Haroun Tazieff, l'amateur de volcans

06 mai 1966
05m 06s
Réf. 01426

Notice

Résumé :

En 1966, l'équipe de "Cinq colonnes à la une" accompagne le volcanologue Haroun Tazieff sur l'Etna. Celui-ci explique ce qu'est une coulée de lave et présente les risques auxquels s'expose le vulcanologue.

Type de média :
Date de diffusion :
06 mai 1966
Lieux :

Contexte historique

Parmi les sujets de films d'observation de la nature, les volcans furent, avec les animaux, privilégiés. Aujourd'hui les films de volcans sont réalisés plus souvent par des journalistes qui mettent en scène les scientifiques comme acteurs ou comme commentateurs pour des reportages ou des films éducatifs. Or, en France, c'est l'oeuvre d'un volcanologue, Haroun Tazieff, qui a façonné le film " de volcan ". Tazieff s'est d'abord servi du cinéma comme moyen d'observation, avant de l'utiliser comme moyen de vulgarisation auprès du grand public.

Haroun Tazieff, né à Varsovie en 1914, fait des études d'agronomie en Belgique, avant d'être diplômé de géologie en 1944. Devenu ingénieur des Mines, il exerce son activité de géologue dans le Congo belge et y découvre le volcanisme en 1948, au Kituro. Il choisit alors de s'y consacrer et adopte la caméra pour étudier des phénomènes. En volcanologie, l'étude de terrain se fait dans des conditions extrêmes, liées au climat des zones étudiées, et à l'activité du volcan : chutes de pierre, émission de gaz. La chaleur du volcan présente un autre risque, soit par la conduction du sol, soit par rayonnement. Un troisième type de transfert thermique, par convection de l'air chauffé au contact de la lave, pose moins de problème, car les appels d'air frais se font latéralement, ce qui explique que les opérateurs peuvent - comme dans l'émission - approcher de près une lave de température très élevée. Le film a permis à Haroun Tazieff d'étudier le comportement physique des volcans et de mesurer les débits de masse et d'énergie. Ainsi, Tazieff et son équipe ont-ils fait usage du cinéma pour pouvoir mesurer les vitesses ascensionnelles de panaches volcaniques, tandis que des mesures directes permettaient de caractériser la nature et la densité de ces " panaches ", fumées composées de gaz, de poussières et de fines gouttelettes.

Les images, dans cette activité scientifique, peuvent avoir ainsi une fonction de preuve pour trancher un débat entre géologues, ou encore pour conserver la trace d'observations, utilisées plus tard, lorsque de nouvelles questions apparaissent. L'autre usage, plus connu du grand public, est l'enseignement et la vulgarisation. Haroun Tazieff a d'abord tourné de nombreux cours métrages en 16 mm, dont des extraits illustraient ses cours et ses conférences. Il a également réalisé deux longs métrages en 35 mm, les Rendez-vous du diable (1948) et le Volcan interdit (1966), puis plusieurs moyens métrages. A partir des années 1980, il réalise des séries d'émissions télévisuelles : " Haroun Tazieff raconte sa Terre ", 1984, " Etna 1989 " diffusé en 1991 et " Le feu de la Terre " (1994). Cette illustration des conclusions scientifiques des missions sur le terrain a contribué au rayonnement international de la volcanologie française et suscité de nombreuses vocations. Les films ont également servi à la communication, pour convaincre des populations de quitter leur domicile menacé ou pour inciter les Etats de financer de nouvelles études de volcanologie.

Bibliographie :

François Le Guern, " Les films de volcans ", in Le Cinéma et la scienc e, sd Alexis Martinet, Paris, CNRS, 1994, pp.137-147.

Christelle Rabier

Éclairage média

L'équipe de " Cinq colonnes à la Une " prend prétexte de la sortie du second long métrage d'Haroun Tazieff, Le Volcan interdit, pour se rendre sur le " terrain " du volcanologue. " Cinq colonnes à la une " est créée en janvier 1959, sous la direction de Pierre Lazareff, de Pierre Dumayet, de Pierre Desgraupes et d'Igor Barrère. Il s'agit du premier magazine d'actualités de la télévision français : il propose un rendez-vous mensuel le vendredi soir. Dans ce magazine, journaliste et réalisateur collaborent systématiquement pour affiner la mise en scène ; une place importante est donnée à l'image, à l'interview et au terrain.

Pour l'émission, le journaliste Pierre Mignot a choisi un terrain d'aventure : en effet, comme il l'indique dans son commentaire, le volcan dégage des vapeurs acides qui endommagent les bandes magnétiques. Le caractère spectaculaire des images, doublée du commentaire sur le caractère dangereux de l'entreprise, en font une émission-événement.

Christelle Rabier

Transcription

(Silence)
Haroun Tazieff
Vous l'entendez ? Il donne...
(Silence)
Pierre Mignot
Sur le chemin de ce petit cratère en légère activité, nous avons rencontré une petite coulée de lave, elle dégageait une chaleur respectable et toutes sortes de vapeurs acides assez irritantes pour les bronches et tout à fait néfastes aux bandes magnétiques.
(Silence)
Pierre Mignot
Ceci est une coulée de lave, c'est la première fois que je vois ça, expliquez-moi un petit peu.
Haroun Tazieff
Vous expliquer, vous avez, nous sommes ici donc sur ce qui est probablement une fissure qui vient du cratère Nord-Est que vous avez vu tout à l'heure et sur cette fissure, le long de cette fissure, la lave, magma profond qu'on appelle... le magma profond, {inaudible] remonter et s'échappe en divers endroits. Vous avez donc là, c'est un bain de roches en fusion, elle va, elle s'écoule ici sur des coulées de 300 mètres, 400 mètres de long maximum. Les grandes coulées, évidemment ça y en a ici, ici même à l'Etna, je m'en souviens, il y a une quinzaine d'années, des coulées qui partaient un peu plus loin là-bas, elles fonçaient au départ à la vitesse prodigieuse de 50 à 55 kilomètres à l'heure et sur une largeur d'une dizaine de mètres, c'était absolument prodigieux.
Pierre Mignot
Et ces vapeurs que nous respirons qui ne sentent toujours pas très bons, qu'est-ce que c'est ?
Haroun Tazieff
Ici essentiellement de l'anhydride sulfureux, SO2. Mais alors, il y a de tout, alors dans la partie haute où nous étudions les gaz là-bas, il y a SO2, H2S, CO2, H2O, de l'hydrogène, de l'azote, enfin…
Pierre Mignot
Il faut donc un masque à gaz.
Haroun Tazieff
Il faut toujours un masque à gaz là-bas, oui.
Pierre Mignot
Et à quelle température est cette lave ?
Haroun Tazieff
... la température tout à l'heure est à 1030, 1040 degrés.
Pierre Mignot
Comment se fait-il justement que à la fois à une température aussi élevée, qu'on puisse s'en approcher aussi près, pratiquement moins de 2 mètres ?
Haroun Tazieff
Vous pouvez vous en approcher parce que on est latéralement, la lave est presque horizontale, la surface de la lave est presque horizontale, et elle rayonne perpendiculairement à sa surface. Nous sommes vraiment à la limite. Et la limite, elle vraiment on la sent, voilà ici, ça va encore, ici vraiment ça grille.
(Silence)
Pierre Mignot
Si nous sommes déguisés en martiens, ça n'est pas pour faire joli, c'est parce que, dites-vous, l'Etna tire. Que faut-il entendre par ça ?
Haroun Tazieff
Parce ce que vous entendez, vous l'entendez tirer, c'est le cratère actif de l'Etna qui lance aujourd'hui spécialement fort des paquets de lave par détonations de gaz qui les envoient à des hauteurs aujourd'hui certainement de l'ordre de 300-350 mètres et ça retombe... ça tombe beaucoup plus loin qu'hier et avant hier.
Pierre Mignot
Et ces morceaux de lave ont un poids qui va de... ?
Haroun Tazieff
Le poids ça va depuis le petit lapilli gros comme une noisette jusque, y a des paquets qui pèsent certainement une tonne, une tonne et demi, oui.
Pierre Mignot
Oui, il vaut mieux ne pas les recevoir.
Haroun Tazieff
Non, ceux-là, même ce casque-ci ne servait à rien mais ce casque en fibres de verre est extrêmement efficace pour les blocs allant jusque 20-25 kilos, j'en ai fait l'expérience plus d'une fois et un bloc de 10 ou 20 kilos tombant de 100 ou 200 mètres de hauteur, j'ai parfaitement supporté.
Pierre Mignot
La chute des pierres, c'est un des risques de la volcanologie, y en a d'autres ?
Haroun Tazieff
La chute de pierres est l'un des principaux, l'autre c'est celui de l'intoxication éventuelle par des gaz trop concentrés, il faut se méfier, notamment de quelque chose de très traître, c'est le gaz carbonique qui parfois se rassemble en concentration létale, en concentration mortelle, dans des creux, dans des trous et il m'est arrivé au début dans ma carrière de vulcanologue de me laisser prendre dans un de ces trous et j'étais assommé immédiatement, heureusement, je n'étais pas seul, on m'a ressorti tout de suite.
Pierre Mignot
L'inconvénient avec Haroun Tazieff, c'est que le point limite où l'on peut s'avancer recule sans cesse à ses yeux et il faut le suivre.
(Silence)
Pierre Mignot
Y a longtemps qu'il est comme ça en activité ?
Haroun Tazieff
Et bien, c'est le cratère subterminal qui est né en 1911 et qui pratiquement depuis lors, à part quelque mois de temps à autre de calme, est en irruption continuelle.
Pierre Mignot
Mais là où nous sommes, c'est le point le plus avancé où l'on puisse aller.
Haroun Tazieff
Non, non... non, non, on peut aller beaucoup plus près, ça dépend évidemment de l'activité mais hier, nous sommes allés là au bord du cratère, nous sommes montés là dans cette petite courbe où les [inaudible] s'accumulent pour le moment. Mais hier, on pouvait y aller, aujourd'hui impossible.