Comprendre les tremblements de terre : la théorie de la dérive des continents

09 février 1976
05m 23s
Réf. 01443

Notice

Résumé :

Le tremblement de terre qui vient de toucher le Guatemala a causé de terribles dégâts en raison de son intensité et de sa durée. La présentation de l'événement est l'occasion d'évoquer la théorie de la dérive des continents.

Date de diffusion :
09 février 1976
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Parmi les catastrophes naturelles auxquelles sont confrontées les sociétés humaines, les tremblements de terre sont les plus spectaculaires. Les télévisions, en donnant à voir immédiatement les images de ces drames contribuent à renforcer la sensibilité à l'égard de ces accidents. L'originalité de cette séquence télévisée est de présenter, de manière synthétique, la théorie de la dérive des continents.

Cette dernière a été énoncée pour la première fois par l'Allemand Wegener en 1912. Elle est définitivement admise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle repose sur la distinction entre l'asthénosphère, en profondeur, et la lithospère qui flotte sur l'asthénosphère. La lithospère est divisée, grossièrement, en six grandes plaques. Ces plaques, qui peuvent supporter à la fois des océans et des continents, se déplacent sous l'effet des courants de convection qui animent l'asthénosphère. Les courants de convection sont dus à des différences de densités et de températures entre les différents composants de l'asthénosphère.

La formulation et la vérification de cette théorie ont bouleversé les sciences de la Terre au XXe siècle. Elle permet en outre d'expliquer les tremblements de terre et de les prévenir, faute de les prévoir. La théorie de la dérive des continents identifie en effet très clairement des zones à risque au sein desquelles des mesures peuvent être prises pour atténuer les conséquences de ces catastrophes.

Raphael Morera

Éclairage média

En matière de catastrophes naturelles les journaux télévisés cherchent non seulement à rendre compte des événements mais également à les expliquer. Dans l'atmosphère conviviale des informations de la mi journée de TF1, la catastrophe guatémaltèque est abordée par deux biais successifs. Un reportage sur place prend la mesure du drame sur le plan matériel et humain. Un second temps, composé d'images d'animation, présente la théorie de la dérive des continents. Cette construction laisse à penser que la catastrophe n'est que naturelle alors que d'autres facteurs sont à prendre en compte. Le reportage évoque d'ailleurs la désorganisation des secours.

Raphael Morera

Transcription

Michel Denisot
Au fur et à mesure que les heures passent, le bilan du tremblement de terre du Guatemala grossit, on parle ce matin de 20 000 morts et de plus de 50 000 blessés mais les chiffres officiels font toujours état de 13 000 victimes. En effet, tant que les recherches dans les décombres ne sont pas terminées, il est impossible de dresser un bilan définitif de ce séisme qui a détruit à moitié le pays, Alain Rodier.
Alain Rodier
Chimaltenango a vécu. Sur les 20 000 habitants de cette localité, 1200 ont été tués, 3000 blessés. Et le geste de cette vieille femme implorant au milieu des décombres, cherchant un peu de pitié dans les yeux d'une statue montre à quel point le désespoir de la population est profond. Aujourd'hui, le fin fond de l'horreur est atteint, il y a des villes dont on ignore encore le sort, les sauveteurs sont débordés, tout manque, l'eau, le pain, les médicaments, les médecins. Et tandis que la terre continue à trembler, des milliers de guatémaltèques en province continuent à attendre l'arrivée des secours. Depuis mercredi, il y a eu 500 secousses, la dernière en date, la plus violente, s'est fait ressentir hier, vers midi. On estime maintenant le nombre des morts à 15 000 mais certains n'ont pas hésité à en annoncer 20 000. Il y aurait 500 000 blessés, 200 000 sans abris, 60% des immeubles ne sont plus que ruines. Et en face de cela, on ne trouve qu'une poignée d'hommes. 8 000 cadavres seulement ont été inhumés pour l'instant et maintenant les sauveteurs réclament des lance-flammes pour brûler les cadavres. Les premières manifestations de la typhoïde sont apparues et l'on parle déjà de la peste mais en attendant, les bronchites se développent, la nuit la température a baissé jusqu'à -12. Périr sous les décombres, mourir de froid ou de maladie, c'est pour l'instant le seul choix pour la majorité de la population.
Yves Mourousi
Dans quelques instants, nous recueillerons le témoignage d'une française qui était présente lorsque les premières secousses se sont fait sentir au Guatemala, [Mme Moroneret] mais auparavant Michel Chevalet et je viens de retenir le chiffre de 500 secousses, Alain Rodier vient de nous le dire. 500 secousses, des secousses extrêmement importantes. Alors tout cela n'était-il pas prévisible, est-ce que tout cela va continuer sans qu'on ne puisse rien faire ?
Michel Chevalet
Continuer, je crois que ça risque de continuer, je peux pas vous dire, ça va s'arrêter ou ça continuera, on peut pas le dire à l'état actuel des connaissances des géophysiciens. Ensuite, ce qui est surprenant si vous voulez, Yves Morousi, c'est l'ampleur tout de même du phénomène. Généralement, un tremblement de terre, les secousses durent quelques dizaines de secondes, y en a deux, trois, puis après la terre se retasse en quelque sorte, se réajuste et puis cela cesse. En fait, ce qui surprend ici, c'est bien l'ampleur et ça laisse supposer que malheureusement cette région du globe va connaître dans les années à venir de nouveaux tremblements de terre. En fait, ce qu'il faut voir dans cette tragique affaire du Guatemala, c'est que les tremblements de terre, là vous voyez la carte mais on va y revenir, c'est que, ça tient en une seule phrase, c'est la dérive des continents. En fait, c'est pas quelque chose de nouveau. M. Wegener, un autrichien, avait remarqué notamment que l'Amérique du Sud et l'Afrique s'emboîtaient à la perfection et c'est valable encore pour d'autres régions du globe. Alors ce qui lui manquait, c'est le moteur, qui a mis en route les continents. Et ce moteur, et bien les Américains l'ont trouvé y a 10 ans, ils l'ont trouvé non pas sur terre mais au milieu de l'Atlantique grâce un bateau qui a effectué des forages, le Glomar Challenger. Et à l'issue de cette campagne de forage, on a mis en évidence qu'au milieu de l'Atlantique, il y avait une gigantesque faille que vous voyez en ce moment. Une faille qui part du pôle Nord jusqu'au pôle Sud et à la suite de l'analyse des roches, on s'est aperçu que les deux lèvres de cette faille s'écartaient comme deux tapis roulant. C'est de la lave qui monte du fond à 100, 200 kilomètres d'épaisseur. Et de fait, l'Europe et l'Amérique s'éloignent toujours à raison de 2 à 3 centimètres par an, ce qui est colossal pour le globe bien entendu. Et regardez ce document, voici ce qui s'est passé y a 200 millions d'années. Vous voyez qu'un seul continent s'est fractionné et la terre s'est en quelque sorte façonnée. On vous le repasse une deuxième fois. Voici un seul continent et puis d'un seul coup, y a 200 millions d'années une espèce de débâcle, par exemple, l'Inde, vous voyez l'Inde qui était au pôle sud remonte et va se planter dans l'Asie et de ce choc est né l'Himalaya. Voilà donc un peu l'histoire de la dérive des continents, une histoire fabuleuse mais qui continue actuellement et Jean-Claude Delannoy va vous montrer la carte de cette région du globe et sur cette carte, vous voyez tout à fait à droite une ligne verticale, c'est la faille au milieu de l'Atlantique. Ensuite, vous voyez le long du continent américain, à côté du cercle qui représente le Guatemala, la grande faille, une deuxième grande faille. Les flèches vous indiquent le mouvement de ces plaques or malheureusement, regardez bien, le Guatemala se trouve à l'intersection de quatre plaques. En quelque sorte, la plaque qui est complètement à gauche, celle qui porte le Pacifique veut passer sous le continent américain. En fait, le continent américain, la flèche vous le montre, remonte vers le Nord et actuellement, et bien le Guatemala est en train de vivre un épisode de la formation de la terre, Yves Mourousi, c'est-à-dire qu'au Guatemala, d'une part il y a écrasement du continent américain et d'autre part, ouverture. C'est-à-dire en quelque sorte, le canal de Suez, le canal de... pardon, le canal de Panama est en train de s'ouvrir. Voyez-vous, c'est un épisode de la formation du globe. Si vous voulez, nous à notre échelle d'homme, on ne se rend pas compte de la manière dont se façonne le globe. Or, malheureusement les habitants du Guatemala sont en train de le vivre comme l'a vécu Madame, qui était témoin.