Le renouveau de la musique baroque

03 octobre 1987
03m 54s
Réf. 01321

Notice

Résumé :

À l’occasion du tricentenaire de la mort de Jean-Baptiste Lully, le château de Versailles recrée les festivités telles qu’elles se déroulaient sous Louis XIV.

Date de diffusion :
03 octobre 1987

Contexte historique

Après l’exceptionnelle vitalité que connaît la musique contemporaine en France dans les années 1950-1960, celle-ci entre en crise au cours des années 70, le public se détachant des expérimentations de plus en plus poussées notamment électroacoustiques que les compositeurs réalisent. Face à ce qui est perçu comme une impasse, la grande évolution sonore à partir des années 80 consiste à faire du neuf avec du vieux, c’est-à-dire à ressusciter un patrimoine musical perdu : celui de la musique baroque.

Jouer "baroque", c'est rompre notamment avec les traditions d'interprétation héritées du XIXe siècle pour essayer de restituer avec le plus d'authenticité possible la musique des XVIIe et XVIIIe siècles. Au départ vigoureusement moqués et attaqués ils sont accusés de faire régresser la musique et on les affuble du nom de "baroqueux" les musiciens tenant de ce retour font redécouvrir et ressurgir tout un répertoire oublié et méprisé. Des oeuvres des compositeurs français comme Rameau, Charpentier et surtout Jean-Baptiste Lully, qui avait été l'un des compositeurs officiels de la cour de Louis XIV, sont rejouées, parfois pour la première fois depuis leur création. Atys de Lully fut par exemple recréé en 1987 au Théâtre du Châtelet et mis en scène avec succès par Jean-Marie Villégier, celui-ci collaborant au plus près avec la chorégraphe Francine Lancelot pour le règlement scrupuleux des scènes dansées.

Nikolhaus Harnoncourt en Autriche, Gustav Leonhardt en Allemagne, en France William Christie et Jean-Claude Malgoire se sont engagés aussi résolument dans ce combat. Le succès des "baroqueux" a reposé également sur l’appui de l’État ici par la voix du ministre de la culture François Léotard qui y a vu aussi bien un moyen de faire revenir le public dans les salles de concert que l’expression de la grandeur de la France. En effet, la musique baroque est venue rappeler le rayonnement politique et culturel de la France en Europe au cours de ce qui a été appelé le Grand Siècle. C’est dans cet esprit qu’est créé en 1987 le Centre de musique et de danse baroque de Versailles dont la direction est confiée au musicologue Philippe Beaussant. Le marché du disque a trouvé également là un moyen de renouveler les collections des mélomanes au moment où le CD était lancé ; ce relais économique puissant n’a pas été pour rien dans le succès commercial de la musique baroque. Ce retour à la tradition a pu être interprété enfin comme une crainte face à la création contemporaine, symptomatique d’une époque qui veut conserver la mémoire de tout, se repliant sur le passé et craignant l’avenir. Il a en tout cas entériné la crise des avant-gardes musicales.

Vincent Casanova

Éclairage média

Le journal télévisé accorde rarement de la place à la musique classique. Et quand elle le fait, c’est uniquement à la fin, comme pour tout ce qui relève de l’actualité culturelle. L’occasion néanmoins est belle car, pour une fois, la musique vient résonner dans un des lieux de France les plus visités, le château de Versailles. La reconstitution des festivités organisées pour le tricentenaire de l’un des plus fameux compositeurs, dont l’art n’est pas même évoqué, est le prétexte à un reportage qui alterne images volontairement décoratives, presque exotiques (les ballets de danse baroque), et entretiens avec les deux acteurs principaux de cette résurrection. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit de créer l’événement, de montrer l’aspect exceptionnel de cette recréation, tout en rappelant la légitimité de ce spectacle. En somme, la musique est réduite ici à son rôle d’animation dans la vie culturelle française; la dimension spécifiquement esthétique des oeuvres interprétées est passée sous silence.

Vincent Casanova

Transcription

Daniel Bilalian
On termine en musique avec le tricentenaire de la mort de Jean-Baptiste Lully, le musicien de Louis XIV qui a été fêté, aujourd'hui, dans les jardins du château de Versailles. Et ce ne sera pas une fête sans lendemain puisque les pouvoirs publics ont l'intention de faire de Versailles non seulement le lieu de visite qu'il est déjà mais aussi un centre musical de musique baroque. Dominique Verdeilhan.
Dominique Verdeilhan
Versailles avait, aujourd'hui, des allures de grand siècle : grandes eaux musicales mais aussi concerts de musique sacrée, danses de ballet et de théâtre dans la cours de marbre et grand motet inédit pour célébrer Jean-Baptiste Lully, compositeur florentin, devenu écuyer et secrétaire du roi Louis XIV. Une manifestation qui marque aussi la concrétisation du projet de mise en valeur du domaine national de Versailles.
Philippe Léotard
Notre objectif est de faire, à partir de la musique, qui doit retrouver Versailles, se réintroduire dans Versailles, un peu ce que les Allemands ont fait entre Bayreuth et Wagner ou les autrichiens entre Salzbourg et Mozart. Et nous pouvons trouver le même lien entre Versailles et la musique baroque. Pas simplement Lully, mais également Rameau, Couperin, enfin cette musique a été l'une des premières musique d'Europe à ce moment là.
Dominique Verdeilhan
Un saut de trois siècles pour saluer en musique la création du centre international de musique baroque, présidé par Jean Claude Malgoire, chef d'orchestre de réputation mondiale. Diffusion, pédagogie et recherche musicale sont les trois missions de ce centre. Le répertoire baroque est très mal connu. Aujourd'hui, en France, seulement 5% des oeuvres sont jouées.
Jean-Claude Malgoire
Il y a encore une bonne vingtaine d'opéra de Lully, de Rameau et d'autres compositeurs moins prestigieux mais tout aussi honnêtes sur le plan de la qualité musicale comme Campra, comme Marin Marais, Delalande, etc.
Interviewé
Et c'est toute cette musique qui reste à découvrir de façon à ce que cette musique sonne, soit attendue et soit jugée, appréciée à sa juste valeur.
Journaliste
Aujourd'hui, Jean Baptiste LULLY, le musicien soleil de la cours du Roi Louis XIV, a redonné sa majesté au palais des eaux. Même le soleil était au rendez-vous.