SIDA (1) : découverte croisée

24 avril 1984
01m 50s
Réf. 01458

Notice

Résumé :

En 1984, à l'occasion de l'annonce par la secrétaire d'Etat américaine, de la découverte d'un virus du SIDA aux Etats-Unis, le reportage revient sur la découverte française en 1983 et s'interroge sur les perspectives de diagnostic et de vaccin.

Date de diffusion :
24 avril 1984

Contexte historique

Le SIDA représente aujourd'hui un des plus grandes épidémies humaines. Sa découverte est récente. C'est en 1981 que le réseau de veille sanitaire américain (Centers for Disease Control, CDC) signale une recrudescence de morts résultant de maladies jusque-là considérées bénignes ou rares : c'est le cas du sarcome de Kaposi, maladie cancéreuse rare et mortelle lorsqu'elle touche les poumons. Parallèlement au travail de recensement des CDC, des médecins français, à l'initiative de Willy Rosenbaum, organisent dès juin 1981 un groupe de travail sur les infections opportunistes. Dès 1982, ces médecins mettent en évidence que la maladie atteint progressivement les défenses immunitaires ; à l'automne, des cas de contaminations par transfusion sont connus.

Les premiers tableaux cliniques identifient les facteurs de la maladie. Ces " groupes à risque " orientent la recherche sur les relations de causalité entre la dépression immunitaire et l'homosexualité, considérée encore comme une maladie mentale par l'OMS. La recherche de maladies parmi les homosexuels confirment l'existence de la maladie chez ces hommes et conduisent à la première dénomination de la maladie comme " Gay-related Immun Deficiency " (GRID).

Bien que les premiers cas reconnus affectent des hommes, des femmes et des enfants, le choix de stigmatiser un groupe social, largement relayé par les médias qui parlent de " cancer gay ", provoquent la réaction des homosexuels : ceux-ci s'organisent très tôt, dès 1983, au sein d'associations. Avec cette nouvelle maladie-stigmate, se trouvent alors en jeu la défense de la liberté sexuelle et de la lutte contre les discriminations dont les homosexuels font l'objet. Ces enjeux sont bien perçus par le groupe de médecins et de chercheurs français (jeunes et pour certains proches d'une mouvance " gauchiste post-68 ") qui élargit son groupe d'investigation aux médecins homosexuels dont ils partagent une vision des enjeux sociaux posés par l'épidémie.

Après de nombreuses recherches négatives sur les bactéries, l'idée germe que l'agent infectieux responsable est un virus. En raison du caractère particulier de la maladie, les médecins français proposent de rechercher un rétrovirus, virus particulier à ARN qui, grâce à une enzyme, la transcriptase inverse, transforme son matériel génétique en chromosomes de la cellule contaminée. Ces rétrovirus ont longtemps été considérés inoffensifs, mais depuis 1980 et les travaux de l'Américain Roger Gallo, ils sont reconnus comme des agents infectieux, comme le HTLV responsable d'une leucémie.

Dès décembre 1982, sont prélevés les premiers échantillons qui donnent lieu à la recherche du virus. Commencées à l'Institut Pasteur, les recherches aboutissent très vite à la découverte d'un agent infectieux par Françoise Barré-Sinoussi, Jean-Claude Chermann et Luc Montagnier : le LAV (Lymphadenopathy Associated Virus). Le 20 mai 1983, les résultats sont publiés dans Science. Pourtant, cette découverte ne met pas un terme définitif à la recherche de l'agent du " syndrome d'immuno-dépression acquise " (SIDA), selon le nom définitif qui lui est donné. Les chercheurs continuent d'échanger idées et matériel de recherche jusqu'à ce qu'une nouvelle publication en avril 1984 par l'équipe de Roger Gallo confirme les résultats des Français : la communauté internationale est alors convaincue d'avoir identifié le virus du SIDA.

Bibliographie :

Mirko D. Grmek, Histoire du sida, Paris, Payot, 1995.

Bernard Seytre, Histoire de la recherche sur le sida, Paris, Puf " Que sais-je ? ", 1995.

Claude Thiaudière, " SIDA : la découverte du Sida et la naissance d'un fléau ", in Dictionnaire de la pensée médicale, sd D. Lecourt, Paris, Puf, 2004, pp. 1038-1041.

Christelle Rabier

Éclairage média

Le reportage de la rédaction d'Antenne 2 est l'un des tout premiers consacrés à une maladie encore rare en France : le SIDA. Ce reportage fait suite à l'annonce de la secrétaire d'Etat à la Santé des Etats-Unis, Margaret Heckler. En 1984, le SIDA est déjà devenu une affaire d'Etat aux Etats-Unis : le gouvernement de Ronald Reagan, dénoncé pour son laxisme face à une épidémie naissante, entend reprendre la main et profite des premiers résultats américains pour le faire. Par contrecoup, le SIDA devient un objet médiatique : Antenne 2 saisit l'occasion pour s'adresser à Jean-Claude Chermann, un des auteurs de la découverte française du LAV. Selon un scénario classique du reportage de science, l'interview permet de présenter les perspectives de la découverte, soit, dans le cas du SIDA, la mise au point de méthodes de diagnostic et la recherche d'un vaccin. On peut noter le ton optimiste de la journaliste, lorsqu'elle parle de "bout du tunnel" à la fin du reportage. Plus de 20 ans après, on cherche toujours un vaccin contre le SIDA.

Christelle Rabier

Transcription

Martine Allain-Regnault
Le secrétaire d'Etat à la santé des Etats-Unis, Margaret Heckler annonçait la nouvelle. Une équipe américaine pense avoir isolé un virus du sida. Un virus qui ressemble étrangement à celui qu'a isolé voici un an une équipe de l'Institut Pasteur à laquelle l'Amérique rend hommage aujourd'hui. De fait, les docteurs Montagnier, Chermann, Barré-Sinowsi ont découvert l'an passé que le sang des malades présentant des signes précurseurs de sida au niveau des ganglions contient presque toujours un virus. Ce qui semble nouveau, c'est que le virus américain identifié cette semaine aux Etats-Unis et le virus français découvert voici maintenant 1 an sont vraisemblablement un seul et même virus. Si cela se confirme, les progrès dans la lutte contre la maladie pourront maintenant aller très vite en coopération entre les Etats-Unis et l'Institut Pasteur.
Jean-Claude Chermann
Ça veut dire quoi, ça veut dire qu'on va pouvoir faire des éléments de diagnostics, on va pouvoir rechercher si des personnes sont porteurs ou non de ce virus. Deuxièmement, on va pouvoir rechercher dans les substituts du sang, par exemple, si le virus est présent ou pas, c'est-à-dire éviter tout ce qui s'est passé maintenant pour les cas de sida chez les hémophiles, par exemple, ou chez les polytransfusés. Ensuite la prévention, c'est-à-dire quand on connaît la cause, quand on connaît un virus et bien on va en préparer un vaccin. Donc préparer un vaccin, ça veut dire commencer à inactiver ce virus et à rechercher le pouvoir protecteur de ce virus.
Martine Allain-Regnault
Et vous allez l'inoculer sur des animaux ?
Jean-Claude Chermann
Nous avons déjà essayé d'inoculer le lave puisque nous l'appelons le lave avec Montagnier et Françoise Barré, nous avons inoculé ce virus à des chimpanzés, à des animaux, des singes et nous attendons les résultats. Vous savez comme moi que la période d'incubation du sida chez l'homme est d'une moyenne de 5 ans, donc il faut attendre pour voir apparaître les premiers signes chez ces animaux.
Martine Allain-Regnault
Donc encore bien des recherches en perspective mais cette fois il semble qu'on voie le bout du tunnel.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque