La modernisation de l'appareil de production français. La robotisation des usines Renault.

29 juin 1981
03m 20s
Réf. 01452

Notice

Résumé :

Les progrès de l'informatique permettent d'élaborer des robots de plus en plus compétitifs. La construction automobile, traditionnellement industrie de main d'oeuvre, voit ainsi se modifier son processus de production.

Date de diffusion :
29 juin 1981
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Contexte historique

L'histoire de l'industrie est intimement liée à celle des machines : les grandes mutations du secteur industriel sont en général commandées par l'apparition ou la diffusion de nouvelles machines, l'autre secteur clé étant celui de l'énergie. L'histoire des machines a connu une rupture fondamentale entre les XVIIIe et XIXe siècle par l'introduction de la machine à vapeur. L'utilisation du charbon, puis du pétrole et de l'électricité ont ensuite permis d'intensifier l'usage des machines, d'accroître leur rapidité et leur puissance. L'énergie n'est cependant pas le seul facteur déterminant. Une machine n'agit en effet que sous l'effet d'une commande humaine, d'une intention. Avant les avancées décisives de l'informatique, ces commandes étaient directement passées par l'homme. La mise au point en 1961 du robot Unimate marque de ce point de vue un étape décisive dans l'histoire de l'industrie. Il signe l'entrée en scène de la robotique. Le robot se distingue des machines outils traditionnelles par son autonomie. Il peut effectuer des tâches différenciées grâce à une programmation. Les robots de deuxième génération, sont même munis de capteurs qui leur permettent d'évaluer une situation et de définir eux-mêmes les paramètres de leur action. Les robots utilisés par Renault disposent de caméras qui jouent le rôle de capteurs extéroceptifs leur permettant de définir plus précisément leurs tâches. Ces progrès sont indissociables des avancées observées dans le domaine de l'informatique.

Les robots ont essentiellement pour fonction de reproduire les gestes de l'homme à une cadence beaucoup plus élevée, ce qui leur confère un intérêt économique certain. Ce faisant, ils sont développés en concurrence avec les salariés qui se trouvent fragilisés. L'introduction de la robotique dans l'industrie conduit donc à une redéfinition et à une requalification de l'emploi industriel. Les industries vont désormais embaucher des personnels qualifiés, en partie autonomes, et reléguer les ouvriers peu qualifiés (OS) qu'elle employait jusque là massivement. Cette orientation pose le problème de la formation (scolaire et continue) et celle du devenir social des nouveaux laissés pour compte. Pour que l'innovation technique soit effectivement vécue comme un élément positif, il faut que d'autres secteurs de l'économie embauche cette main d'oeuvre ou que le nombre d'emplois créés soit supérieur à celui des emplois supprimés. Or, l'automatisation est un phénomène qui concerne également le secteur tertiaire, ce qui limite les possibilités de reclassement. La généralisation de la robotique constitue un des éléments clés de l'explication de l'actuelle crise de l'emploi.

Raphael Morera

Éclairage média

Les problèmes techniques sont rarement abordés de front par les médias audiovisuels. Ils ne s'y intéressent que lorsqu'ils ont des conséquences sociales évidentes, visibles. C'est bien le cas de l'introduction massive de la robotique dans la construction automobile. Après un lancement sensationnel par Yves Mourousi qui évoque les ouvriers du XXIe siècle, le reportage consacré à la chaîne de montage de Douai adopte un scénario classique. La première partie est consacrée à une présentation des nouvelles techniques : la caméra s'attarde sur ces nouveaux instruments afin que le télespectateur intègre bien son fonctionnement. Dans un second temps, le responsable technique du projet est interviewé in situ afin d'expliquer la modernité des installations.

Le choix de le rencontrer sur le site de production permet de démontrer que ces nouveaux espaces de travail, incompréhensible pour le novice, sont, en réalité parfaitement maîtrisés. L'interview du directeur du plan présente, dans un bureau feutré les enjeux économiques et sociaux de cette modernisation. Son propos est illustré par une séquence montrant un ouvrier moderne au travail. L'ensemble du reportage est construit de manière à affirmer la position des ingénieurs et à démontrer que non seulement le progrès technique est inéluctable, mais qu'en plus il contribuera à résoudre les problèmes de l'humanité.

Raphael Morera

Transcription

Yves Mourousi
A propos de travail, une nouvelle forme de travail s'installe chez Renault et ce ne sont pas les ouvriers qui sont concernés mais les ouvriers du XXIème siècle déjà en place. Eric Gilbert à Douai.
Eric Gilbert
C'est ici à Douai qu'on entre véritablement dans le monde des robots, dans ces ateliers de la régie, les travailleurs électroniques vont devenir majoritaires. Lorsque les derniers tests de résistance seront terminés, les R5 de cette chaîne sortiront presque entièrement de leur main ou plutôt de leurs pinces. Transport de pièces, assemblage, soudure, ils feront tout. Renault a rassemblé 120 robots pour faire de Douai l'une des usines les plus automatisées du monde et à ceux qui citent le Japon, les responsables de la régie répondent agacés : nous n'avons pas de leçons à prendre, là-bas le moindre automate est baptisé robot, rien à voir avec nos engins, un robot chez nous n'est pas seulement un simple manipulateur mais une machine capable de s'adapter à différents types de productions. Témoins, ces robots peintres utilisés depuis 2 ans, on les appelle les dinosaures, avec leurs trompes, ils peignent les carrosseries en 2 minutes en changeant les couleurs à la demande. A ce stade, on parle déjà d'intelligence. M.Pardo, qu'est-ce qu'on peut appeler l'intelligence d'un robot ?
Pierre Pardo
C'est sa capacité de choisir un comportement, de modifier son comportement en fonction de l'exploration qu'il fait de son environnement. Par exemple, dans ce cas, vous avez une caméra qui lui permet d'explorer cette pile de vilebrequins et de modifier son comportement, enfin sa trajectoire si la pile de vilebrequins n'est pas exactement à l'endroit, je dirais géométrique, à l'endroit mathématique.
Eric Gilbert
Le geste accompli par ce robot est banal en apparence, il s'agit à près tout de prendre une pièce pour la poser plus loin mais aucune de ces pièces n'a la même position. Il existe déjà plusieurs milliards de combinaisons dans l'espace et le robot ne se trompe jamais. Seule la génération suivante sera encore plus perfectionnée, plus humain, serait-on tenté de dire. Une peau artificielle leur donnera en effet le sens du toucher, ils effectueront alors des opérations délicates jusque là réservées aux hommes. Dans ces conditions, comment les empêcher de fabriquer aussi des chômeurs.
Adrien Bertello
Ce mouvement n'est pas une révolution, c'est une évolution, c'est une progression dans la ligne de ce que nous avons toujours connu dans l'industrie et la progression, l'évolution, seront suffisamment lentes pour que nous ayons le temps de réadapter la main d'oeuvre à ce nouveau type d'emploi.
Eric Gilbert
En fait, les robots ne vont pas chasser la main d'oeuvre des usines mais l'obliger de se déplacer. En clair, à la machine, les travaux pénibles, à l'homme, les tâches nobles. Son rôle sera essentiellement de surveiller et d'entretenir ces robots qui peineront pour lui sur les chaînes. Cela suppose un gros effort de recyclage, à la régie, on se déclare prêt à l'assumer et on semble convaincu que les robots ne deviendront pas des mangeurs d'emploi.