Les Paravents de Jean Genet mis en scène par Jean-Louis Barrault

13 avril 1966
02m 07s
Réf. 01307

Notice

Résumé :

A l'occasion de la mise en scène en 1966 des Paravents, Jean-Louis Barrault décrit le théâtre de Jean Genet.

Type de média :
Date de diffusion :
13 avril 1966

Contexte historique

Jean-Louis Barrault accède à la direction du théâtre de l'Odéon rebaptisé Théâtre de France en 1959 ; il y est nommé par André Malraux, ministre des Affaires culturelles. Barrault est déjà un comédien et metteur en scène reconnu. Des Enfants du Paradis de Marcel Carné en passant par ses spectacles à la Comédie française (Phèdre de Racine et surtout Le Soulier de satin de Paul Claudel) dans les années 40 puis au théâtre Marigny dans les années 50, il s'est imposé comme l'une des figures majeures du théâtre après-guerre avec Jean Vilar.

Animateur dynamique d'un théâtre vivant, Barrault est aussi chef de troupe, s'entourant d'acteurs comme Madeleine Renaud qui obtient un triomphe personnel avec Oh les beaux jours !  de Samuel Beckett monté par Roger Blin à l'Odéon. C'est au même qu'il confie le soin de mettre en scène Les Paravents de Jean Genet, assumant ainsi la présence du théâtre au coeur de l'actualité la plus brûlante ; la représentation de cette oeuvre, qui fait allusion à la guerre d'Algérie et condamne le colonialisme et la racisme, entraîne de violentes manifestations.

Né en 1910, Jean Genet devient écrivain et homme de théâtre après 1945. C'est grâce à la complicité et au soutien de Jean Cocteau puis de Jean-Paul Sartre qu'il sort de sa vie de voleur (de livres) et d'errance qui l'a mené dans toute l'Europe et à plusieurs reprises en prison. Les Bonnes, Les Nègres ou bien encore Le Balcon témoignent d'un théâtre de la transgression, à la portée de plus en plus politique, Genet renonçant à la littérature à la fin des années 60 pour s'engager dans le combat des Black Panthers et des Palestiniens. Pour Genet, "le monde des vivants n'est jamais trop loin de moi. Je l'éloigne le plus que je peux par tous les moyens dont je dispose". Son éloge de la trahison, de l'infamie, accompagné d'une théorie paradoxale de la sainteté et de la beauté, le conduit à une véritable mystique poétique. Ses pièces sont devenues des classiques du théâtre de l'après-45.

Vincent Casanova

Éclairage média

Assis derrière son bureau au Théâtre de France-Odéon au moment de la création des Paravents de Jean Genet, cet entretien avec Jean-Louis Barrault respecte la parole de l'artiste. Le journaliste, totalement effacé (on ne le voit pas et ses questions ont été coupées au montage), semble absent et seul Barrault, tel un professeur, expose et résume au téléspectateur le sens de la pièce. Filmé en plan fixe, cet entretien pourrait être en fait un entretien radiophonique dans la mesure où l'image importe peu, si ce n'est que la télévision permet de mettre un visage.

C'est que la télévision est encore à l'époque conçu comme un instrument à la fois d'information et d'éducation. Les grandes représentations théâtrales de la saison y sont diffusées, les grands intellectuels entendus. En phase avec la politique culturelle de Malraux bien que gérée par le ministère de l'Information d'Alain Peyrefitte, la télévision est totalement intégrée à la politique d'édification de la grandeur de la nation conçue par le Général de Gaulle.

Vincent Casanova

Transcription

Inconnu
Une oeuvre comme «Les paravents» de Genet ont leur place exactement au Théâtre de France. Car le théâtre de France doit être... doit servir les auteurs modernes et doit présenter des oeuvres de combat. Il y a de grands risques dans «Les paravents» de Genet mais ils sont justifiés par la profondeur, la qualité, la solidité, la densité et l'importance de l'oeuvre. Genet est un grand poète de théâtre, il a un sens aigu de la scène, de l'effet dramatique, il a une sorte de génie véritable du langage et «Les paravents» constituent une oeuvre certainement importante dans la création du théâtre français contemporain. Le thème, vous le connaissez, il a comme point de départ le drame de l'Algérie mais il s'élève très rapidement sur un plan qui généralise le problème et qui rejoint les problèmes éternels des hommes. Il y a d'un côté, bien sûr, les Algériens, de l'autre côté, les Européens et Genet est une espèce de chevalier anarchiste qui juge le problème avec une impartialité hautaine et qui dégage de ce sujet le fait que la misère est toujours entre les deux camps, on ne s'en occupe jamais tout à fait autant qu'on le devrait. Et quand il n'y a plus rien à faire, la misère n'a plus qu'à avoir recours au mal. Voilà la thèse de la pièce. Ou si l'on veut lui trouver un sens, une signification à ces «Paravents», ce sont les paravents derrière lesquels les gens abritent leur égoïsme, leur sordidité, leur cupidité, leur vulgarité, etc… Toujours aux dépens de cette misère dont on ne s'occupe jamais assez.

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