs, s'assurant régulièrement de nouveaux records d'audience. La Coupe Davis, fondée en 1900, occupe une place particulière car elle introduit dans un sport le plus souvent individuel (l'exception étant le double) un esprit d'équipe. Ce ne sont plus en effet des joueurs qui s'opposent mais des pays. De fait, les matchs fédèrent une nation contre une autre et la victoire acquiert toujours une portée symbolique. En 1991, la finale se déroule à Lyon et voit la victoire de l'équipe de France, formée en particulier d'Henri Leconte et Guy Forget et entraînée par Yannick Noah, face à l'équipe américaine formée de Pete Sampras et André Agassi. La France gagne alors sa première finale depuis 1932, c'est-à-dire depuis l'époque des "Mousquetaires", ce qui la fait entrer dans l'histoire du sport français et l'érige au statut d'événement. De plus, en l'emportant sur les Etats-Unis, la première puissance mondiale, le sentiment national sort renforcé.

C'est que le sport depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est devenue l'un des éléments essentiels de la culture, à la fois par sa pratique et sa médiatisation toujours plus importante. Les sportifs sont régulièrement classés en tête dans les sondages des personnalités préférées des Français, éclipsant acteurs de cinéma et surtout hommes politiques. Yannick Noah, qui depuis la fin de sa carrière sportive, a entamé une carrière de chanteur (Saga Africa est l'un de ses premiers titres), apparaît ainsi comme l'une des nouvelles idoles, ses succès sportifs et musicaux lui assurant une notoriété incomparable.

Vincent Casanova

Éclairage média

La nuit qui a suivi la victoire dans la Coupe Davis de l'équipe de France de tennis fait l'ouverture du journal télévisé de la mi-journée du lendemain, comme elle l'a fait la veille au soir. Le sport est régulièrement ainsi placé aux premières loges de l'actualité, attestant du statut qu'il a acquis dans les sociétés contemporaines mais aussi des liens qui l'unissent à la télévision. Celle-ci en est en effet une importante consommatrice. Une fois parvenus à un certain niveau de la compétition, les matchs de l'équipe de France de tennis par exemple sont intégralement diffusés, les programmes habituels pouvant même s'adapter en cas de prolongations imprévues. Il s'agit ainsi, à de rares exceptions près, des seuls moments de diffusion en direct, ce qui est perçu comme un puissant moyen d'émotion auprès du téléspectateur, par l'imprévu qu'il recèle notamment.

Par ailleurs, la télévision transforme chaque victoire individuelle ou collective en une victoire de la France tout entière ; elle érige au statut d'événement historique aux résonances internationales un fait qui s'il concerne une équipe étrangère fait à peine l'objet d'une mention en fin de journal. En cela se marque bien le chauvinisme intrinsèque du sport et de la télévision.

Vincent Casanova

Transcription

Claude Hervé
Bonjour et comment ne pas commencer par l'exploit historique des joueurs français. Des joueurs de tennis, bien sûr ! Ils ont enthousiasmé la France entière et fait pleurer tous les passionnés, hier, en remportant la Coupe Davis. Et ne croyez pas que l'évènement soit strictement hexagonal ! Il y a déjà un retentissement international, dans tous les pays qui se passionnent pour le tennis, même en Grande-Bretagne, qui n'a plus d'équipe de tennis. Regardez, par exemple, le Daily Mail de ce matin, une dernière page entièrement consacrée à l'exploit. «Vive la France», en Français s'il vous plaît, pour un journal qui n'est pas du tout francophile d'habitude. La nuit dernière, en tous cas, l'équipe de France a fêté l'événement comme il se doit, à Lyon. Voici les images d'après match que vous n'avez pas encore vues nulle part. Philippe Petter, Jean Mamère.
Jean Mamère
Pour une fête, ce fut une fête. Tout d'abord sur le terrain, celle des copains. Joie, pleurs, fatigue, tout est oublié, tout ce mélange en un seul mot, amitié.
(Silence)
Jean Mamère
Famille aussi. Chacun essaie de retrouver les siens. Un moment inoubliable, à graver sur la pellicule, ce que Yannick Noah, avec une grande lucidité, n'oublie pas de faire.
(Silence)
Jean Mamère
Inoubliable aussi, cette petite lettre de Maxime à son papa, Henri Leconte. Avec pour clore ces instants de délire, la saga des Français.
(Silence)
Jean Mamère
Gerland tout entier est retourné. Puis la folie se calme, c'est l'heure des trophées, l'heure où les vaincus rendent hommage aux vainqueurs.
(Silence)
Jean Mamère
De tous ces moments-là, c'est cette image que l'histoire retiendra.
(Silence)
Jean Mamère
Mais une victoire, la plus belle soit-elle, a ses rites et ses coutumes. Les Français attendaient depuis 59 ans de refaire des gestes, dont seuls les très anciens, comme Jean Borotra, pouvaient se souvenir. Ovations, réception, banquet officiel, discours, certains grimacent, d'autres apprécient moyennement, et puis certains visiblement, ces instants si particuliers. Enfin la nuit enveloppe irrésistiblement ces héros fatigués, des instants qui n'appartiennent plus qu'à eux, mais ça c'est du délire où je ne m'y connais pas !