Angelin Preljocaj et la danse contemporaine

12 décembre 2003
02m 28s
Réf. 01329

Notice

Résumé :

À l’occasion de la représentation de Near Life Experience au Théâtre de la Ville, Angelin Preljocaj décrit sa manière de travailler.

Date de diffusion :
12 décembre 2003
Date d'événement :
12 février 2003
Source :

Contexte historique

À partir des années 1980, dans la perspective d’une démocratisation de la culture, la hiérarchie traditionnelle opposant arts majeurs et arts mineurs est bouleversée. Le cirque, la photographie mais aussi la danse font l’objet d’une promotion rapide orchestrée par le ministère de la culture dirigé par Jack Lang depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Longtemps fille de la musique, la danse revendique et obtient son indépendance ; elle dispose ainsi d’une administration autonome au ministère de la culture. C’est à cette époque, dans le sillage du mouvement de décentralisation culturelle, que se multiplient les Centres chorégraphiques nationaux et les festivals.

C’est ainsi qu’Angelin Preljocaj, après avoir obtenu en 1984 le prix du ministère au Concours de chorégraphie de Bagnolet, monte sa compagnie, s’installant dans un premier temps en banlieue parisienne pour rejoindre depuis le milieu des années 1990 la ville d’Aix-en-Provence. Le travail qu’il y mène avec sa troupe est l’une des tendances emblématiques de la danse contemporaine d’aujourd’hui. Si la présence de la danse classique s’est estompée au profit d’expressions plus libres, très influencées par la "modern dance" américaine de Martha Graham et Merce Cunningham auprès de qui Angelin Preljocaj s’est en partie formé, son travail reste empreint d’une élégance souvent classique dans l’attention qu’elle donne à la stylisation du geste et du mouvement. De même, son rapport à la musique, que ce soit la musique du groupe d’électronique Air ou celle d’oeuvres de musique classique comme Noces de Stravinsky, est avant tout fondé sur une adéquation des rythmes du corps et des sons (le groupe électronique Air a cherché leur "osmose").

S'il intègre bien l'improvisation et la gestuelle quotidienne ou des démarches encore plus théâtrales, Preljocaj envisage son art entre tradition et modernité. Le chorégraphe est invité aussi bien par le ballet de l'Opéra de Paris que par les scènes de la banlieue parisienne ; ses productions ont fait de lui l'une des figures établies de la danse contemporaine française d'aujourd'hui. Near Life Experience, dont il est question dans ce reportage, illustre bien cet art synthétique : ballet harmonieux, blancheur extatique des corps d'un côté et convulsion, transe, déchirement de l'autre.

Vincent Casanova

Éclairage média

Diffusé en fin de journal télévisé, ce reportage est tout entier composé dans la perspective de dire la légitimité du travail chorégraphique d’Angelin Preljocaj sans pour autant la commenter en détail. La parole donnée à un danseur du ballet de l’Opéra de Paris, Kader Belarbi, vient ainsi rassurer ceux qui pourraient être effrayés par le halo de modernité qui entoure Preljocaj. De la même manière, on insiste sur le travail "forcené" du chorégraphe, comme pour rappeler que la danse contemporaine, ce n’est pas n’importe quoi. L’idée est même figurée par la chute en répétition d’un danseur. Par ailleurs, ce nouveau spectacle est présenté sous un jour neutralisé. Les parties plus "hystériques" ne sont pas montrées, à peine évoquées par l’un des interlocuteurs. Le titre et d’une certaine manière le propos du spectacle ne sont pas restitués. On ne sait rien de cette interrogation sur les frontières de la vie qu’explore Preljocaj. L’entretien avec le groupe électronique Air qui a conçu la musique vient donner une caution "branchée" mais est surtout un moyen d’inclure le travail du chorégraphe dans un réseau de références connues hors du domaine de la danse et permettant de susciter la curiosité du téléspectateur.

Vincent Casanova

Transcription

Béatrice Schonberg
Au théâtre de la ville à Paris, la nouvelle création du chorégraphe emblématique Angelin Preljocaj, le corps exprime les sensations les plus secrètes. Bruno Le Dref, Matthieu Dreujou.
Danseuse
Au moins cinq! Vous êtes au moins cinq dans la salle. Est-ce que vous allez bien ?
Journaliste
Ca n'allait pas trop mal pour les danseurs du ballet Preljocaj, à quelques heures de la générale. Ultime répétition pour prendre possession de la scène du théâtre de la ville. Douze danseurs, six femmes, six hommes, un mélange de nationalités.
Angelin Preljocaj
Oui, c'est bien là.
Journaliste
Chez le français d'origine albanaise, Prejlocaj, on parle japonais, chinois, anglais, suédois ou encore italien. Douze danseurs et un chorégraphe dont la réputation de forcené de travail n'est plus à faire.
Angelin Preljocaj
Tire, tire, tire, tire, voilà et là tu relâches.
Journaliste
La chute c'est pour la répétition. Pour le spectacle, les corps retrouvent leur fluidité. Et le travail d'assemblage des uns avec les autres fait merveille.
Angelin Preljocaj
Je travaille beaucoup à partir d'improvisations au départ qui m'inspirent énormément, en fait, et c'est vraiment un jeu de ping-pong avec les danseurs qui m'apportent une part énorme de leur personnalité, de leur créativité.
Journaliste
Angelin Preljocaj a bâti son ballet avec une musique originale écrite par le groupe Air. Air c'est ça : deux jeunes français qui ont conquis l'Angleterre et les Etats-Unis avec leur musique électronique et qui ont découvert, ici, un nouveau monde.
Nicolas Godin
Pour nous, c'était un vrai travail de désapprendre à faire de la musique, finalement, pour revenir à la source du son et pour arriver à être en osmose avec le mouvement des corps et pas forcément que les gens écoutent une musique mais plus ressentent une pulsion.
Journaliste
Une pulsion ressentie avec enthousiasme par l'un des grands danseurs contemporains, spectateur de cette générale.
Kader Belarbi
On est dans l'eau, on est dans les éléments puisqu'il y aussi le feu pour des parties qui sont un peu plus hystériques, donc il touche finalement à tous ces sens à travers le corps. Il rend visible ce qui est peut-être invisible
Journaliste
Prejlocaj rend surtout visible son talent et celui de ses danseurs dans un ballet où la performance physique et la musique tentent de définir un nouvel espace.