L'invention de la pilule

14 décembre 1970
03m 23s
Réf. 01435

Notice

Résumé :

L'invention de la pilule contraceptive en 1956 modifie durablement les méthodes contraceptives que les hommes utilisaient jusqu'alors. Conçue par Gregory Pincus à partir d'hormones de synthèses, la pilule connaît un succès immédiat.

Type de média :
Date de diffusion :
14 décembre 1970
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Contexte historique

L'invention de la pilule en 1956 ne peut s'expliquer sans le mouvement féministe américain qui en a favorisé l'invention et qui en a assuré le succès : en 1965, soit cinq ans après la mise sur le marché du contraceptif oral, plus du quart des femmes américaines de moins de 45 ans l'avaient adoptée et le taux de fécondité avait baissé de 20% par rapport à 1955. La meilleure connaissance de la médecine ancienne, mais aussi l'étude du comportement sexuel des populations de l'époque moderne, permettent de savoir aujourd'hui que les hommes ont utilisé depuis très longtemps des méthodes contraceptives. Celles-ci sont chimiques à usage local (spermicides), instrumentales (préservatifs à usage multiple) ou encore mécanique (retrait, ou coïtus interruptus ). Ces méthodes visent toutes à réduire le nombre de naissances.

C'est la transformation profonde du rapport de la femme à la sexualité qui explique l'adoption immédiate de la pilule. A partir des années 1920, Margaret Sanger, infirmière de formation, féministe, fut à l'origine d'un vaste mouvement d'information sur les moyens de contraception. A la tête de la Fédération du planning familial, s'étant assuré le concours de gynécologues, elle développe des coopérations internationales pour le développement de nouveaux moyens contraceptifs. Dès 1913, elle fait importer d'Europe le diaphragme ou stérilet, mis au point au début du siècle ; elle fait financer de nombreux programmes de recherche. Elle développe ainsi l'idée révolutionnaire qu'une sexualité débarrassée de la crainte de la grossesse devrait permettre d'atteindre le " degré le plus élevé dans l'expression et l'accomplissement des désirs féminins ". Les recherches sur la physiologie de la reproduction de Ludwig Haberlandt mettent en évidence dès 1922 que des extraits ovariens provoquent la stérilisation. On suspecte alors qu'une " hormone ", substance véhiculée par le sang qui provoque une sécrétion glandulaire, est responsable de la régulation du cycle féminin. Celui-ci est définitivement établi au cours des années 1930 : le rôle des corps jaunes et des deux hormones - oestrogène et progestérone - est connu. C'est alors que la méthode contraceptive la plus utilisée après-guerre est mise au point, fondée sur l'évolution de la température du corps de la femme, ce qui permet d'en connaître les périodes de fécondité : la méthode Knauss, ou Ogino-Knauss. Cette méthode s'avère pourtant peu efficace et ne parvient donc pas à satisfaire les souhaits des féministes dans l'accomplissement de leur sexualité. La synthèse de la progestérone, pour être applicable à une contraception orale, doit être industrielle : c'est dans ce but que Russel Marker crée en 1944 le laboratoire Syntex, qui obtient des résultats concluants grâce aux travaux de Carl Djerassi. Ce dernier met au point la première progestérone artificielle.

A cette date, Gregory Pincus, spécialiste réputé de l'endocrinologie sexuelle, avait réuni autour de lui une équipe sur la question, à la Fondation Worcester pour la biologie expérimentale. En 1950, il rencontre Margaret Sanger qui lui propose de rechercher une hormone de synthèse contraceptive et lui offre de financer une partie des recherches, grâce à sa Fondation pour le planning familial et au soutien financier de la très riche Katherine Dexter Mc Cormick. Avec Min Chueh Chang, Gregory Pincus met en évidence le rôle décisif d'une progestérone de synthèse sur la fécondité animale. Il effectue alors, avec deux médecins, Celso-Ramon Garcia et John Rock, une expérience clinique sur des femmes portoricaines. Les résultats, probants, sont renforcés dès 1958 avec l'usage d'un nouveau composé : l'Enovid. Pincus publie très rapidement ses résultats et obtient de la Food and Drug Administration l'autorisation de mise sur le marché en 1960. La pilule est née.

Grâce à sa simplicité d'utilisation et de prescription, elle connaît un succès immense aux Etats-Unis, en dépit d'effets secondaires quelquefois invalidants. En Europe, elle est rapidement importée massivement de façon illégale. En France, la loi Neuwirth de 1967 met un terme à son statut hors-la-loi. Les recherches se poursuivent alors pour essayer de résoudre les risques cardio-vasculaires qu'elle occasionne, notamment lorsque son usage est couplé avec celui de la cigarette. Le succès de la pilule ne s'est pas démenti, même si les développements des maladies sexuellement transmissibles et particulièrement le SIDA au milieu des années 1980, a contribué à développer d'autres modalités de contraception : préservatifs féminins et préservatifs masculins à usage unique (Voir Le SIDA devient une cause nationale).

Bibliographie :

"L'invention de la pilule", Les Cahiers de Sciences et Vie, n°10, août 1992.

Carl Djerassi, De la chimie des hormones à la pilule. Autobiographie, Paris, Belin, 1995 (1e éd., 1992).

Christelle Rabier

Éclairage média

" Portrait de l'univers " est un magazine mensuel de vulgarisation scientifique produit par Jean Lallier et Monique Tosello, pionniers de la vulgarisation télévisuelle. La nouvelle grille de programme, adoptée en 1969, en fait un rendez-vous obligé. Le documentaire engage une réflexion approfondie sur l'usage du contraceptif oral. La pilule est considérée sous ses aspects chimique, pharmaceutique, mais aussi dans ses dimensions physiologique et sociale. C'est pourquoi le réalisateur choisit de présenter des images tirées d'univers différents, qui co-existent dans l'histoire de la pilule et de son invention. Dans ce film militant, la pilule apparaît comme un progrès, porté par l'abnégation d'un chercheur, Grégory Pincus, dont on souligne le désintéressement matériel.

Christelle Rabier

Transcription

Jean Jacques
Alors là, par exemple, c'est 1500 avant Jésus-Christ, en Egypte et ça raconte que la gomme arabique qui est faite à partir d'acacia et qui est légèrement acide a servi de spermicide dans le vagin des femmes. Plaque suivante. Ça c'est les moyens mécaniques comme ils ont été dessinés dans un livre répandu vers 1890 en Hollande dans lequel vous voyez les 3 instruments fondamentaux, c'est le diaphragme, c'était une espèce de diaphragme posé sur le col. Bien et ça, c'est la théorie du rythme dont les succès sont attestés par l'efflorescence de nombreuses générations d'enfants non voulus. Bien, alors cela dit, c'est à ce moment-là, plaque suivante, qu'interviennent un certain nombre d'hommes, c'est le docteur Gregory Pincus. C'est Mme Sanger qui était une américaine qui s'intéressait aux problèmes de planification familiale, qui vers 1950 est arrivé chez Pincus et lui a demandé : «Vous qui êtes biologiste, vous connaissez certainement un truc qui permettrait en jouant sur les hormones de contrôler la fertilité de la dame». Alors, bon, c'est comme ça que ça a commencé, je crois.
Monique Tosello
Est-ce que Pincus a rencontré des réticences sociales justement à l'idée de la pilule ?
Jean Jacques
C'est-à-dire que au début, vous savez, c'était pas seulement Pincus, dès qu'on commençait à parler de, y a seulement 10 ans, maintenant, tout, c'est... On en fait des chansons, des émissions à la radio et à la télé, y a 10 ans, c'était pas, c'était pas tellement confortable de travailler sur ces sujets-là. On était, c'était d'ailleurs plus ou moins, plus ou moins illégal d'ailleurs. On pouvait pas, y avait des, la propagande anticonceptionnelle était une chose répréhensible, je crois qu'elle doit être encore d'après les textes de loi qui n'ont pas été abrogés, il me semble.
Monique Tosello
On a dit que Pincus avait fait une fortune avec la pilule, c'est vrai ?
Jean Jacques
Non, c'est pas vrai, d'ailleurs il a répondu plus ou moins une fois à une interview américaine sur ce point, il était, c'était un homme qui était à l'aise. Les savants américains sont en général plus à l'aise que les savants français... C'est une observation en passant. Mais donc, il avait une voiture, c'était une, il avait une DS parce qu'il aimait bien les voitures françaises, il avait une belle villa, il voyageait sans doute aux frais des gouvernements qui l'invitaient et des firmes qui avaient subventionné ses travaux. Mais quand il est mort, sa femme qui est une bonne amie, s'est trouvée en difficulté. C'était un chercheur, ce n'était pas un commerçant. Il n'a jamais eu aucun pourcentage sur la pilule, il m'a dit, il l'a dit mais il me l'a dit, il me l'a répété, enfin, il avait bon des avantages que fournissaient sa situation sociale et son importance scientifique mais il n'en a jamais tiré un sou spécifiquement, en fait.
Monique Tosello
C'était un grand savant.
Jean Jacques
C'était un grand bonhomme, oui, je pense un très grand bonhomme.
Monique Tosello
Le professeur Jacques est un chimiste qui a longtemps collaboré avec Pincus.

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