Faut-il développer la bombe H ?

02 février 1950
01m 30s
Réf. 01403

Notice

Résumé :

En 1950, soit un an après l'explosion de la bombe A soviétique, les Etats-Unis s'interrogent sur la nécessité de mettre au point une bombe "H" à hydrogène. Cette bombe fonctionnerait sur le principe de la fusion thermonucléaire.

Date de diffusion :
02 février 1950

Contexte historique

La bombe atomique, dite bombe "A" fut mise au point à Los Alamos (Nouveau Mexique, Etats-Unis) dans le cadre du Projet Manhattan. Ce groupe de recherches réunissait mathématiciens, physiciens et ingénieurs, notamment les savants qui avaient fui les totalitarismes européens. A la fin de la guerre, le projet Manhattan devient le Comité atomique, groupe d'experts appelé à se prononcer sur les armes stratégiques.

C'est très tôt que le principe d'une bombe plus puissante que la bombe A est énoncé. Dès 1941, les physiciens Enrico Fermi (1901-1954) et Edward Teller (1908-2003) avaient en effet suggéré qu'une bombe utilisant le principe de la fusion nucléaire, à l'instar de la production d'énergie solaire, produirait une énergie bien supérieure à celle obtenue par la fission des atomes d'uranium et en proposent un modèle. Après le succès relatif de la bombe atomique, succès technique et scientifique, mais désastre humain et moral, les Etats-Unis abandonnent provisoirement l'idée de mettre au point une arme de puissance supérieure. Or, dès le 29 août 1949, dans un contexte de guerre froide qui voit une concurrence géostratégique acharnée entre les deux puissances, l'explosion de la bombe atomique soviétique repose le problème des armes stratégiques. Les membres du Comité atomique sont encore très partagés sur l'intérêt de produire une bombe à hydrogène : le mécanisme de la bombe, qui utilise la chaleur d'une bombe à fission, semble irréalisable. Le Comité, à la tête de laquelle se trouve Robert Oppenheimer, s'oppose fermement aux travaux de développement sur la bombe H, dont l'usage contre le territoire de l'Union Soviétique, bien moins urbanisée que les Etats-Unis, restait discutable. Mettant fin aux discussions, le président Truman prend la décision d'entreprendre un nouveau programme nucléaire le 31 janvier 1950.

Les difficultés conceptuelles sont en partie résolues grâce aux travaux du mathématicien Stanislaw Marcin Ulam (1909-1984) qui pense à utiliser les ondes de choc produites par une bombe A, et non la chaleur, pour comprimer la matériau de fusion avant d'initier la réaction. Avec le physicien Teller, ils finalisent un modèle à deux étages, où une bombe A initialise la réaction, dont les rayons gamma servent à comprimer le deutérium (hydrogène à deux nucléons, un proton et un neutron) pour provoquer la réaction de fusion, entraînée par un coeur atomique de plutonium. L'explosion de la bombe H-test a lieu en 1952.

Christelle Rabier

Éclairage média

Deux jours après la décision du président Truman de lancer le programme de recherches sur la bombe H, les Actualités Françaises ne rendent compte que des débats qui ont agité le Comité atomique à partir d'images d'une réunion de la Commission et d'interventions publiques des opposants de la bombe H (David Lilienthal, de la Commission atomique ; Drew Pearson, journaliste). Le réalisateur reprend, par son commentaire, une partie des arguments des adversaires de la nouvelle arme atomique. Faute d'un modèle permettant d'expliquer le fonctionnement de la bombe, le réalisateur propose de montrer les images, spectaculaires, d'une éclipse solaire, qui représentent les effets de la réaction thermonucléaire que les savants cherchent à mettre au point. Pour en faire comprendre la puissance, on utilise des animations donnant une idée de l'échelle des destructions produites par un engin de cette puissance. A ces animations d'une situation fictive, s'ajoutent les images, elles aussi spectaculaires, de la première explosion atomique à forme caractéristique de champignon et les vues aériennes de la ville de Hiroshima.

Ces images de terreur et de désolation ont bouleversé l'opinion à la fin de la guerre et ont suscité une grande partie de l'hostilité envers la poursuite de l'armement atomique. La mention " d'après A. Labarthe de Constellation " dans le générique reste mystérieuse : André Labarthe, directeur de la revue Constellation a peut-être utilisé la production de petits documents audiovisuels, mis à disposition des Actualités Françaises, pour faire la promotion de sa revue.

Christelle Rabier

Transcription

(Musique)
Commentateur
Le monde est à la croisée des chemins, faudra t-il une bombe à hydrogène pour assurer la défense des Etats-Unis ? Telle est la question pathétique que se posent le Président Truman et les membres de la Commission atomique. C'est Drew Pearson, le célèbre journaliste américain qui a dévoilé au monde ce cas de conscience décisif pour l'avenir des hommes. David Lilienthal, membre influent du comité atomique et savant réputé, hésite devant cette menace d'apocalypse et parle de démissionner. Qu'est-ce que la bombe H comme on dit ? Simplement la reproduction sur notre terre du feu du soleil obtenue par la transmutation de l'hydrogène en hélium telle qu'elle s'accomplit constamment dans le soleil et les étoiles à une température de plusieurs millions de degrés. La bombe atomique déjà réalisée aux Etats-Unis et en URSS servirait d'amorce à la bombe H comme une allumette mettant le feu à une poudrière et la terre verrait alors ces cataclysmes enregistrés ici à la surface solaire, fournaise gazeuse de millions de degrés et explosion atomique s'élevant à des centaines de milliers de kilomètres. Ainsi une seule bombe H tombant sur Paris suffirait à calciner la ville et sa banlieue, de même qu'un nombre relativement restreint de ces engins rayerait la France et ses habitants de la carte du monde.
(Musique)
Commentateur
On en arrive alors à la guerre aux presse-boutons, à l'effacement des civilisations et à la mort statistique. Et devant l'hypothèse d'une semblable catastrophe, on se demande si les hommes ne sont pas devenus des géants avant d'avoir mérité d'être des hommes.

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