La France et la houille bleue : la centrale marémotrice de la Rance

18 mars 1966
06m 30s
Réf. 01425

Notice

Résumé :

L'estuaire de la Rance est en train d'être profondément aménagé en vue de la construction de la centrale marémotrice de la Rance. Le documentaire s'attache à en expliquer les modalités de fonctionnement.

Type de média :
Date de diffusion :
18 mars 1966
Source :

Contexte historique

La France des Trente Glorieuses a un appétit insatiable d'énergie. Rien ne doit en effet freiner la croissance économique garante du plein emploi. De manière continue depuis la Libération, les gouvernements successifs ont tout fait pour diversifier les sources d'approvisionnement énergétique. Aux côtés du pétrole, une place particulière doit être faite à l'hydroélectricité et au nucléaire dans la mesure où ils participent tous deux de la construction d'une relative indépendance énergétique. La construction de la centrale marémotrice de la Rance s'inscrit dans ce projet tout en faisant partie du développement de la Bretagne.

D'un point de vue technique, la centrale marémotrice prend place dans le cadre général de l'hydroélectricité, connu par exemple pour les centrales au fil de l'eau (qui barrent un cours d'eau et obtiennent l'énergie de son courant) ou à conduite forcée (qui nécessitent la construction de barrages en montagne). Une centrale marémotrice tire quant à elle parti de la différence de niveau entre les deux marées. On construit donc un barrage qui retient les eaux à marée haute. Lorsque les eaux de la mer sont suffisamment redescendues on lâche les eaux retenues en direction des turbines qui, par leurs rotations, produisent l'électricité.

L'originalité de l'usine de la Rance est de fonctionner également à marée montante, ce qui accroît considérablement son rendement. La centrale de la Rance a été la première centrale marémotrice dans le monde. Elle dispose d'une puissance installée de 240 MW et produit en moyenne 0,5 TWh par an.

Raphael Morera

Éclairage média

Le reportage débute par une présentation du site de l'estuaire de la Rance. Le survol de l'espace concerné par les travaux donne une vision du site en plongée, ce qui produit une sensation de contrôle et de domination de l'espace. La surimpression de la carte renforce cette impression. Les plans suivants, alliés à la citation de Chateaubriand, doivent faire ressortir le contraste entre la Bretagne traditionnelle, sauvage, et la Bretagne moderne, dynamique, symbolisée par l'usine de la Rance. Des entretiens avec un marin et un ingénieur permettent d'ancrer le projet dans les traditions bretonnes : les fortes marées et les moulins à marées. Tradition et modernité sont donc indissolublement liées. La dernière séquence du reportage détaille toutes les composantes de l'usine. L'intention est bien ici de faire apparaître la valeur des ingénieurs français.

Raphael Morera

Transcription

Claude Désiré
Pour tout vous dire, nous sommes au-dessus de la Rance, la Rance que parent désormais sur une longueur de 750 mètres, les quelques 350 000 mètres cubes de béton d'ouvrage.
(Musique)
Claude Désiré
Au-dessus de la Rance dont Chateaubriand écrivit : «Qu'il n'est rien de plus charmant que cette rivière depuis son embouchure jusqu'à Dinan, mélange continuel de rochers et de verdure, de grèves et de forêts, de criques et de hameaux, d'antiques manoirs de la Bretagne féodale et d'habitations modernes de la Bretagne commerçante.»
(Musique)
Claude Désiré
Au-dessus de la Rance, à quelques encablures seulement des deux cités jumelles que sont Dinar et l'agglomération malouine, cités que de tradition, on rallie par les vedettes ou par le bac.
(Silence)
Journaliste
Monsieur, qu'elle est l'amplitude de la marée ici ?
Marin
8 mètres, 8 mètres 50 moyennement, ce qui peut aller jusqu'à 13 mètres dans les plus grandes marées, quoi.
Journaliste
Ce sont les marées les plus sérieuses d'Europe, en quelque sorte, comment expliquer cela ?
Marin
Certainement, c'est dû à la réunion de deux océans, quoi, les mers du Nord, la Manche avec l'Atlantique et puis alors l'opposition de la presqu'île de Cotentin qui forme…
Journaliste
... un barrage
Marin
... un barrage, en somme quoi.
Commentateur
L'amplitude de la marée dans l'estuaire de la Rance, ce n'est pas un vain mot. Ce document va vous le prouver.
(Musique)
Commentateur
Même les habitués s'y laissent prendre et s'échouent. A vrai dire, à l'ombre des remparts de Saint-Malo, il y a des siècles que l'énergie de la marée a été domestiquée dans des moulins à marées.
Journaliste
M. Raynaud, quel était le principe de fonctionnement de ces moulins à marées ?
Raynaud (Monsieur)
Le principe était très simple, il consistait à barrer une petite crique comme celle dans laquelle nous nous trouvons par une digue sommaire équipée d'une vanne largement dimensionnée. A marée montante, la vanne était ouverte, la mer remplissait ce bassin et à l'étale de pleine mer, on refermait la vanne puis, au jusant lorsque on avait obtenu une dénivellation suffisante entre le niveau du bassin et le niveau de la mer, on restituait tout le volume d'eau emmagasiné dans le bassin en le faisant passer par une roue analogue à celle de nos moulins de rivière.
Journaliste
Ces moulins en quelque sorte ne fonctionnaient qu'à marées descendantes.
Raynaud (Monsieur)
Ces moulins à marées avaient un fonctionnement qui présentait un double inconvénient, le premier c'est de ne produire de l'énergie qu'à marées descendantes, c'est-à-dire environ 3 ou 4 heures par marée. D'autre part, vous savez que les marées se décalent chaque jour d'environ 50 minutes. Et dans le cas d'une usine marémotrice, ceci était un gros inconvénient puisque une partie de la production aurait pu se situer en heures creuses au moment où l'on a pas besoin d'énergie. Il fallait donc pour améliorer l'exploitation d'une usine marémotrice envisager également la production d'énergie à marées montantes. Le problème était donc de trouver une turbine qui puisse fonctionner dans les deux sens du courant avec des rendements acceptables. Les recherches, les études qui ont été faites dans ce but, ont abouti à la conception des groupes bulbes qui fonctionnent dans les deux sens des courants et avec des rendements acceptables.
Commentateur
Un groupe bulbe, c'est une sorte de sous-marin métallique avec à son extrémité une calotte, l'alternateur et son rotor directement solidaires de la turbine, des aubes fixes pour assurer l'arrimage de l'ensemble dans un conduit horizontal et des aubes mobiles pour régler le débit de l'eau. Enfin la turbine, turbine à 4 pales, 4 pales orientables qui permettent de travailler tant aux hautes eaux qu'aux basses eaux mais essayons de mieux connaître ces différentes parties.
Journaliste
Après l'extérieur, l'intérieur du nez du bulbe, il s'agit d'une calotte de 3 mètres 60 de diamètre pesant 18 tonnes, elle est équipée d'ailettes de refroidissement.
(Silence)
Journaliste
Ici le rotor, c'est une partie de l'alternateur, diamètre 3 mètres 84 avec le stator dans lequel il s'emboîte, poids 65 tonnes.
(Silence)
Journaliste
Ici le mécanisme de manoeuvre du distributeur. Le distributeur est composé de 24 aubes mobiles, chaque aube est commandée par l'intermédiaire de ces bielles et biellettes qui les relient au cercle de vannage. Poids total de l'ensemble, 95 tonnes. Dernière partie, l'ogive avec ses 4 pales, chaque pale mesure 1 mètre 70, pèse 3 tonnes 8. L'ensemble forme une roue, haute de 5 mètres 35, à noter qu'entre l'extrémité des pales et la virole, une tolérance de 5 millimètres seulement est admise. Poids total de ce petit sous-marin, poids total du bulbe, 476 tonnes, chaque bulbe étant appelé à développer une puissance de l'ordre de 10 000 kilowatts, à signaler encore une particularité. Il est possible de pénétrer grâce à une échelle à l'intérieur de chaque bulbe.