Le système immunitaire

26 septembre 1977
03m 39s
Réf. 01445

Notice

Résumé :

Au cours des années 1970, la découverte du système HLA (Human Leucocyte Antigen) permet de comprendre le rejet des greffons et les mécanismes de défense du corps mais aussi certaines maladies, jusque là inexplicables, comme la sclérose en plaques.

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Date de diffusion :
26 septembre 1977
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Contexte historique

Depuis le XVIIIe siècle, des médecins et des biologistes essaient de mettre en place des traitements protégeant contre les infections bactériennes, qui " immunisent " - du latin " immunis ", libre de charges - l'organisme. Ces tentatives furent longtemps empiriques : l'observation du Britannique Jenner, selon laquelle les individus atteints par la variole bovine étaient immunisés contre la variole humaine, ont conduit celui-ci à promouvoir des campagnes de vaccination ; de même, Louis Pasteur développe d'autres vaccins, à partir de souches de microbes rendues moins virulentes. D'autres réactions extrêmement rapides de l'organisme sont identifiées dès le début du XXe siècle, les " allergies ".

Il restait à expliquer les mécanismes biologiques à l'oeuvre : la compréhension du système immunitaire des êtres vivants fut lentement acquise au cours du siècle, ouvrant un champ entier de recherches et d'applications. Dès les années 1930, des travaux sur le cancer sur des lignées de souris " pures ", qui disposent du même patrimoine génétique au terme de croisements nombreux entre frères et soeurs, conduits par George Snell, avaient mis en évidence l'importance de l'identité génétique pour comprendre l'élimination des tissus cancéreux introduits dans un organisme. L'équipe de Snell comprend très vite que ce système immunitaire protège un organisme contre tous les tissus étrangers introduits dans l'organisme, que ceux-ci soient sains ou pathogènes. Elle identifie une cellule spécifique, le lymphocyte " tueur ", dont la fonction est d'éliminer les intrus. Après de longues études, elle est capable d'identifier quels gènes ont pour fonction la protection de l'organisme, dits " histocompatibles ", en particulier le gène dominant chez la souris, le gène " H-2 ".

Snell pose ainsi les bases de la génétique immunitaire et laisse entrevoir une application : la transplantation d'organes. En effet, le rejet rapide et violent des greffons y trouve une explication. Les travaux de Jean Dausset viennent compléter ce travail pour les êtres humains au début des années 1950. En effet, Dausset travaille sur les réponses des cellules aux transfusions sanguines : il montre que, chez les receveurs, les lymphocytes ou globules blancs, éliminent les globules blancs des donneurs et y lit l'existence d'une variabilité génétique entre les êtres humains. Il est alors capable d'identifier, sur les chromosomes, l'ensemble des gènes responsables de cette protection de l'organisme, qu'il appelle " complexe majeur d'histocompatibilité " (CMH). Cette zone s'avère très proche du H-2 des souris. D'autres savants, Peter Doherty et Rolf Zinkernagel découvrent en 1974 les mécanismes qui permettent aux lymphocytes T d'anéantir les cellules étrangères. Ils identifient des " antigènes de transplantation " ; ils mettent ainsi en évidence la fonction du complexe majeur d'histocompatibilité : participer à la présentation ou présenter directement des fragments d'antigènes sous forme de peptides aux lymphocytes T, qui s'activent alors ou non. On peut identifier des " groupes d'histocompatibilité " qui permettent de caractériser donneur et receveur et de minimiser les risques de rejet du greffon. On a pu également caractériser une " génétique des populations ", à partir de ce marquage HLA.

Depuis le début du XXe siècle, on juge que le système immunitaire protège l'organisme contre les agressions extérieures. Or la compréhension précise des mécanismes immunitaires ont montré que la détection du " moi " et de l' " autre " n'étaient pas toujours fiables : le système immunitaire d'un organisme peut se retourner contre lui. C'est ainsi qu'il a été possible de comprendre de nombreuses maladies, jusque là inexplicables, comme des dysfonctionnements du système immunitaire : c'est le cas de la sclérose en plaques. L'ensemble de ces travaux est récompensé par le prix Nobel de médecine en 1980 (Dausset, Snell, Benaceraff) et 1996 (Doherty et Zinkernagel).

Christelle Rabier

Éclairage média

Le magazine " Portrait de l'univers " est le magazine de vulgarisation de la 2e chaîne, devenue Antenne 2. Il est produit par deux figures historiques de la vulgarisation télévisuelle : Jean Lallier et Monique Tosello. Par rapport aux émissions de la fin des années 1960, le cadre a partiellement changé. Les réalisateurs recourent au plateau, sur lequel interviennent les scientifiques. Ils reprennent une forme qui fut longtemps le propre des jeux, comme "Des chiffres et des lettres" qui débute en 1972. Ce nouveau cadre permet de donner une présentation ludique à un propos qui reste magistral dans sa forme. L'émission met en scène une maquette géante de cellules, pour donner à voir la taille minuscule des agents du système immunitaire. Le documentaire s'appuie également sur des films de microscopie, spectaculaires. Il lie dans sa présentation les résultats scientifiques à leurs applications et, grâce à une présentation claire, les rend extrêmement accessibles.

Christelle Rabier

Transcription

Monique Tosello
Heureusement pour l'avenir des greffes, il y a des combinaisons de gènes plus fréquentes que d'autres au niveau des populations, cela accroît les chances de trouver un donneur compatible. Il y a, par exemple, des combinaisons particulières aux populations Caucasoïdes, les Occidentaux et même dans ce groupe, il y a le chromosome propre aux Indo-européens ou au Vikings, cela permet de suivre les grandes migrations et d'étudier la dynamique des populations.
Inconnu (1)
Alors malgré cet extrême polymorphisme lorsque l'on s'adresse à deux individus qui ne sont pas parents, il y a la possibilité de sélectionner dans une population deux individus sinon strictement identiques du moins très ressemblants, très comparables au point de vue de leurs antigènes d'histocompatibilité et ça c'est faisable par ce qu'on appelle le groupage tissulaire qui est l'équivalent au niveau des cellules du type lymphocyte ou des cellules de l'organisme, du groupage sanguin qui est utilisé pour la transfusion sanguine.
Monique Tosello
Ce serait un hasard dans ce cas là.
Inconnu (1)
A ce moment là, il faut rechercher patiemment parmi des milliers d'individus parfois pour trouver le couple compatible ou sinon complètement compatible, du moins suffisamment ressemblant pour augmenter de façon significative les chances de succès d'une greffe.
Monique Tosello
Toutes les espèces vivantes évoluées portent ces antigènes, pourquoi ? La théorie actuelle est que lorsque l'organisme reçoit une substance chimique anormale ou des virus, il va tout faire pour les éliminer.
Inconnu
Et pour cela, va modifier ses molécules de surface de telle façon qu'elles puissent recevoir l'ennemi.
Monique Tosello
A ce moment là, les autres cellules traitent cette cellule transformée comme une cellule étrangère et la rejettent. La surveillance immunitaire est en place prête à se débarrasser de toute anomalie, par exemple, d'un paquet de cellules cancéreuses comme celles-ci.
Inconnu (1)
Ce mécanisme qui est démontré expérimentalement maintenant pour des produits chimiques, pour des virus ordinaires et pour des virus générateurs de cancers pourrait être le mécanisme en jeu dans ce processus de surveillance immunitaire. C'est-à-dire que le virus cancérogène modifierait la cellule. La cellule cancéreuse serait automatiquement éliminée par un processus de rejet comparable au processus de rejet des greffes.
Monique Tosello
Si je comprends bien, nous ferions très souvent des petits cancers qui sont éliminés normalement.
Inconnu (1)
C'est ça, ça c'est l'idée générale de cette surveillance immunitaire, elle est extrêmement efficace, elle opère au niveau de quelques cellules. Donc dès que la petite anomalie se manifeste, les cellules anormales sont éliminées par ce processus immunologique.
Monique Tosello
Regardez, des anticorps détruisent une gaine nerveuse. Dans une trentaine de maladies dites auto-immunes, on pense que le système HLA fonctionne mal et l'on a pu associer telle maladie à la présence de tels gènes qui vous rendraient plus vulnérables.
Inconnu (2)
Ce sont des maladies qui jusqu'à présent étaient des maladies qui étaient d'origines mystérieuses, on ne savait pas à quoi était due la sclérose en plaques, on ne sait pas à quoi est du le diabète de l'enfant, on ne sait pas à quoi est du le psoriasis, on ne sait pas à quoi est due l'hémochromatose et bien d'autres. Et en fait, ce sont ces maladies qui sont associées au système HLA. Et on ne sait pas pourquoi non plus, elles sont associées au système HLA, probablement elles doivent avoir une part immunologique puisque ce système est immunologique mais on ne peut pas en dire plus actuellement.