Des progrès dans la forêt : la tronçonneuse

27 octobre 1967
03m 28s
Réf. 01430

Notice

Résumé :

En 1967, le Magazine agricole présente les progrès de la mécanisation de l'industrie du bois au Canada. Les machines ont permis d'abaisser le prix de revient et d'accroître la production et conduit à une forte diminution du nombre des bûcherons.

Type de média :
Date de diffusion :
27 octobre 1967
Personnalité(s) :

Contexte historique

La mécanisation de l'exploitation du bois est ancienne. Utilisé dans la construction, la fabrication de mobilier et dans celle de la pâte à papier, le bois a fait l'objet de développements techniques pour l'entretien des forêts et leur exploitation. Toutefois, les énergies utilisées, la force physique de l'homme et l'eau, en ont limité la puissance et l'ampleur.

Avec le développement du moteur à explosion de petite taille, le XXe siècle voit développer des scies mécaniques qui utilisent de nouvelles formes d'énergie. Les premiers essais concluants datent des années 1920, Parmi eux, on trouve ceux d'Andreas Stihl (1896-1973) qui met au point en 1926 une scie fonctionnant à l'électricité. En 1929, il invente une tronçonneuse fonctionnant au pétrole. La compagnie qu'il a fondée à Cannstatt en Allemagne, devient rapidement la première firme exportatrice de machines, vers les Etats-Unis et la Russie. En 1950, sa firme met sur le marché un engin maniable par une seule personne.

C'est après la Seconde guerre mondiale que les progrès des machines à exploiter le bois connaissent un très grand essor. Toutes les techniques sont concernés : en effet, l'autonomie des machines permet d'abattre les arbres sur le site d'exploitation, ainsi que de les élaguer, tandis que les machines-outils à pétrole ou électricité, gagnent les scieries. Ce mouvement de mécanisation intensive s'apparente à celui de la mécanisation de l'agriculture. En France, les organisations agricoles encouragent l'adoption de la tronçonneuse au cours des années 1960, parallèlement à l'équipement des bûcherons en engins de portage (" schlittage ") motorisés.

Cette révolution du bois a conduit à des transformations durables de la population des bûcherons, qui a fortement diminué au cours des années 1970 en France. La mécanisation de la coupe du bois a permis l'exploitation des forêts à grande échelle. Cette dernière a également participé à l'exploitation des forêts primaires à grande échelle, menaçant aujourd'hui plusieurs écosystèmes. La tronçonneuse n'a pas cessé de fasciner par sa puissance et a pu constituer un instrument de mort, ce qu'a montré le succès du film Massacre à la tronçonneuse (Texas Chainsaw Massacre, de Tobe Hooper, 1974).

Christelle Rabier

Éclairage média

Le Magazine agricole, réalisé par Roger Louis, est un rendez-vous hebdomadaire entre 1957 et 1962 : il informe un public de plus en plus rural de l'actualité agricole. Dans ce reportage, il promeut la mécanisation agricole. Le commentaire associe des remarques touchant à l'émotion suscitée par l'abattage des arbres, fondée sur une interprétation romantique de la nature, à des analyses sociologiques du travail des bûcherons, et un commentaire géographique sur les essences de bois privilégiées au Canada pour la construction et la fabrication de pâte à papier.

Les images, quant à elles, suivent une logique narrative et technique, depuis l'abattage de l'arbre, son élagage sur le site d'exploitation et enfin son flottage vers les sites industriels. Le commentaire fait apparaître une contradiction latente entre une vision romantique de la forêt, peu adaptée à un Magazine agricole, et l'efficacité technique du discours de ses promoteurs sylvicoles et industriels.

Christelle Rabier

Transcription

Bernard Tournois
Spectacle étrange, impressionnant, que celui de ce monstre mécanique, tranchant d'un seul coup la vie d'un arbre majestueux, vieux de plusieurs siècles. Spectacle aujourd'hui devenu presque quotidien dans les forêts canadiennes, principale source de matières premières pour l'industrie des pâtes à papier. L'exploitation forestière, qui n'était jusqu'alors que peu mécanisée, a dû faire face aux besoins de plus en plus grands de l'industrie. Et si les efforts physiques du passé ont été très largement supprimés, les conditions de vie en forêt qui demeurent encore très pénibles ont poussé de nombreux ouvriers forestiers à abandonner leur profession. Ils étaient 118 000 en 1956, 10 ans plus tard, ils ne sont plus que 75 000. La mécanisation a dû par conséquent remplacer l'homme et les bûcherons du temps de Maria Chapdelaine. Arracheuse, élagueuse, tronçonneuse, autant de noms barbares que l'on donne aujourd'hui à ces machines extraordinaires, qui en quelques minutes dépouillent les pins de toute leur majesté. Ces images tournées dans le parc des Laurentides près de Chicoutimi lors des démonstrations des possibilités des nouvelles machines, montrent la rapidité et la l'efficacité de la mécanisation forestière. Pour l'industrie forestière qui reste l'une des plus importantes de l'économie canadienne, ces nouvelles méthodes d'exploitation permettent un abaissement des prix de revient, surtout dans la production de bois utilisé dans la fabrication de la pâte à papier. Dans cette forêt canadienne qui compte plus de 170 essences d'arbres, l'épinette, le sapin, le pin rouge ou blanc et le bouleau fournissent l'essentiel du bois de construction. L'épinette, le pin gris, le pin de Murray et la pruche sont utilisés dans la fabrication de la pâte et du papier. Le ronflement des moteurs de la scie mécanique a remplacé le crissement de la scie manuelle et les exclamations des bûcherons. Ces bûcherons qui sont devenus aujourd'hui des ouvriers spécialisés. Mais cela est dans l'ordre du progrès, ces machines gigantesques ont pris la relève de l'homme pour faire face aux besoins de l'industrie du bois.